Le prix bas du pétrole : un frein pour la transition énergétique ?

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(Crédits : reuters.com)
À 33 dollars au 1er février, le prix du baril n'a jamais été aussi bas depuis 2005. Si à court terme, cette baisse satisfait les consommateurs, elle soulève également des incertitudes quant à son impact sur la transition énergétique et le développement des énergies renouvelables dans le monde. Une Tribune de Jean-Pierre Riche, PDG d'Okavango-Energy.

La baisse actuelle s'explique principalement par le contexte géopolitique (pression sur la Russie voulue par les USA ou sur l'Iran chiite par les sunnites...), par la surproduction importante (pétrole non conventionnel aux États-Unis, fin de l'embargo sur le pétrole iranien...), par l'absence de volonté d'ajustement de la part de l'Arabie saoudite, et enfin par la spéculation. Le ralentissement de la croissance mondiale (en Chine, aux USA comme en Europe) contribue à réduire les consommations pétrolières et à entretenir cette surabondance de l'offre.

Il est important de préciser que le pétrole et les énergies renouvelables sont très peu en compétition directe. Ainsi le pétrole ne représente que 5% de la production d'électricité mondiale, marché premier des énergies renouvelables aujourd'hui, mais pèse plus de 90% des énergies consommées dans le transport. L'Association Internationale de l'Energie estime que le prix bas du pétrole peut faire perdre au monde près de 15% des économies d'énergie réalisables, "soit 800 milliards de dollars qui ne seront pas consacrés à l'amélioration de l'efficacité des voitures, des camions, des avions et d'autres équipements grand public, ce qui ralentit une transition énergétique indispensable."

Aujourd'hui les stocks mondiaux de pétrole débordent, mais sur le long terme, l'équilibre offre/demande pourrait s'inverser. La date du oil peak est incertaine mais les réserves mondiales sont limitées et la demande ne cesse de croitre. Nous ne pouvons pas prédire avec certitude si ce prix va rester bas encore 1, 2 ou 5 ans, mais nous pouvons prédire qu'il va continuer à être volatile. En parallèle, le prix des énergies renouvelables ne cesse de décroitre grâce à une efficacité qui progressent et un coût des équipements qui diminue.

Ne pas lever le pied sur la transition énergétique

Tandis qu'après l'accord de la COP 21, les initiatives politiques en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre se multiplieront sous la pression des opinions publiques et des enjeux de réchauffement climatique, les réserves disponibles de pétrole seront toujours plus chères à exploiter (pétrole de schiste, sables bitumeux ou gisements en forte profondeurs). Les responsables politiques ont tout intérêt à rester ferme à court terme quant à la mise en place de règles de marché et de subventions nécessaires au déploiement des énergies renouvelables afin de préparer un avenir inéluctable, et mettre notre pays et l'Europe dans les meilleures conditions pour le futur.

La chute actuelle des prix du baril ne devrait pas logiquement pas remettre en cause la dynamique de transition énergétique lancée dans le monde, pour autant, la nécessité de développer un marché mondial du carbone se fait de plus en plus sentir. Et nous pouvons regretter que les états ne se soient pas mis d'accord sur ce point lors de la COP21 à Paris. La France montre la voie avec une taxe énergie-climat qui devrait emmener une hausse de 30% du prix des énergies fossiles à l'horizon 2020-2030, espérons que la COP 22 sera l'occasion de rassembler beaucoup d'autres pays autour d'une initiative similaire.

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Bio express de l'auteur
Jean-Pierre Riche est PDG d'Okavango-Energy. Ce cabinet de conseil en efficacité énergétique travaille avec des industriels sur l'optimisation de leurs coûts énergétiques et la réduction de leurs émissions de CO2.

Cleantech Republic

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a écrit le 16/02/2016 à 0:24 :
Il est possible d'augmenter considérablement les certificats d'économie d'énergie (CEE), qui sont supportés par les émetteurs de CO2 c'est-à-dire les pétroliers qui peuvent les répercuter dans les prix, ce qui est aujourd'hui indolore. Cette solution, qui permet de financer une partie des travaux d'économie d'énergies a des effets immédiats sur l'investissement des ménages et des entreprises et donc sur les carnets de commandes. Une autre solution, parfaitement compatible avec la précédente, consiste à s'orienter vers la TVA circulaire qui fait varier le taux de TVA en fonction de l'incorporation de matières recyclées et réutilisées dans le produit final. Si cette solution est très intéressante, elle l'est à moyen terme. C'est la raison pour laquelle dans un premier temps, une TVA à taux réduit sur tous les produits recyclés ou réutilisés et les produits utilisant une matière première réutilisée ou recyclée pourrait être appliquée. Une autre solution consisterait à mettre en place une taxe flottante, comme cela avait été fait par Lionel Jospin lorsque le prix du pétrole s'était envolé. Le même principe pourrait s'appliquer à l'envers. Un prix minimal ou plancher serait fixé par exemple à 50 ou 60 euros le baril ; la différence entre ce prix et le prix de marché serait acquittée par les sociétés pétrolières qui le répercuteraient sur le prix de vente et ces sommes viendraient abonder un fonds qui financerait la transition énergétique. Dans le même esprit, un droit d'accise fixe de 10 $ par baril permettrait d'internaliser les externalités carbone à hauteur de 25$ la tonne de CO2 (un baril émettant 400 kg CO2) valeur reconnue par la majorité des experts.

Le même système pourrait parfaitement être appliqué au prix des matières premières et venir abonder un fonds de l'économie circulaire. Ce système aurait pour avantage non seulement de rééquilibrer les prix, mais de stimuler l'investissement ; il serait relativement indolore dans la mesure où le prix plancher retenu serait très inférieur au prix maximal que nos sociétés ont précédemment connu. Il va de soi que lorsque le prix du baril retrouverait le prix plancher, la contribution disparaîtrait. Ce système très simple à mettre en place pourrait intervenir rapidement ; il aurait l'avantage de sauver de très nombreuses entreprises avec les emplois correspondants. http://www.actu-environnement.com/ae/news/corinne-lepage-mene-baisse-prix-petrole-accelerer-transition-energetique-26211.php4
Réponse de le 16/02/2016 à 17:44 :
Ce pourrait être aussi l'occasion d'abandonner les renouvelables polluantes rejetées par la population impactée (éolien terrestre) et se concentrer sur les renouvelables moins polluantes (éolien marin, hydrolien, photovoltaique).
Dans le cadre de la protection de la maison commune, on peut aussi réver d'un monde où la préservation de la beauté de nos paysages l'emporte sur la recherche du profit.
Réponse de le 17/02/2016 à 4:22 :
Toutes les énergies ont leur rôle à jouer, sans qu'il faille être excessif bien évidemment. L'éolien a une place variable selon les endroits. Par exemple l'appropriation démocratique de la production électrique des éoliennes par les citoyens eux-mêmes à travers les coopératives et les municipalités est le vecteur de la montée en puissance des ENR danoises. Dans sa dernière livraison, la revue Global Chance présente le Danemark comme le pays le plus avancé en Europe et au monde sur la voie de la transition énergétique. En 2014, il a produit près de 55% de son électricité à partir d'énergies renouvelables. Ses objectifs officiels visent à atteindre 50% d'électricité éolienne, 40% de réduction des émissions de CO2 en 2020, et d'éliminer totalement les énergies fossiles de la production de chaleur et d'électricité en 2035.
Réponse de le 17/02/2016 à 18:23 :
Bonjour Madame,
Quand vous prenez le Danemark comme modèle, vous vous trompez d'objectif.
A vous lire on comprend que l''objectif n'est plus la préservation de la maison commune.
Il est devenu la transition énergétique per se, qui n'en est qu'un de ses moyens.
Quel est l’intérêt d'être le meilleur en transition énergétique si cela nécessite la destruction de l' environnement et par là la dégradation de la qualité de vie de nos concitoyens?
Ouvrons les yeux! Nous saccageons nos paysages.
A quand un référendum sur la distance minimale entre éoliennes et habitations?
a écrit le 15/02/2016 à 20:29 :
C'était justement le moment d'augmenter la taxation des énergies fossiles pour lisser la transition et rattraper notre retard. C'était quasi indolore mais quel impact en terme d'emplois, entreprises, technologies à l'export etc. En plus l'hiver doux était favorable !
a écrit le 15/02/2016 à 12:55 :
CA VAS DANS LE BON SENS???
a écrit le 15/02/2016 à 11:27 :
Quel est l'effet sur le prix final de la fabrication de panneaux solaires (thermiques, photovoltaïques) ou éoliennes d'avoir du pétrole bon marché ? Pas grand chose, rien ?
Les fours pour le silicium sont électriques, à part les haut fourneaux mais au gaz, donc pas d'effet. Dommage, le "vert" n'est pas moins cher quand le pétrole est presque gratuit.

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