"Business angel", une vocation qui se conjugue aussi au féminin

Par Christine Lejoux  |   |  950  mots
Les 85 adhérentes de Femmes Business Angels sont âgées de 48 ans en moyenne, contre 57 ans pour les business angels masculins. (Crédits : © Christian Hartmann / Reuters)
Les femmes représentent 7% seulement des quelque 5.000 business angels français. En dix ans d’existence, le réseau Femmes Business Angels a investi un total de 6 millions d’euros dans une centaine de startups.

Le sexe des anges est une source d'interrogations sans fin. Celui des « business angels », ces particuliers aisés qui investissent du temps et de l'argent dans de jeunes entreprises innovantes, ne fait en revanche pas débat. Et pour cause : les femmes représentent 7% seulement des quelque 5.000 business angels français, selon Catherine Abonnenc, secrétaire générale du réseau Femmes Business Angels (FBA). Une forme d'écho à la sous-représentation du sexe féminin au sein du secteur financier et de l'écosystème des startups, en France comme à l'étranger.

Afin de faire prendre conscience de ce phénomène, un petit groupe de femmes, formé en partie d'anciennes élèves de HEC comme Béatrice Jauffrineau, fondatrice de FBA, avait choisi de mettre les pieds dans le plat il y a 12 ans déjà, en créant à Paris ce réseau de femmes business angels, qui demeure le seul du genre en France. « Soutenir l'entrepreneuriat féminin fait partie de notre cause mais elle ne se limite pas à cela. On parle encore très peu de l'investissement au féminin, c'est un sujet quelque peu tabou. C'est pourquoi nous voulons également ouvrir le regard des femmes sur l'argent, et développer chez elles l'envie d'investir. Nous allons renforcer notre action en ce sens, au cours des prochains mois », explique Catherine Abonnenc, secrétaire générale de FBA.

Les projets portés par des femmes représentent 25% à 30% des investissements

Cette détermination à encourager le rôle des femmes dans l'économie ne fait pas pour autant de FBA un réseau sectaire. Ses 85 adhérentes investissent aussi bien dans des jeunes pousses dirigées par des hommes que dans des projets portés par des femmes. De fait, ces derniers ne représentent pas plus de 25% à 30% des investissements réalisés par les membres de FBA. Des investissements qui ont concerné une centaine de projets depuis la création du réseau, en 2003, pour un montant global de l'ordre de 6 millions d'euros. Le rythme s'accélère, puisque les adhérentes de FBA ont investi un total de 1 million d'euros au cours du seul premier semestre 2015, dans 14 startups. Parmi celles-ci figurent 3D Sound Labs, un fabricant de casques audio en 3D offrant une expérience voisine de celle d'un home cinéma, Sevenhugs, qui conçoit des objets connectés permettant d'analyser et d'améliorer le sommeil, ou encore Study Quizz, des applications mobiles facilitant la révision de leurs examens par les étudiants.

En réalité, c'est un total de 8 millions d'euros que ces 14 jeunes pousses ont levé au premier semestre, grâce à l'effet de levier engendré par FBA auprès d'autres investisseurs, qu'il s'agisse de fonds de capital-risque, de banques ou de family offices (gestionnaires de fortunes familiales) : « Après quelques sarcasmes au moment de la création de Femmes Business Angels, il y a eu de l'étonnement, puis du respect et, aujourd'hui, un fort intérêt de la part des hommes, qui ont envie de travailler avec nous », décrypte Catherine Abonnenc. Il faut dire que les membres de FBA commencent à avoir quelques belles sorties [cessions de participations ; Ndlr] à leur actif, avec l'introduction en Bourse, en 2014, du spécialiste de l'éclairage LED Lucibel, la cession du réseau de clubs pour enfants Filapi à Babilou ou la vente du livreur de pâtisseries Citycake à la plateforme de livraison à domicile Resto-In.

12 dossiers retenus sur 300 à 400

Autre forme de reconnaissance, Femmes Business Angels reçoit pas moins de 300 à 400 dossiers de startups chaque année. Une centaine aura droit à un « elevator pitch » (courte présentation) devant le comité de sélection. Celui-ci en retiendra 50, qui seront présentés à la communauté des investisseurs au cours de réunions mensuelles. In fine, une douzaine de jeunes pousses seulement seront financées, chacune à hauteur de 50.000 euros en moyenne. Pas par FBA lui-même mais par les adhérentes du réseau qui le souhaitent.

« Les membres de Femmes Business Angels préfèrent être des investisseuses individuelles, pour avoir une plus grande proximité avec les entreprises. L'investissement représente pour elles une sorte d'entrepreneuriat par procuration », explique Catherine Abonnenc.

En effet, si certaines adhérentes de FBA sont chefs d'entreprise, beaucoup n'ont pas sauté le pas de l'entrepreneuriat et sont cadres ou exercent des professions libérales. L'emploi du présent est de mise car, avec une moyenne d'âge de 48 ans, ces femmes sont toujours dans la vie active, ce qui est bien moins souvent le cas chez les business angels masculins, âgés de 57 ans en moyenne.

Des développements en régions et à l'international au programme

Cette typologie ne serait pas complète sans ajouter que 20% des membres de FBA vivent en régions. D'ailleurs, « nous avons souvent des demandes de création d'antennes régionales. Mais, comme nous fonctionnons sur la base d'un modèle associatif, cela demande beaucoup d'engagement : la création d'une antenne nécessite l'implication d'une ou deux femmes qui croient à fond au projet, et qui pourront dès le départ mobiliser une petite communauté de cinq à dix femmes actives sur le sujet », prévient Catherine Abonnenc. Ce qui n'empêche pas FBA d'avoir plusieurs projets en tête, notamment à Bordeaux et dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, mais également en Guadeloupe.

Le développement de FBA à l'international est également au programme : « Nous avons déjà encouragé la création d'un réseau de Femmes Business Angels en Belgique, et nous soutenons différentes initiatives qui commencent à prendre forme (ailleurs) en Europe et au Canada », indique Catherine Abonnenc. Car la sous-représentation des femmes parmi les business angels est tout sauf un phénomène franco-français.