L'économie circulaire, un concept qui se recycle à l'envi

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(Crédits : DR)
[Série 1/5] Collectivités, entreprises, pouvoirs publics... tous prônent aujourd'hui l'économie circulaire. Mais au-delà d'un recyclage toujours plus performant, certains ambitionnent d'en faire un outil d'amélioration de l'environnement.

Sous les pavés... de nouveaux pavés. Les collectivités de la Métropole du Grand Paris pourront désormais acquérir à bas prix ceux récupérés lors de travaux effectués dans la capitale. Cette initiative s'inscrit dans la valorisation des déchets de chantiers, l'une des 65 recommandations du « Livre blanc de l'économie circulaire du Grand Paris » issu des premiers états généraux organisés par la Ville de Paris en septembre dernier.

Le concept ne fait pas florès qu'à Paris

Depuis trois ans, les entreprises partagent leurs réflexions et leurs bonnes pratiques au sein de l'Institut de l'économie circulaire. En deux ans, le ministère de l'Écologie a lancé trois appels à projets et labellisé plus de 150 territoires « zéro gaspillage, zéro déchet ». La loi de transition énergétique pour la croissance verte contient un chapitre intitulé « Lutter contre les gaspillages et promouvoir l'économie circulaire : de la conception des produits à leur recyclage ».

La Fondation Ellen McArthur, créée en 2009 par la navigatrice éponyme, prône l'abandon de l'économie linéaire fondée sur les principes « extraire-fabriquer-consommer-jeter ». Selon son partenaire, le cabinet McKinsey, la mise en oeuvre systématique de l'économie circulaire en Europe permettrait d'économiser 600 milliards d'euros chaque année d'ici à 2030 sur les ressources primaires, et 1.200 milliards supplémentaires sur d'autres dépenses et sur les externalités, soit une augmentation du PIB de 7 points... Mais de quoi parle-t-on exactement ? Économie circulaire, économie de fonctionnalité, recyclage, cradle to cradle... le bouillonnement sémantique masque des objectifs différents, voire divergents.

Entre 1995 et 2014, la proportion de déchets municipaux recyclés ou compostés dans l'Union européenne (UE) est passée de 17% à 44%. Un nouveau marché pour les acteurs historiques du traitement des déchets, qui ne cessent d'étendre la palette de matériaux recyclables. Une stratégie d'ailleurs justifiée.

« À grammage égal, un déchet d'équipement électrique et électronique contient plus d'or qu'un minerai », observe Clarisse Magnin, directrice associée du cabinet McKinsey.

Mais pour certains, tels que Zero Waste France, à l'origine du scénario « zéro gaspillage, zéro déchet », l'économie circulaire ne se limite pas à boucler la boucle en faisant du déchet des uns les ressources des autres. Misant tout autant sur l'écoconception des produits en vue de leur réparation, leur réutilisation ou leur recyclage, sur l'allongement de leur durée de vie et sur le partage, Zero Waste France milite pour faire évoluer la réglementation en faveur de la réduction des déchets à la source.

Un monde sans déchets ni pollution

« En France, économie circulaire rime le plus souvent avec recyclage et écologie industrielle », regrette Christine Guinebretière, cofondatrice de Epea, tête de pont en France du cradle to cradle (du berceau au berceau), un concept formalisé par Michael Braungart et William McDonough en opposition à celui du cradle to grave (du berceau à la tombe) qui ne tient pas compte du devenir des produits en fin de vie.

Le recyclage traditionnel est souvent synonyme de downcycling (qu'on pourrait traduire par « infrarecyclage »), les produits issus des matières recyclées étant d'une qualité inférieure à ceux issus des matières premières, ou répondant à un autre usage.

En outre « la revalorisation favorise la circulation des substances nocives que pouvait contenir le produit d'origine, souligne Christine Guinebretière. Aujourd'hui, on ne sait pas précisément ce que contient un produit issu de matière recyclée. »

À l'inverse, l'« économie circulaire à effet positif » vise un monde sans déchets ni pollution, où seuls des produits bénéfiques à l'humanité et à l'environnement sont fabriqués, et, après usage, compostés ou réintroduits dans des cycles permettant de les transformer à l'infini en d'autres produits.

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>>> Suivez notre série, petit tour d'horizon en quatre exemples choisis parmi ceux qui seront présentés le 13 avril prochain à Paris lors du UPcycle Forum*, dont La Tribune est partenaire.

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*UPcycle Forum renseignements et inscriptions : upcycleforum.org

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