Défense : pourquoi Eurocopter peut-il gagner un méga-contrat en Pologne

 |   |  699  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters
En Pologne, la filiale hélicoptériste d'EADS est en compétition pour remporter un appel d'offre estimé à 3 milliards d'euros environ. Si Eurocopter gagne ce contrat, le constructeur européen et le motoriste Turbomeca installeront respectivement deux chaînes d'assemblage pour l'EC725 chez l'industriel polonais WZL 1 basé à Lodz.

En Pologne, Eurocopter met les gaz. Et pas qu'un peu pour rattraper ses deux concurrents - l'italien AgustaWestalnd et l'américain Sikorsky -, qui avaient une longueur d'avance. Surtout la filiale d'EADS croit de plus en plus en ses chances de succès pour remporter le méga-appel d'offre lancé par Varsovie portant sur l'acquisition de 70 hélicoptères multirôles (versions tactique, navale et de sauvetage) . Un contrat estimé à environ 3 milliards d'euros. "C'est le contrat de la décennie en Europe", explique-t-on chez l'hélicoptériste. Varsovie devrait choisir son fournisseur en 2014.

Eurocopter signe un accord industriel avec WZL 1 

En attendant, Eurocopter, qui propose le Caracal (EC725), continue de mettre toutes les chances de son côté. Ainsi le constructeur franco-allemand va signer ce jeudi un accord avec l'industriel polonais de Lodz, WZL 1, une entreprise spécialisée dans la maintenance aéronautique qui assemblera le Caracal si Eurocopter gagne la compétition. De son côté, Turbomeca installera également une chaîne d'assemblage pour les turbines de l'EC725. Produire surplace est d'ailleurs la condition sine qua non pour rester en course dans cet appel d'offre. "Les sociétés qui réfléchissent à participer de façon efficace à l'appel d'offres doivent apporter des garanties que ces hélicoptères seront produits en Pologne. Il s'agit d'un soutien à l'économie, au marché polonais du travail", avait expliqué fin septembre 2012 le Premier ministre polonais, Donald Tusk.

Pour AgustaWestland (AW149) et Sikorsky (S-70), c'est déjà le cas.  Le groupe italien avait racheté en 2010 l'usine de PZL à Swidnik (sud), qui produit des hélicoptères Sokol utilisés dans les opérations de sauvetage, la lutte contre les incendies et le transport, notamment militaire. Ils sont vendus en Pologne, en République tchèque et en Corée du Sud. Sikorsky Aircraft produit, quant à lui, dans son usine de Mielec (sud) sa nouvelle version de l'hélicoptère Black Hawk, S70i, destinée à l'exportation. Grâce à cette coopération WZL 1, Eurocopter rattrape son retard sur ses deux concurrents.

Septembre 2012, Eurocopter est relancé

Avant septembre 2012, on ne donnait pas cher des chances de succès d'Eurocopter. Mais lors du salon de l'industrie de l'armement MSPO, qui s'est tenu à Kielce début septembre 2012, la cote du constructeur de Marignane a brusquement remonté. L'armée polonaise, qui a découvert les qualités de l'EC725 présenté par Eurocopter sur le salon, s'est montrée très intéressée par cet appareil, qui correspond bien à ses besoins opérationnels et qui a fait ses preuves au combat (combat proven) en Afghanistan, Libye et au Mali. Mieux en tout cas que les deux autres appareils en compétition. Bref, c'est le déclic pour Eurocopter, qui pourtant partait de loin.

Car pour la presse polonaise, AgustaWestland et Sikorsky Aircraft, apparaissaient cet automne encore comme les mieux placés pour remporter cet appel d'offres en raison de leurs partenariats industriels. Et surtout, le constructeur italo-britannique avait bien savonné la planche de son partenaire dans le programme NH90, dont Eurocopter détient 62,5 %. Initialement, il était convenu que les deux constructeurs proposent à Varsovie le NH90, cet hélicoptère de dernière génération vendu aux quatre coins du monde à plus de 500 exemplaires. AgustaWestland devait conduire cette campagne, le groupe italien étant le mieux placé pour diriger ce propect après le rachat en 2010 de l'usine de PZL à Swidnik (sud). Sauf que les Italiens ont préféré, sans le dire, jouer en solo et pousser l'AW149. 

Un soutien politique français demandé

Du coup, Eurocopter a perdu beaucoup de temps et a dû changer son fusil d'épaule et proposer l'EC725. "Nous sommes arrivés un peu tard dans la course", regrettait-on à l'automne au sein de la filiale d'EADS. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Mais pour gagner, Eurocopter demande un soutien politique des autorités françaises. "C'est fondamental pour gagner ce contrat", souligne-t-on dans le groupe. Cela tombe bien : la France tente désespérément de relancer la coopération dans le cadre du Triangle de Weimar (Berlin-Paris-Varsovie). Ainsi, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, était cet automne à Varsovie pour défendre la coopération européenne.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 04/04/2013 à 21:37 :
S'il fait comme Airbus avec RyanAir, EuroCopter disperse son énergie en Inde et continuera à perdre des parts sur son propre marché européen.
Réponse de le 05/04/2013 à 9:30 :
justement Airbus n'a jamais perdu de temps avec Ryanair car ils ont compris qu'ils n'acheteraient que du Boeing! Par ailleurs, Eurocopter reste le premier hélicoptériste AU MONDE et accroit son avance sur ses concurrents donc pourquoi dire qu'ils perdent des parts de marché?!
a écrit le 04/04/2013 à 12:58 :
Ne rêvons pas. Les Polonais achèterons de toute façon Américain. Ils gesticulent pour faire baisser les prix. Souvenons nous des F16 des Boeing etc...
Réponse de le 04/04/2013 à 13:35 :
Dans l'esprit d'un Polonais et en raison de leur histoire les USA sont une assurance vie et cela n'a pas de prix à leurs yeux.Ils n'ont sans doute pas tort vu la vitesse à laquelle les pays de l'UE ont répondu à la demande de la France au début de l'intervention au Mali.TOUT SE PAYE.... surtout les bassesses.
a écrit le 04/04/2013 à 9:43 :
Oui c'est parfait, on délocalise en Pologne la fabrication, et pour que la Pologne accepte, on délocalise aussi tous les politiques Français de gauche et de droite avec les mêmes salaires que les ouvriers Polonais, Monsieur CAHUZAC si vous voulez bien prendre place dans le train, votre nouveau vestiaire vous attends ainsi que pour vos petits amis. En Pologne la monnaie locale c'est le Z?oty (PLN), avec 100 Groszy vous avez 1 Z?oty, vous verrez on s'habitue rapidement. Et surtout n'oubliez pas de leur parler du mariage pour tous...
Réponse de le 04/04/2013 à 10:12 :
Si on ne délocalise pas l'assemblage (c'est à dire la partie la moins rentable de l'ensemble), c'est assurément ne pas décrocher le contrat et ..;être sur que ce seront les canadiens ou les italo-britanniques qui emporteront le marché !!! ... à trop vouloir on fini par tout perdre !!
Réponse de le 04/04/2013 à 13:34 :
Les systèmes de contrat de coopération n'est pas nouveau. Pourquoi s'indigner alors qu'Eurocopter l'a fait à de nombreuses reprises avec d'autres pays hors UE ? (ex: Chine EC155/EC175, Australie NH90,...)
Ce type de contrat permets non-seulement de rester rentable sur les parties à plus faible valeur ajoutés, comme le souligne si bien "Lyon69" mais permets surtout de pouvoir se concentrer sur son "core-business" ainsi que sur l'avenir de ses produits (R&T / R&D). Sans contrat pas de cash, pas de cash pas de recherche. Pas de recherche, pas de survie moyen/long terme. Donc ce genre de contrat est indispensable à moyen/long terme (on parle quand même de 3M? !). Comme on dit, "Pas de compromis sans concessions".
Réponse de le 30/04/2013 à 7:59 :
Le chauvinisme français est contre productif pour de nombreuses raisons.
1- Eurocoptère fait son plus gros chiffre d'affaire à l'étranger, c'est vitale pour son développement et sa survie face à une concurrence internationale.
2- Cela touche directement à la défense européenne, si un jour l'UE était en guerre contre la Russie c'est la Pologne qui sera en première ligne.
3- Les polonais ont le droit de choisir quel appareil ils veulent acheté c'est leur affaire, surtout que les polonais se souviennent qu'en 1939 la France et l'Angleterre qui étaient allié à la Pologne n'ont rien fait pour aller les aider alors que leur territoire était envahi par les troupes du 3ème Reich, ils sont pas totalement pardonné la lâcheté de la France de l'époque.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :