La Tribune

Chez Thales, les couteaux sont ressortis

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Michel Cabirol  |   -  1109  mots
Au sein du groupe électronique, une contestation de grande ampleur a repris face au vaste projet de réorganisation du groupe par la direction. La CFDT va même jusqu'à demander demande "le changement" du PDG. Pendant ce temps-là, Dassault Aviation a augmenté ses droits de vote dans Thales.

Après quelques mois de calme ou de résignation chez Thales - c'est selon l'appréciation -, la tension est montée de plusieurs crans en interne au sein du groupe électronique ces dernières semaines. Le PDG du groupe, Luc Vigneron, qui était parvenu à apaiser le climat en interne, est en train de remettre l'entreprise sous tension à la suite de plusieurs décisions de cessions et délocalisation d'activités ainsi que de nouvelles restructurations, qui touchent plus particulièrement le management et les cadres dirigeants. Ce qui a fini par faire exploser la CFDT de Thales, d'habitude mesurée, qui a publié un tract très dur envers la politique de Luc Vigneron et intitulé "Quand le PDG de Thales va vers une 'Alcatelisation' du groupe et met en oeuvre la dictature de l'actionnariat".

"Depuis son arrivée à la tête du groupe Thales, Luc Vigneron n'a eu de cesse de développer une politique de tension, écrit le syndicat. Après avoir violemment critiqué le fonctionnement du groupe, ses résultats et sa stratégie, après s'être séparé de la très grande majorité des précédents dirigeants, après avoir instauré un système qui étouffe toute contestation au sein de son comité de direction et installé une politique de méfiance entre actuels dirigeants, il impulse à un rythme de plus en plus rapide une politique d'instabilité touchant toutes les sociétés du groupe". Et de conclure, "cette situation devient insupportable".

Départ du directeur des ressources humaines ?

Que demande la CFDT Thales ? Ni plus, ni moins "le changement" de Luc Vigneron. La CFDT "veut que l'Etat assume pleinement son rôle d'actionnaire en prenant les décisions qui s'imposent notamment dans le domaine du management de notre groupe". Car pour elle, la coupe est pleine. "Les dossiers s'empilent les après les autres" : cession de l'informatique de Thales Services Business Solutions (BUS), centralisation des activités fonctionnelles, le projet Socle qui menacerait 1.500 managers, le projet de vente de la radiologie ainsi que le transfert d'activités TR6 (radars, ndlr) vers Singapour, un remaniement de la direction du groupe. Deux projets révélés par "latribune.fr".

Les différents projets menés par la direction de Thales ont jeté de l'huile sur le feu. Et pas seulement au sein des troupes. Conséquence de la prochaine réorganisation de la direction, qui devrait être annoncée le 24 ou 25 juillet par Luc Vigneron, le directeur des ressources humaines et de la communication, Loïc Mahé serait sur le départ, selon nos informations. Car cette nouvelle réorganisation mettrait tous les PDG des divisions, ainsi que la direction des ressources humaines, sous la coupe du directeur des opérations, Patrick Fournié, dont les pouvoirs seraient renforcés.

En outre, le départ des deux grands commerçiaux de Thales, Alex Dorrian en charge de la zone A (Australie, Canada, Corée du sud, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, USA, Euripe du Nord et Europe centrale, Asie du Nord et Asie centrale, OTAN et Nations-Unies) et Blaise Jaeger en charge de la zone B (Allemagne, Italie, Espagne, Autriche, Suisse, Europe du sud, Singapour, Inde, Arabie saoudite, Asie du sud et du sud-est, Moyen-Orient, Amérique latine et Afrique) semble acquis. Ils pourraient être remplacés respectivement par Pascale Sourisse, actuellement en charge de la division C4I de défense et sécurité et par le PDG de Thales Alenia Space, Raynald Seznec. Eux-mêmes pourraient être remplacés par Jean-Loïc Galle, actuellement en charge de la division Opérations aériennes, et par Blaise Jaeger.

Laurent Fabius veut voir Luc Vigneron

Enfin, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, élu de la région de Rouen, a tenu à voir Luc Vigneron, selon plusieurs sources concordantes. Une date a même été arrêtée dans l'agenda des deux hommes : le 19 juilllet. En dépit de deux démentis de Thales sur les menaces qui pèsent sur les emplois du site de Rouen-Ymare à la suite d'un projet de délocalisation des radars civils révélé par "latribune.fr", le ministre devrait demander quelques explications au PDG de Thales. Car, selon la CFDT Thales, "d'ores et déjà, la situation de Rouen-Ymare paraît être critique".

En tout cas, Luc Vigneron n'avait pas l'intention de reculer et devrait présenter son projet de réorganisation, assure-t-on en interne. Pourquoi une telle assurance alors que son actionnaire privé de référence, Dassault Aviation, est réellement inquiet des visées gouvernementales pour le marginaliser au sein de Thales ? Certains rapportent que le PDG du groupe d'électronique entretient de bonnes relations avec François Hollande depuis la restructuration du site de Nexter (alors Giat Industries) à Tulle. Le dossier, notamment les reclassements, avait été rondement mené par le PDG d'alors de Giat-Industries, un certain Luc Vigneron. Depuis, ce dernier entretient régulièrement le contact avec le Président de la république et les deux hommes se parleraient de temps en temps au téléphone. Du coup, Luc Vigneron estime, à tort ou à raison, qu'il n'est pas menacé. A suivre...

Dassault Aviation augmente ses droits de vote dans Thales

En revanche, une nouvelle crise chez Thales risque ne pas arranger les relations entre Dassault Aviation et le gouvernement aujourd'hui très fraiches, voire quasi inexistantes. Jeudi, l'avionneur a déclaré avoir franchi en hausse, le 9 juillet 2012, le seuil de 25 % des droits de vote de Thales. Il détient individuellement 52.531.431 actions Thales représentant 86.531.431 droits de vote, soit 25,96 % du capital et 29,33 % des droits de vote de cette société. Ce franchissement de seuil résulte de l'attribution de droits de vote double au déclarant portant sur une fraction de sa participation.

Le concert formé entre le secteur public et Dassault Aviation n'a franchi aucun seuil. Il détient 107.318.085 actions Thales représentant 193.988.991 droits de vote, soit 53,04% du capital et 65,75% des droits de vote de la société. Les membres du concert ont précisé que : "la participation du secteur public reste supérieure à celle de Dassault Aviation, laquelle est inférieure au seuil de l'offre obligatoire. Le dispositif contractuel assurant la prédominance du secteur public au sein du concert n'a fait l'objet d'aucune modification". Enfin Dassault Aviation, dont la détention des actions Thales s'inscrit dans le cadre d'une politique d'investissement industriel à long terme, a déclaré ne "pas avoir l'intention de procéder à des acquisitions d'actions supplémentaires de Thales, ni d'acquérir seule son contrôle". Dans ce cadre, Dassault Aviation ne demandera pas de modification de la répartition du nombre d'administrateurs.

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Commentaires

FIAT LUX  a écrit le 22/07/2012 à 23:52 :

Le projet de Luc Vigneron de faire rapporter tous les patrons de filiale non pas à lui même mais à monsieur Fournier qui n'a lui même jamais dirigé de société est vraiment étrange. Il semble évident que Vigneron veut par ce biais faire partir Pascale Sourisse (dont Fournier était un collaborateur chez Alcatel et à qui elle a tout appris). Mais pourquoi Vigneron veut-il faire partir une encore jeune dirigeante compétente comme Pascale Sourisse ? Mystère et boule de gomme ! personne de sensé ne comprend cela. De même désactiver un dirigeant à l'expérience incontournable comme Raynald Seznec (qui fait le sale boulot sans rechigner) esttout aussi incompréhensible. Sauf à se rendre à l'évidence : monsieur Vigneron est en fait le vrai problème de cette entreprise.

Maxime  a écrit le 22/07/2012 à 23:18 :

Pour une phase de transition après l'épouvantable période Vigneron, le mieux serait de voir un gars solide comme Raynald Seznec prendre la barre de cette entreprise dont il est un des meilleurs connaisseurs avec pour mission de s'appuyer sur un véritable comité éxécutif (comme le faisait Denis Ranque qui lui était un vrai patron) comprenant entre autres Pascale Sourisse qui pourrait prendre sa suite lors de son départ la retraite qui ne devrait pas trop tarder.

Lucien  a répondu le 25/07/2012 à 21:54:

Il faut espérer que les actionnaires principaux de Thales à savoir l'Etat et Dassault réaliseront enfin que Seznec est en fait la bonne personne pour remplacer Vigneron et sa gouvernance de demeuré.

Pascale  a écrit le 22/07/2012 à 23:08 :

Le projet de remplacer Raynals Seznec par Blaise Jaeger à la tête de ThalesAleniaSpace doit recevoir l'aval de la partie italienne et cela n'est pas gagné car Jaeger n'a pas laissé un souvenir extraordinaire dans cette société du temps où il y travaillait sous la direction de Pascale Sourisse.

Fabien  a répondu le 22/07/2012 à 23:34:

Vigneron a demandé à Raynald Seznec de gérer ThalesAleniaSpace pour lui faire générer un maximum possible de cash et compenser ainsi en partie les pertes des autres secteurs du groupe. Seznec y a en partie réussi mais au prix, sur le long terme, d'un affaiblissement de l'excellence technologique de l'entreprise qui n'a pas assez investi dans les technologies de rupture comme la propulsion plasmique des satellites et s'est coupée de certains de ses clients historiques (Eutelsat). Les choix de politique d'entreprise de Vigneron ont donc eu un côut qui est celui de l'affaiblissement pour la période qui s'ouvre de ThalesAleniaSpace.

Lucien  a répondu le 25/07/2012 à 21:50:

Bien anticipé Pascale, Blaise Jaeger n'a effectivement pas obtenu la direction de ThalesAleniaSpace de par l'opposition de nos amis italiens.

SCHILDER  a écrit le 13/07/2012 à 16:48 :

Une équipe précédente avait bâti un grand groupe qui atteignait toujours ses prévisions, qui avait une forte présence internationale, et qui faisait évoluer des technologies complexes relevant de plusieurs domaines d'activité.

Qu'en est-il aujourd'hui ? Un PDG et un principal actionnaire industriel qui ne connaissent que des domaines technologiques uniformes. Un manque d'expérience flagrant des marchés évolués, tels au Royaume-Uni : la disparition de presque toute présence internationale au sein de l'équipe dirigeante en témoigne. Un Groupe qui, après deux années désastreuses, ne parvient que tout juste à atteindre les performances d'antan. Le moral des troupes -et des officiers- au plus bas ; du reste est-ce bien le moment de rétrograder le statut des ressources humaines ?

Mais peut-être tout cela fait partie d'une stratégie longtemps mijotée de Dassault : la préparation du démembrement de Thales.

Ghostly  a répondu le 14/07/2012 à 11:16:

C'est possible et pourquoi pas normal. Les activités de Thales sont variées et si le sommet n'arrive pas à les tenir en les développant, cela risque de partir en morceau. EADS est un bonne exemple de réussite dans le l'aéronautique. Mais lorsque l'on voit Thales lorgner vers DCNS, il y a t il une force de cohésion (manageriale, commerciale, géographique,...) suffisante pour tenir tout celà ?

SCHILDER  a répondu le 14/07/2012 à 13:20:

La capacité de pouvoir brasser les compétences techniques issues de domaines technologiques différents mais alliés représente un avantage unique pour répondre aux besoins des clients dans les marchés évolués. Elle permet aussi de prétendre à la maîtrise d'?uvre de projets complexes- source de valeur ajoutée maximale. Mais sans doute avez-vous raison : le sommet actuel ne parvient pas à tenir tout cela. En ce qui concerne la DCNS, des alliances ciblées ne font aucun tort, mais en effet il faut espérer que la trésorerie du groupe naval ne tente pas trop l?électronicien.

Scol  a répondu le 15/07/2012 à 22:13:

Manque d'envergure, gestion par la peur, pas de concertation, réformes imposées sans explication, des "processus" partout et n'emporte comment auxquels personne ne comprend plus rien, Monsieur Vigneron il est temps de partir ...