La Tribune

Et si Moscou développait une nouvelle navette spatiale

Le vaisseau russe Soyouz Copyright Reuters
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Emmanuel Grynszpan, à Moscou  |   -  549  mots
Cette nouvelle navette devrait voler dès 2020 et coûter nettement moins cher que sa rivale américaine Orion. A moins qu'il ne s'agisse d'une opération de communication pour faire oublier les échecs spatiaux récents.

Et si la Russie développait un successeur à la navette Bourane dont le programme a été abandonné au début des années 1990 faute de moyens financiers. Le constructeur d'Etat russe de vaisseaux spatiaux, RKK Energia, a récemment dévoilé dans la presse russe le projet d'un nouveau modèle véhicule spatial baptisé provisoirement PTK (acronyme russe pour Vaisseau de Transport Piloté). Polyvalent, cet appareil, qui est destiné à la fois pour des vols habités, pourrait remplacer le lanceur russe Soyouz utilisé pour ravitailler la station spatiale internationale (ISS). RKK Energia a indiqué que le premier vol habité est prévu pour 2020. D'après ses concepteurs, PTK se rapproche par ses caractéristiques des projets américains Orion développé par le groupe américain, Lockheed Martin. Mais les experts russes ignorent si PTK sera partiellement réutilisable et quelle sera la méthode de retour sur terre.

4 milliards d'euros de crédits

Le développement du projet PTK bénéficie d'un budget de 4 milliards d'euros, dont les deux tiers iront à la création du vaisseau lui-même, tandis que le reste des investissements seront répartis entre le système de sauvetage et les équipements au sol. Le coût estimé par RKK Energia ne prend pas en compte la conception du lanceur lourd nécessaire pour propulser le véhicule habité dans l'espace. Le coût du véhicule américain Orion est quant à lui estimé autour de 8,8 milliards d'euros. Le futur lanceur lourd Angara, le plus susceptible de propulser le PKK, coûterait au moins 3,7 milliards d'euros.

Les experts russes divergent sur l'estimation des coûts de développement. Selon Ivan Moïsseïev, directeur scientifique de l'Institut de la Politique Spatiale, "la somme paraît très modeste, et c'est dans l'ordre des choses, car les coûts sont volontairement minimisés au démarrage d'un projet et s'envolent durant la fabrication". Viatcheslav Rodin estime au contraire que le projet est réalisable avec 4 milliards d'euros "à condition que les sommes ne soit pas détournées", ce qui constitue pour lui le principal problème du secteur spatial russe. "Nous disposons des moyens technique et humains pour réaliser un nouveau vaisseau habité moins cher que les américains", assure-t-il.

Une mission lunaire en 2015

L'agence spatiale russe, Roscosmos, projette parallèlement une mission lunaire automatisée dès 2015. Son patron Vladimir Popovkine l'a annoncé le 16 janvier dernier. Le vaisseau d'une demi-tonne baptisé Luna-Glob 1 partira du tout nouveau cosmodrome Vostotchny (Extrême-Orient russe), propulsé par une fusée Soyouz 2. Cette mission fait aussi partie d'un ambitieux programme d'Etat annoncé le mois dernier. Destiné à remettre sur pied l'industrie spatiale russe, Vladimir Poutine rallonge chaque année le budget alloué à Roscosmos, qui atteint 3,1 milliards d'euros cette année.

Pour l'instant, les résultats sont franchement mauvais, avec un nombre croissant d'échecs sur tous les lanceurs (Proton, Soyouz, Rokot). Dernier en date, le Zenit-3SL dont les moteurs se sont éteints 20 secondes après le lancement depuis la plate-forme flottante Sea Launch Odyssey située dans l'océan Pacifique. Selon un expert européen, "la Russie continue de disposer d'un très important savoir-faire technologique. Leurs problèmes se concentrent dans la finition des lancements et dans le non respect des normes de sécurité".

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Commentaires

Attention  a écrit le 08/02/2013 à 11:17 :

Il va falloir qu'ils en fabriquent deux fois plus que prévu, car leurs fusées ratent un décollage sur deux.

xavier-marc  a écrit le 08/02/2013 à 8:44 :

Je me demande dans quel réel état se trouve l'astronautique russe, s'ils ont assez d'ingénieurs car tous ceux du temps de l'URSS doivent être à la retraite ou être passés à autre chose( et autre pays), il y a sûrement des procédures de fabrications de composants qui ont dû être perdues comme de nombreuses usines et sous-traitants du domaine spatial qui ont dû fermer, l'expérience c'est coûteux à maintenir, la succession d'échecs russes dans les sous-marins, le spatial, les missiles est inquiétante de leur point de vue à moins que, vu comme ils sont paranos( ils modifiaient les cartes de géographie et faisaient aussi disparaitre des villes du temps de l'urss), qu'en réalité ils font exprès de se planter en public pour ne pas dévoiler leurs réelles capacités.

Bof  a écrit le 08/02/2013 à 8:19 :

Rien de vraiment nouveau, le vaisseau PTK est supposé succéder au Soyuz depuis déjà un certain temps. Il n'y a aucune composante de type navette car pour ce genre de missions un véhicule classique est plus économique.
Par contre, les Russes ont certainement dans les cartons un analogue du X37 US mais c'est une autre histoire.