Le robot de Naïo Technologies soulage les maraîchers

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(Crédits : Naïo Technologies)
En attendant l’arrivée annoncée des drones dans les champs, une jeune pousse toulousaine déploie déjà ses robots désherbeurs dans les cultures maraîchères. Entretien avec Aymeric Barthes, cofondateur de la start-up Naïo Technologies (lauréate du Prix de la Rédaction Cleantech Republic 2015).

Cleantech Republic : Comment fonctionne Oz, votre robot de binage ?

Aymeric Barthes : Il s'agit fondamentalement d'une bineuse électrique autonome. On y trouve des outils classiques (lames, racloirs, herses...) légèrement adaptés à la vitesse de l'engin (ndlr : 1km/h contre 5 à 8 km/h pour les engins tractés) ; 4 moteurs roues ; deux batteries plomb (autonomie 3-4h) ou Li-on (10-12h) ; et bien sûr notre système de guidage maison. Il suffit de programmer Oz à l'aide de l'interface embarquée (nombre de rangées, largeur, longueur), et c'est parti !

Dîtes-nous en plus sur le guidage. Un GPS ?

Justement non, car les GPS de précisions coûtent entre 15 et 20 000 €. C'est beaucoup trop pour les capacités d'investissement d'un maraîcher bio. Et c'est justement là que se trouve notre innovation : donner des yeux au robot afin qu'il distingue les plantations des mauvaises herbes. Deux caméras lui offrent ainsi une vision stéréoscopique autorisant principalement deux types de guidage : par la couleur (parfait pour les haricots ou les salades !) ou par la forme (parfait pour des buttes ou les patates n'ont pas encore germées par exemple). Nous y avons ajouté un laser infra-rouge, qui permet, entre autres, l'utilisation nocturne entre des plantes de plus de 10 centimètres. Enfin, un GPS classique a été intégré pour des aspects sécuritaires (panne de guidage, collecte de données, vol...). Les algorithmes ont été développés en interne dont certains en partenariat avec le LAAS-CNRS (ndlr : Laboratoire d'analyse et d'architecture des systèmes, Toulouse).

Comment réagissent les professionnels à cette aide inhabituelle ?

Plutôt bien car le désherbage représente 30% du temps de travail d'un maraîcher... Et n'est pas franchement passionnant ! Les agriculteurs sont donc contents de pouvoir passer plus de temps sur des tâches à valeur ajoutée et de préserver leur dos. C'est aussi un argument pour passer de la culture conventionnelle au bio : une alternative aux produits phytosanitaires et à leurs dangers pour la santé.

Reste un investissement à porter pour de petites structures...

Oz est « Made in France » (sauf les moteurs, italiens), coûte 20 000 € HT, et offre un retour sur investissement de l'ordre de quatre à cinq ans pour une exploitation de deux à quatre hectares. Pour faciliter le passage à l'acte, nous proposons une location avec option d'achat à six mois. En deux ans, nous avons convaincu une trentaine de maraîchers (essentiellement dans notre région et en Bretagne), et un distributeur qui parie sur un positionnement quasi « 100% Naïo ». Nous avons donc assez de retours techniques et commerciaux pour passer à l'étape suivante : le déploiement commercial à l'échelle nationale, et la création d'un réseau de distributeurs.

Ce qui signifie « levée de fonds »...

Exactement. Nous avions déjà levé plus de 700 000 euros en 2014, via deux plateformes de financement participatif. Nous venons de finaliser un tour de table de 3 millions d'euros auprès notamment des fonds d'investissements Emertec, CapAgro, de nos actionnaires historiques, ainsi que plusieurs investisseurs privés via le site de crowdfunding Wiseed. Nous allons ainsi renforcer notre département commercial et recruter des ingénieurs, pour continuer l'effort d'industrialisation, le travail sur l'autonomie des robots, et de développement (notamment à l'international). Nous devons également conserver notre avance technologique, par exemple avec notre futur robot bineur pour les vignes, avec la collecte de données agricoles (températures, hygrométrie des sols...), ou encore avec diverses analyses optiques, permettant la détection de maladies, ou l'estimation de la maturité des récoltes.

Naïo Technologies en bref...

  • Création : 2011
  • Effectifs : 11
  • Chiffre d'affaires 2015 : 350K€
  • Financement : 1er tour : 80 K€ ; 2ème tour : 730 K€ ; 3ème tour en cours : 2 M€
  • Fiche technique Oz : 20 000 € HT ; 4 roues motrices L : 100 cm , l : 40 cm ; ¼ d'hectare en 4h de travail ; Communication via SMS ; Outils et options adaptables.
  • Distinction : Prix de la Rédaction Cleantech Republic 2015


Cleantech Republic

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Commentaires
a écrit le 10/01/2016 à 23:35 :
Des batteries est-ce très développement durable ? Une énergie solaire cela aurait peut-être été mieux même si les composants des panneaux solaires ne sont pas toujours très "énergie renouvelable".
En tout cas, le bio semble choisir les mêmes méthodes que l'agriculture non bio : la mécanisation, la substitution du capital au travail en pleine période de chômage et de nécessité pour les gens de faire du sport parce qu'ils ont une vie trop sédentaire...
Mais ce n'est pas demain qu'on organisera du travail ponctuel pour que tout le monde fasse travailler ses muscles et que les travaux manuels fatigants soient faits un peu par chacun à l'époque de sa vie où il est en forme.

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