Les villes comme laboratoires de solutions écologiques

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Les Fermes Lufa se sont donné pour mission de répondre à la demande des citoyens urbains qui veulent manger « local et bio ». Connue pour avoir développé la première serre commerciale sur le toit d'un immeuble, cette entreprise montréalaise produit plus de 700 kg de légumes par jour et fournit des légumes à plus de 3 000 citoyens chaque année.
Les Fermes Lufa se sont donné pour mission de répondre à la demande des citoyens urbains qui veulent manger « local et bio ». Connue pour avoir développé la première serre commerciale sur le toit d'un immeuble, cette entreprise montréalaise produit plus de 700 kg de légumes par jour et fournit des légumes à plus de 3 000 citoyens chaque année. (Crédits : Reuters)
Plus près des problèmes qui affectent la planète et sa population, les villes sont tenues d'y répondre plus vite que les États. Elles ont ainsi l'occasion d'apporter des remèdes immédiatement opérationnels et efficaces.

Quelles sont les meilleures pratiques constatées dans les villes et les métropoles pour résoudre les problèmes qu'elles contribuent à créer, par leur taille ou leur densité ? Comme on va le voir à travers ce tour du monde, les propositions foisonnent parce que le monde urbain est l'espace où se mettent en oeuvre le plus naturellement les 4P, ce qu'en anglais on appelle le public, private, people partnership, que nous pourrions traduire par partenariat public, privé, population (PPPP). Dans la liste qui suit, outre les solutions mises en place par les municipalités, nous avons privilégié celles proposées par des entreprises privées (naissantes, petites ou moyennes) et par les citoyens.

La mobilité, la question qui fâche

Très étendues, nos villes cèdent trop facilement (et depuis trop longtemps) à la tentation automobile. Pour intéressantes qu'elles soient, les voitures électriques ne réduisent pas les pratiques de mobilité. Elles peuvent même contribuer à les accroître. Heureusement, l'offensive est menée tous azimuts.

Un valet de parking en trottinette pour les Londoniens - Trouver une place de parking à Londres est loin d'être une tâche facile, voire même une mission possible. Pour ceux qui tiennent à utiliser leur voiture, Vallie met à leur disposition des valets de parking qui s'occupent de garer leur véhicule et de venir les chercher à un moment convenu. Mais le numérique ne valant rien (ou pas grand-chose) s'il n'a pas une dimension bien physique, l'entreprise fait circuler ses employés en trottinette qu'ils peuvent fourguer dans le coffre quand ils sont au volant d'une voiture. Compte tenu des prix élevés et de certaines contraintes logistiques, l'application mobile semble pour le moment réservée aux VIP. En clair, Vallie a encore beaucoup de chemin à parcourir dans le moyen de transport de son choix pour être compétitif face à d'autres acteurs comme Uber.

Les mégadonnées au secours de la mobilité à Bordeaux - Fondée et dirigée par Raphaël Cherrier, la startup bordelaise Qucit utilise des avancées scientifiques de pointe pour aider à gérer les opérations type Vélib' et les places de parking disponibles. Pour ce qui est des bicyclettes, leur technologie sophistiquée permet de prévoir à quelle heure et dans quelle station on a le plus de chance d'en trouver une ou une place. Il s'agit, selon Raphaël Cherrier, de « construire des modèles capables de décrire et d'anticiper les comportements de mobilité. Avec des modifications d'infrastructure minimales et une gestion intelligente du processus d'équilibrage, on peut créer un système beaucoup plus efficace sans pour autant augmenter le coût d'exploitation ». Qucit travaille aussi bien avec les opérateurs comme Keolis, dans le cas de Bordeaux, qu'avec les municipalités. Découverte provocante, la boîte montre, en s'appuyant sur les données fournies par plus de 200 systèmes de vélos en libre-service dans le monde que « multiplier par deux le nombre de stations peut permettre de multiplier par trois le nombre d'emprunts. Ainsi, pour un système trop peu utilisé, il peut être paradoxalement plus avantageux d'augmenter le nombre de stations plutôt que de le réduire ».

La MaaS pour les Helsinkiens - Helsinki, qui se conçoit dans son entier comme un « traffic lab », nous offre un des meilleurs exemples de PPPP. D'autant plus, ne soyons pas fondamentalistes, qu'il s'agit d'une initiative du ministère finlandais des Transports. Le concept de base est celui de Mobility as a Service (MaaS). Un modèle de distribution de la mobilité dans lequel tous les besoins de transport d'un usager sont résolus au moyen d'une seule interface, l'écran d'un téléphone mobile. L'objectif est d'éliminer le besoin de posséder une voiture dès 2020 grâce à la mise en place d'un système de transport durable et centré sur l'usager. Passer par une approche PPPP facilite l'élimination des frontières absurdes qui séparent les différentes offres. Cela se traduit concrètement par une gamme d'abonnements « tout compris » qui incluent transports publics, taxis, Uber, vélos... La Finlande n'a pas d'industrie automobile à protéger et manque de ressources en énergies fossiles. « Le pays doit importer à la fois les véhicules et l'essence qui leur permet de fonctionner », peut-on lire sur le site de l'Institut de l'évolution des transports. On se demande si la Finlande n'est pas, également dans ce domaine, en avance.

L'habitat change sous la poussée du numérique

Née chez les développeurs de logiciel la conception en code source ouvert gagne du terrain. Quant à l'Internet sur lequel les informations circulent par paquets, comme s'il s'agissait de conteneurs, il inspire un jeune entrepreneur installé à Oakland, en Californie, en face de San Francisco.

Un « wikibuilding » parisien - Nom bizarre, n'est-ce pas ? Que les organisateurs expliquent en disant « que le projet est développé de façon collaborative et que les plans seront disponibles en open source ». Lancé dans le cadre de l'appel à projets innovants « Réinventer Paris » et pensé comme une plateforme, le wikibuilding s'appuie sur des dispositifs d'intelligence collective pour permettre d'innover de façon coopérative. Il intègre des professionnels et la société civile tout au long du processus de conception sans se limiter au bâtiment. Le projet s'inscrit ainsi autant à l'échelle du quartier que de la métropole. Sa logique open source s'insère dans les réseaux internationaux tels que ceux des fab labs ou de Learn Do Share comme une pièce urbaine fractale capable d'améliorer la qualité de vie et l'attractivité des territoires. Toute entité disposée à diffuser ses plans architecturaux en open source pourra utiliser le concept et les plans des autres. Dans le même ordre d'idées, Alain Renk, fondateur et PDG de la startup UFO, explique que ses luminaires seront fournis nus et en open source, ce qui permettra à chacun de leur mettre la coque qu'il veut en suivant les lois du genre appliquées dans les communautés de logiciels open source.

Un entrepreneur d'Oakland recycle les conteneurs dans l'habitat - San Francisco est l'une des villes les plus chères pour se loger aux États-Unis. Face à cette situation, Luke Iseman, entrepreneur de 31 ans, a décidé la création d'une ville dans la ville faite de conteneurs de transport. Lancé à Amsterdam en 2006, ce type d'habitat se développe dans plusieurs pays comme l'Allemagne, l'Australie, le Canada, le Royaume-Uni ou la France. L'évolution des prix des loyers tout autour de la baie de San Francisco inquiète les autorités locales, ce qui ne les empêche pas de s'en prendre aux citoyens quand ils s'essayent à des solutions innovantes et Luke a déjà été obligé de déménager deux fois. Le magazine Fractale explique qu'un « village » de 11 logements a été créé. Luke a occupé le premier il y a près d'un an avec son amie Heather Stewart et a proposé ensuite à des amis de les rejoindre. Un conteneur est aménagé en trois semaines, il utilise des panneaux photovoltaïques et propose des ampoules LED, le haut débit Internet, une douche chaude, des toilettes écologiques et un réfrigérateur basse consommation.

Sur son site, Boxouse, Luke vend des conteneurs aménagés ou des kits pour en installer. Il explique : « Nous vivons dans une maison durable qui fonctionne à l'énergie solaire et que nous avons construite pour moins que ce que coûte une voiture. Les poules dans le jardin, une connexion à haut débit, un jardin vivant et le fait de fournir à nos amis des maisons qu'ils peuvent se payer, tout cela fait qu'il est de plus en plus difficile de considérer notre durabilité comme un sacrifice. Nous avons d'énormes problèmes, mais la technologie nous donne plus de pouvoir que nous n'en avons jamais eu pour les résoudre. »

Environnement et énergie

En cette année de COP21, les initiatives visant à réduire la pollution et la consommation d'énergie abondent. Il s'agit bien d'une mode, mais pourquoi se plaindre si elle traduit et encourage une prise de conscience de la gravité du problème.

Transformer les déchets de Bangalore en ressources - Toute personne visitant Bangalore, la « Silicon Valley » indienne, située dans le sud du pays, est frappée par les tonnes d'ordures visibles dans les rues. Face à un phénomène d'une telle ampleur, les programmes de sensibilisation des citoyens se sont avérés inefficaces, comme les solutions coûteuses proposées par les entreprises traditionnelles spécialisées dans le recyclage. Elles s'installent loin des villes et les véhicules délabrés qui assurent le transport des déchets en perdent une bonne partie sur le chemin. L'entreprise sociale Saahas apporte des solutions concrètes allant de la diminution des déchets jusqu'à leur traitement pour les convertir en ressources telles que le biogaz ou le compost. Elle se spécialise dans les résidus organiques et dans les emballages. Ses programmes transforment 20 tonnes de déchets par jour en ressources. Naturellement, un grand travail reste encore à faire pour traiter correctement les 5 000 tonnes de déchets qui sont générés quotidiennement à Bangalore.

La municipalité de Barcelone aide les usagers à moins consommer d'énergie -Trente pour cent de l'énergie totale utilisée à Barcelone l'est dans les foyers. Afin de réduire cette consommation, la municipalité a développé un outil en ligne appelé « conseiller énergétique virtuel » qui analyse la consommation énergétique des foyers et leur propose des changements d'habitudes pour qu'ils consomment et polluent moins. Cet outil offre une assistance personnalisée en se basant sur une lecture du compteur électrique. Dans un futur que tout le monde espère pas trop lointain, ce système devrait s'améliorer en intégrant les données fournies par les compteurs intelligents. Sans attendre, la communauté virtuelle des épargnants permet aussi aux utilisateurs d'avoir un forum où les spécialistes et utilisateurs peuvent échanger sur les bonnes pratiques.

Agriculture urbaine

Le développement de l'agriculture urbaine a pour objectif premier de réduire la pollution et les coûts liés au transport de la nourriture nécessaire aux habitants des villes. Elle a, entre autres avantages, celui de contribuer, dans certains cas, à la création ou au développement de communautés. Elle constitue un des secteurs où l'on voit le plus clairement l'effet des PPPP.

Du pouvoir aux citoyens agriculteurs de La Havane - Cela fait bien longtemps qu'on ne cite plus La Havane en exemple. Et pourtant la ville est aujourd'hui à la tête du développement de l'agriculture urbaine. Selon le Centre danois d'architecture, plus de 50 % des produits alimentaires frais consommés par les habitants de la ville sont produits à l'intérieur de ses limites. Les difficultés d'alimentation dans un système encore trop étatisé en sont, bien évidemment, la cause principale, mais, comme souvent, l'intelligence consiste à transformer un problème en opportunité. Fait notable, l'initiative est venue d'en bas, des habitants, qui se sont mis à engraisser des poules sur leurs balcons et à planter dans leurs patios ce dont ils avaient le plus besoin au moment de la « période spéciale » née de la disparition de l'Union soviétique. Le ministère de l'Agriculture, en alliance avec la municipalité de La Havane, a créé un département de l'agriculture urbaine. Il encourage l'approche bio et fournit même conseils et graines. On distingue trois types d'espaces, les privés (huertos privados), ceux de l'État qui servent à la recherche (organopónicos) et les potagers populaires (huertos populares) qui sont les plus répandus. Avantage non négligeable, nombre de ces espaces sont installés sur des terrains vides auparavant trop souvent utilisés comme décharges publiques sauvages, les transformant ainsi en « jolis jardins qui fournissent de la nourriture aux communautés locales et améliorent l'esthétique et la santé du quartier ».

L'agriculture sur les toits de Montréal - Les Fermes Lufa se sont donné pour mission de répondre à la demande des citoyens urbains qui veulent manger « local et bio ». Connue pour avoir développé la première serre commerciale sur le toit d'un immeuble, cette entreprise montréalaise produit plus de 700 kg de légumes par jour et fournit des légumes à plus de 3 000 citoyens chaque année. La clé du succès de leur modèle économique repose sur un système informatique simple qui permet aux clients de passer directement leurs commandes en ligne. Ensuite, les employés cueillent et préparent les boîtes en fonction de cette demande, ce qui réduit considérablement le niveau de gaspillage alimentaire. Innovation virtuelle certes, mais aussi beaucoup d'ambition et de potentiel. Selon le fondateur, Mohamed Hage, si l'on utilisait les toits de 19 centres commerciaux moyens de Montréal, on pourrait rendre la ville autosuffisante en énergie.

Des salades dans son salon - Ville-État minuscule, Singapour, qui importe plus de 90 % de ses aliments, favorise l'agriculture verticale, une évidence dans cette ville de gratte-ciel. Sky Greens utilise des tours en aluminium de 9 mètres de haut bardées de 38 rangées de bacs dans lesquels sont cultivés des légumes. Selon Jack Ng, le fondateur, 60 watts, soit l'équivalent d'une lampe électrique classique, suffisent pour faire fonctionner le système qu'il dit être entre cinq à dix fois plus productif que les fermes traditionnelles. Les légumes sont vendus 10 % plus chers que les autres mais s'arrachent car « ils sont plus frais ». La technologie des LED permet d'aller encore plus loin. Installée près du centre d'affaires de Singapour, Sustenir Agriculture y a recours (avec l'hydroculture) pour produire laitues ou épinards, de la façon « la plus propre et la plus saine qu'on ait jamais utilisée ».

Mais pourquoi nous limiter à des produits achetés ? L'envie de faire pousser ses propres légumes est plus répandue qu'on ne croit. C'est le pari fait par une équipe d'ingénieurs du Massachussetts Institute of Technology en lançant Grove Labs, une entreprise qui installe (grâce aux mêmes technologies des LED et de l'hydroculture) un mini-écosystème de ce genre dans un salon ou dans une chambre d'enfants. Une connexion wi-fi permet de le surveiller depuis son téléphone. Si vous vous dépêchez, vous pouvez même en commander un et, ainsi, les soutenir sur Kickstarter.

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