Efficacité énergétique : les acteurs français veulent exporter leur savoir-faire

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Une usine en Chine
Une usine en Chine (Crédits : Reuters)
Startups, consultants et grands industriels français proposent aux entreprises des solutions pour abaisser leur consommation d’énergie. Dans un contexte de prix bas, ils ont intérêt à les valoriser dans les pays où l’énergie est plus rare ou chère.

En France, l'industrie absorbe un quart de la demande en énergie. Mais cela pourrait être bien moins, à en croire l'Ademe, qui estime à 20% les gains d'efficacité énergétique qui pourraient être réalisés d'ici à 2030. Un chiffre que Christophe Robillard juge « largement atteignable ». Qualisteo, la startup qu'il a fondée il y a cinq ans, promet précisément à ses clients des gains rapides ne nécessitant aucun investissement.

Si elle recèle d'importants gisements d'économies dans certains secteurs, « l'efficacité énergétique a toujours été difficile à financer, dans la mesure où il s'agit d'accroître son CAPEX (investissement en capital) pour abaisser ses OPEX (coûts d'exploitation) », rappelle Christophe Robillard.

Des audits réglementaires à réaliser d'ici juin

Malgré tout, le marché s'est développé depuis le Grenelle de l'environnement de 2008, porté notamment par le système des certificats d'efficacité énergétique (CEE), consistant à contraindre les grands énergéticiens à favoriser les économies d'énergie chez leurs clients (particuliers et entreprises).

Plus récemment, une directive européenne transposée en droit français fin 2014 a obligé les grandes entreprises (plus de 250 personnes, 50 millions d'euros de chiffre d'affaires ou 43 millions d'euros de bilan) à procéder à des audits réglementaires devant permettre de repérer les gisements d'économies d'énergie chez les plus gros consommateurs professionnels (tertiaires et industriels). L'échéance, d'abord fixée au 5 décembre 2015, a été repoussée au 30 juin de cette année, un tiers seulement des entreprises concernées s'étant prêtées à l'exercice. Cette obligation fournit aux prestataires en efficacité énergétique une occasion supplémentaire de mettre un pied chez les clients.

Qualisteo n'est pas la seule startup du secteur. Gilles David, fondateur d'Enertime, a d'ailleurs créé début 2015 le collectif « France Green Industries » afin de promouvoir le savoir-faire français dans le secteur.

Des gains rapides sans investissements

D'autres acteurs se positionnent plus spécifiquement sur le conseil. « La croissance n'est pas fulgurante mais le contexte économique et concurrentiel est favorable aux projets d'efficacité énergétique dans les entreprises », affirme Thomas Gault, senior manager en charge notamment de ce sujet au sein de l'équipe « Transformation et performance durable » de EY. Autre motif d'intervention : la fin des tarifs réglementaires et l'obligation pour les grandes entreprise de renégocier leurs contrats avec leur opérateur existant ou un autre avant le 1er juillet. L'élaboration d'un projet d'achat implique en effet d'établir un profil de consommation, qui peut également constituer la première étape d'une analyse plus approfondie.

Les industriels se sont eux aussi organisés pour prendre leur part du marché, à l'instar de Schneider Electric, qui possède une équipe dédiée aux audits techniques plongeant au cœur des process. « Pour les clients, c'est un confort d'avoir un seul interlocuteur  depuis le  diagnostic jusqu'à la mise en œuvre d'un plan d'actions », affirme Guillaume Germain, quand les consultants mettent au contraire en avant leur indépendance vis-à-vis des fabricants d'équipement. Entre autres services, son équipe propose des montages financiers ingénieux qui aident à « susciter l'envie » pour des opérations d'efficacité énergétique, dans un contexte de ralentissement économique qui pèse sur les investissements dans les secteurs électro-intensifs qui sont les plus gros clients : métallurgie, chimie, pharmacie, agro-alimentaire, eau...

"Du point de vue des financiers, efficacité énergétique rime avec investissements et temps de retour sur investissement trop longs, confirme Thomas Gault. Mais il y a déjà de nombreux « quick win » (des économies rapides à réaliser) qui ne nécessitent pas d'investir », affirme-t-il, citant « des opérations de récupération de chaleur ou l'installation de turbines à gaz permettant des gains pouvant aller jusqu'à 10% de la facture énergétique globale du site et des temps de retour sur investissement inférieurs à 3 ans".

 Une offre française hyper compétitive à valoriser à l'étranger

Grâce à son système de mesure innovant, facile à poser en quelques heures sans stopper l'activité, Qualisteo propose des coûts d'accès à l'information et des temps de déploiement extrêmement faibles. Mais les prix bas de l'énergie (pétrole aussi bien qu'électricité) rendent actuellement les dépenses d'efficacité énergétique plus difficiles à justifier et la promesse de retours sur investissement inférieurs à un an plus délicate à  atteindre. D'autant plus que la palette d'opérations éligibles aux CEE s'est considérablement réduite, et leur valeur, liée au cours du CO2, effondrée.

C'est pourquoi, comme le font également EY ou Schneider Electric, Christophe Robillard ne se contente plus de proposer exclusivement des solutions d'efficacité énergétique, mais une prestation élargie à la qualité des process industriels.

Surtout, il mise sur l'international. L'éco-système français de l'efficacité énergétique, nourri par des mécanismes efficaces d'aide à l'innovation, contraint de fonctionner à des prix de l'énergie très bas, est donc très compétitif. Mais il pourrait encore plus facilement valoriser ce savoir-faire dans des pays où l'énergie est plus chère, moins abondante ou très polluante à produire. Qualisteo mène d'ailleurs actuellement une levée de fonds pour accentuer sa présence en Italie, au Maroc, en Grèce, en Chine ou au Japon...Quant à Gilles David, il l'assure : « L'avenir de la filière, c'est la Chine ! »

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Commentaires
a écrit le 12/03/2016 à 0:06 :
On pourrait aussi travailler sur la consommation des appareils médicaux qui est astronomique et continue un beau gizement d'économies.
a écrit le 11/03/2016 à 10:18 :
Présentation faite au petit-déjeuner/débat organisé par France Green Industries. On parle beaucoup de la facture électricité, mais qu'en est-il de la facture gaz ?

Okavango-energy accompagne ses clients industriels sur leur compétitivité énergétique
a écrit le 11/03/2016 à 8:17 :
En France, le prix bas de l'énergie favorise le chomage.

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