Hydrogène décentralisée : Ergosup rassemble 5 millions d'euros

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(Crédits : D.R)
C’est en 2010 que Bruno Wiriath - un serial industriel, notamment à l’origine de McPhy Energy – a eu l’idée d’un procédé de production d’hydrogène décarbonée et décentralisée. L’entreprise, aujourd’hui dirigée par Patrick Paillère a réuni plus de 5 millions d’euros pour se développer. Présentation.

Cleantech Republic : L'électrolyse de l'eau, ce n'est pas vraiment un sujet nouveau... Pourquoi lance un nouveau procédé ?

Patrick Paillère : Les méthodes actuelles ont pour point commun de produire simultanément l'hydrogène (H2) et l'oxygène (O2). Or, la gestion combinée des deux gaz sous forte pression est complexe, notamment en termes de sécurité. Ces procédés sont donc très limités en terme de pression atteignable, ce qui est très pénalisant pour la mise en place d'un réseau de petites unités de production, typiquement des stations-service. En effet, il faut alors comprimer mécaniquement l'hydrogène gazeux jusqu'à 700 bar pour la « transvaser » dans le réservoir d'une voiture dotée d'une pile a combustible* !

Quelle est la réponse d'Ergosup à ce constat ?

Le principe central de notre procédé consiste à découpler la production des deux gaz (H2 et O2) sous haute pression. Nous utilisons une solution électrolyte de synthèse, composée d'eau et de sel de zinc, métal abondant et bon marché. Dans une première phase, l'électrolyse extrait l'oxygène et le zinc, tandis que l'hydrogène est « capturé » par la solution aqueuse sous forme d'ions. A ce stade, l'état du système est parfaitement stable : on peut donc le considérer comme un stockage d'énergie. La deuxième étape consiste à provoquer la libération de l'hydrogène par action entre le zinc et les ions H. Or cette réaction restitue également de l'énergie sous forme de pression, qui nous permet d'économiser sur la phase de compression. Quant à l'électrolyte, il retrouve son état initial, prêt pour un nouveau cycle de production.

Quelles applications visez-vous ?

Une unité Ergosup pourra produire de quelques kilos par jour jusqu'à environ 200 kg. Cela ouvre de nombreux marchés à commencer par la mobilité : utilitaires 350 bars puis voitures 700 bars. Nous ciblons aussi aussi le stockage stationnaire d'électricité, ou encore, dans un futur plus lointain, les micro-PAC (micro piles à combustible) embarquées dans les objets nomades (matériel militaire, outillage....). Pour l'instant, après plusieurs années de labo, nous construisons notre premier prototype intégré, qui sera mis en service cet été (2016) et étudions nos premiers démonstrateurs avec l'appui de notre partenaire Air Liquide.

Air Liquide qui compte désormais parmi vos actionnaires !

Effectivement. Nous avons réalisé fin 2015 une levée de fonds de 2,3 M€ (plus 1 M€ sécurisés) qui réunit des partenaires prestigieux au premier rang desquels on trouve ALIAD (Air Liquide Venture Capital) et le fonds Demeter 3 Amorçage géré par les experts cleantech de Demeter Partners, mais aussi les fonds généralistes GO Capital et Arkéa Capital Investissement. Nous avons également reçu 1,9 M€ en tant que lauréat, à deux reprises, du « Concours Mondial Innovation 2030 ». Nous disposons donc au total de 5,2 M€ pour finaliser notre prototype, lancer un premier démonstrateur dès 2017, et recruter. Les ressources humaines sont en effet un enjeu majeur car notre métier demande une combinaison inhabituelle de compétences : électrochimie et mécanique haute pression.

Quel sera votre modèle économique ?

Principalement industriel : assemblage des unités de production et fabrication de l'électrolyte. Quelques revenus proviendront aussi de la propriété industrielle de nos brevets (6 à ce jour) et d'études d'ingénierie (dimensionnement, adaptation aux différentes applications clients...). Quant à la maintenance, elle sera assurée par des prestataires classiques, directement auprès des propriétaires-exploitants de nos matériels. Nous serons donc bien une société industrielle, combinant fabrication et conception. La commercialisation est prévue pour 2018.

*ndlr : on estime qu'il faut dépenser jusqu'à l'équivalent de 25% de l'énergie comprise dans l'hydrogène pour le comprimer

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Ergosup en bref :

  • Création : 2010
  • Effectifs : 12 personnes
  • Siège : bientôt en Normandie
  • Financement : 5,2 M€ (fonds d'investissement et subventions/avances)
  • Production d'une unité : de 1 à 200 kg / jour

Cleantech Republic

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