Exportation d'armes (2/4) : la France profitera-t-elle de sa bonne image au Pérou ?

 |   |  1443  mots
Un temps espérée, la commande du satellite d'observation n'a pu être conclue l'an dernier entre la France et le Pérou en raison de la difficulté de Paris à rédiger un contrat de gouvernement à gouvernement.
Un temps espérée, la commande du satellite d'observation n'a pu être conclue l'an dernier entre la France et le Pérou en raison de la difficulté de Paris à rédiger un contrat de gouvernement à gouvernement. (Crédits : Airbus Defence & Space)
La Tribune vous propose une série sur les nouvelles terres de conquête des industriels de l'armement français. Dassault Aviation et Thales lorgnent une modernisation des 12 Mirage 2000 péruviens tandis que DCNS convoite la modernisation de quatre sous-marins U209.

Et si le Pérou était l'une des bonnes surprises de l'industrie de l'armement française ces prochaines années. Bien sûr, ce pays andin de 30,5 millions d'habitants n'a pas le même potentiel que l'Indonésie mais la France jouit actuellement d'une bonne image auprès de la présidence péruvienne. Le président Ollanta Humala, un ancien militaire considéré comme francophile, a déjà été reçu trois fois par François Hollande (novembre 2012, octobre 2013 et juillet 2014). Alors que des soldats français ont défilé à Lima pour la fête nationale péruvienne le 28 juillet dernier, le locataire de l'Elysée doit se rendre à son tour au Pérou début 2015.

En mars 2013, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius rappelait que le Pérou était "bien disposé à l'égard de la France". A Paris de saisir enfin sa chance dans un pays en forte croissance. Avec un PIB estimé à plus de 200 milliards de dollars en 2013 et un taux de croissance annuel moyen de 6 % entre 2002 et 2012, le Pérou est considéré, selon le FMI, comme un néo-émergent dans la région.

Une marge de progression pour la France

En 2012, Lima n'a représenté que 0,06 % du commerce extérieur de la France et se situe au 94e rang de ses clients et au 76e rang de ses fournisseurs. Seulement 65 entreprises françaises sont présentes au Pérou, et Paris n'est que le 16e investisseur (1,5 % du stock des investissements directs à l'étranger). "Nos relations économiques sont encore insuffisantes, eu égard aux opportunités offertes par ce pays en forte croissance", avait souligné en février dernier l'ancien président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, Jean-Louis Carrère.

Paris possède donc une belle marge de progression. Y compris dans le domaine de l'armement même si Airbus Defence and Space (ADS) a réussi en avril dernier un joli coup en signant en avril une commande de 150 millions d'euros environ portant sur la vente du premier satellite péruvien d'observation de la Terre. Sur la période 2009-2013, les industriels de l'armement tricolore ont exporté pour 182,7 millions d'euros de matériels vers le Pérou avec des pics en 2009 (97,4 millions) et 2012 (72,2 millions grâce notamment à la vente de 16 missiles Exocet MM40 et quatre systèmes de lancement pour les frégates italiennes Lupo signée en décembre 2012).

2013, une mauvaise année

En 2013, les groupes français ont fait chou blanc au Pérou ou presque (3,6 millions d'euros de ventes d'armements). Un temps espérée, la commande du satellite d'observation n'a pu être conclue l'an dernier entre la France et le Pérou en raison de la difficulté de Paris à rédiger un contrat de gouvernement à gouvernement, Bercy étant peu favorable à ce type de garantie de l'État français. Le contrat sera mis en vigueur cette année. "C'est imminent", explique-t-on à La Tribune. En outre, Airbus Helicopters (AH) a poussé dans ses derniers retranchements Mil, bien implanté commercialement au Pérou, mais le constructeur russe a finalement réussi fin décembre à arracher au bout de deux ans de négociations un contrat de 24 Mi-171CH face au Cougar (500 millions de dollars).

AH était, semble-t-il, plus cher de 30 % à l'achat et n'avait pas de créneau de livraison rapide, selon un proche du dossier. En revanche, le constructeur de Marignane était moins cher que Mil pour le support des appareils. Ce qui équilibrait plus ou moins la facture en prenant en compte le coût de possession (achat, support, maintenance... des appareils tout au long de leur utilisation). Mais cet argument a encore du mal à être entendu dans de nombreux pays. C'est d'ailleurs en partie pour cela qu'Airbus Helicopters a pris la décision de produire des Cougar en Roumanie.

Modernisation des Mirage 2000 et des sous-marins allemands

Deux gros dossiers mobilisent depuis quelques mois les équipes commerciales de Dassault Aviation, Thales et le missilier MBDA d'une part, et de DCNS, d'autre part. Deux dossiers de modernisation d'équipements majeurs des forces armées péruviennes : 12 Mirage 2000C et B, dont l'électronique a déjà été un peu modernisée en 2009 (100 millions d'euros), et quatre sous-marins allemands de type U209. Deux dossiers compliqués à boucler. D'autant que le Pérou souhaite conclure des contrats de gouvernement à gouvernement à l'image de celui signé pour l'achat d'un satellite d'observation.

Sur les Mirage 2000 achetés à la France en 1982 et livrés en 1985, "le plus dur est de faire converger les besoins du client dans l'enveloppe financière", explique-t-on à La Tribune. Dassault Aviation et Thales ont proposé une modernisation de type indien à Lima pour en limiter les coûts, c'est-à-dire sans la dimension air-sol. Car cela demanderait des études supplémentaires, augmenterait le prix de l'opération et enfin écarterait de fait la proposition de Sagem de vendre des bombes AASM.

Or Lima souhaiterait transformer ses Mirage 2000 en Mirage 2000-5 pour un coût de 25 millions de dollars par appareil (soit un total de 300 millions de dollars), selon la presse locale, tandis que l'offre française se situait à 30 millions par appareil. Enfin, Israël a quant à lui proposé une modernisation à 15 millions de dollars. Mais le Pérou perdrait alors la garantie de l'État français. A suivre.

Sous-marins, un contrat à 500 millions d'euros ?

A l'image du contrat sur le satellite signé entre la France et le Pérou, Lima a demandé à Berlin la possibilité de signer un contrat de gouvernement à gouvernement. Selon nos informations, l'Allemagne aurait refusé ce type de contrat. Du coup, DCNS travaillerait sur un appel d'offre portant sur la un projet de modernisation légère des quatre sous-marins de type U209. Une commande qui était à l'origine estimée à 500 millions d'euros mais qui pourrait être revue à la baisse pour s'adpater au budget des Péruviens. D'autant que le président Ollanta Humala souhaite avant son départ en 2016 lancer un appel d'offre pour l'acquisition de nouveaux sous-marins.

DCNS, qui a déjà modernisé des sous-marins allemands en Amérique Latine (Equateur), est prêt à travailler avec le groupe péruvien FIMA pour obtenir le contrat. Les Péruviens sont également intéressés par une coopération avec le Brésil. "Cette opération pourrait permettre au Pérou de moderniser son industrie navale, décrypte-t-on à Paris. Le challenge des  industriels français est de s'adapter au budget péruvien".

MBDA, Airbus Helicopters, Nexter... sur les rangs au Pérou

D'autres campagnes sont actuellement en cours pour les industriels français. Le missilier MBDA travaille sur une projet en vue d'armer les frégates Lupo de la marine péruvienne avec des missiles Mistral et VL-Mica (Air Defence). Le Pérou souhaiterait aussi  un second lot d'Exocet. De son côté, Nexter propose son systèmes d'artillerie autotractés Caesar ainsi que son canon de 105mm. Thales fait quant à lui la promotion de son système de radio PR4G.

Par ailleurs, Lima a lancé un appel d'offres pour l'acquisition d'un navire océanographique (environ 100 millions de dollars). Une campagne qui pourrait intéresser le petit chantier naval des Sables d'Olonne, OCEA. Enfin, Airbus Helicopters estime que le Pérou, qui a commandé 5 EC145 en 2012 pour la police nationale, a des besoins pour des hélicoptères lourds type Super Puma, capables d'opérer à grandes altitudes.

Un contrat d'État à État

Le contrat de gouvernement à gouvernement sur le satellite d'observation signé avec le Pérou est une nouveauté pour la France et, surtout, une avancée pour gagner des contrats à l'exportation. Il "liera bien nos deux États mais il sera accompagné de trois accords intergouvernementaux, avait expliqué en octobre 2013 le Délégué général pour l'armement (DGA), Laurent Collet-Billon. Notre objectif est de construire un cadre qui s'approche du Foreign Military Sales de l'armée américaine, car la majorité des clients exige dorénavant une intervention - c'est-à-dire une garantie - étatique forte."

En juillet dernier, le sénateur UMP de la Gironde, Xavier Pintat, avait souligné que l'État français avait "accepté de mettre en place un montage juridique innovant, qui a permis de donner satisfaction au gouvernement péruvien en accordant à l'opération la garantie de la puissance publique". En tout cas, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, y tient "particulièrement", selon des sources proches du dossier. "C'est un outil à creuser et qui est pertinent sur le long terme", explique-t-on à Paris.

Lire ou relire l'ensemble de la série :

Exportation d'armes (1/4) : l'Indonésie sera-t-elle le nouveau filon de la France ?

Exportation d'armes (3/4) : l'Égypte, la divine surprise en 2014

Exportation d'armes (4/4) : Bolivie, un coup commercial et puis plus rien ?

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 16/10/2014 à 5:59 :
Ce n'est pas en vendant des armes au Pérou ou ailleurs que la France retrouvera un peu de son honneur perdu ...
Réponse de le 16/10/2014 à 21:19 :
C'est vrai, elle a déjà s'est excusée auprès du gouvernement du Brésil mais peut-être qu'il faudra aussi s'excuser auprès du gouvernement colombien non ?
a écrit le 15/10/2014 à 20:56 :
La France, la grande partenaire des Etats-Unis, a-t-elle une bonne image au Pérou avec son gouvernement ??? tiens, c'est tout nouveau ! Ah les "infos" de la Tribune… Pour l'info, la vraie, début septembre 2014, la Russie et le Pérou ont signé des accords pour la construction et réparation conjointe des hélicoptères MI.17/171 en la province de La Joye. Ainsi comme le Venezuela, le Pérou utilise des hélicoptères russes de transport et d'attaque et des avions et munitions de construction brésilienne, d'ailleurs le marché d'armements sud-américain se tourne davantage aux russes depuis plusieurs années, qui,contrairement aux armements occidentaux, lui permet le transfert de technologies.

Après les tentatives d'invasion en Colombie (l'épisode un peu rocambolesque des commandos français qui ont été arrêtés au Brésil) à l'occasion de la libération de Ingrid Bettencourt, on s'en souvient, l'image de la France ne se trouve pas parmi les meilleures dans cette partie du monde. Parler que la France a une bonne image au Pérou est un point de vue qui n'engage que l'auteur de ce billet.
Réponse de le 16/10/2014 à 0:02 :
Oui, que les russes vendent des hélicos au Pérou n'est pas grave. Ca ne durera qu'un temps. Le suivi et la qualité de leurs produits est à chier, tous leurs clients s'en plaignent et stoppe les frais au bout d'un certain temps. Le Chili, Bolivie et Pérou apprécient la France
Réponse de le 16/10/2014 à 9:28 :
Faut acheter des lunettes, La Tribune a bien écrit que Airbus Helicopters avait perdu le contrat hélico ou je l'ai rêvé. Et puis le titre est quand même très prudent, non ? Faut être de bonne foi de temps en temps
Réponse de le 16/10/2014 à 12:34 :
Non sans oublier que le Canada vient de livrer 5 hélicoptères Kaman SH-2G Super Seaprite au Pérou, un bel achat d'ailleurs.
Réponse de le 16/10/2014 à 21:17 :
Un titre "bien prudent" à La Tribune, mais où l'avez vous vu ? il faut nettoyer vos lunettes, mon vieux.
Réponse de le 17/10/2014 à 9:45 :
Faut que vous achetiez des triples foyers pour lire.... En quoi le titre de la Tribune est provocateur, vendeur... Il me parait tout simplement prudent.
Réponse de le 17/10/2014 à 20:43 :
Suivez-moi : Si le tout c'est de s'y mettre, alors la moité du tout ça fait 3 mètres ! vous êtes d'accord ?
Réponse de le 23/10/2014 à 9:54 :
"'image de la France ne se trouve pas parmi les meilleures dans cette partie du monde"
merci pour cette auto flagélation. Vous avez oublier d'ajouter "j'ai honte de mon pays" pour faire bonne mesure.
Pouvez vous nous donner un pays dont l'image soit immaculée quelque soit l'endroit où on pose la question?
a écrit le 15/10/2014 à 13:28 :
Je parle sous le control de mon supérieur ,c'est au Poitou la vente d'armes pas au Pérou
a écrit le 15/10/2014 à 13:07 :
et autre islamistes en tout genre qui sèment le choas du Sahel à la syrie , saluent l'investissement de la France dans ce secteur, et peuvent sur le terrain attester de l'efficacité de nos produits...produits qui ont fait leurs preuves en Lybie avant d'etre disséminés dans tous le Sahel...et produits que nous avons livrés à tout ceux qui se réclamaient rebelles et voulaient faire chuter Assad...donc y compris la vaillante ASL, qui plus tard s'est ralliée à Al Nosra et Etat Islamique...bref, un grand succès de notre diplomatie
Réponse de le 15/10/2014 à 16:59 :
La réalité est que les armes trouvées chez Daech sont principalement russes, chinoises et loin derrière américaines. Quasiment pas françaises.
Réponse de le 15/10/2014 à 21:01 :
Il est visible que la désinformation joue actuellement un rôle majeur dans certains véhicules de presse, notamment ceux liés aux vente d'armes françaises dans le monde.Certains journaux "vendent" même des avions et des armements bien avant que les transactions de vente soient conclues ! des Rafales, des sous-marins et d'autres frégates fabriqués en France se vendent comme des petits pains…. dans les titres des journaux, pas effectivement.
Réponse de le 16/10/2014 à 0:07 :
Oui, vous avez raison, mais pour ces ventes, ca va bien ce faire, pour différentes raisons que je n'ai pas le temps de vous expliqué.
Réponse de le 17/10/2014 à 9:42 :
@toujours à prendre avec la plus.... Je n'ai pas eu l'impression d'être désinformé en lisant cet article qui fait juste un état des lieux des campagnes commerciales actuelles au Pérou. Avec les limites de son métier de journaliste. Et je n'ai pas eu l'impression que l'auteur de cet article imaginait une seule seconde que ces contrats allaient être signés par la France...
a écrit le 15/10/2014 à 13:04 :
j'en doute, la France n'exporte depuis quelques années que les les islamistes et les emirs du Golfe...vendre à la Russie ou a d'autres pays estempillés "méchants pas beaux" par Washington ne fait plus partie de ce que l'on a le droit de faire...
Réponse de le 15/10/2014 à 17:02 :
Faux : Mistral à la Russie, 126 Rafales sélectionnés par l'Inde etc.
Réponse de le 15/10/2014 à 20:17 :
+ des sous-marins et hélicoptères au Brésil
+ frégate au Maroc...
Réponse de le 16/10/2014 à 0:12 :
arrêtez votre baratin, plus de 30 appels d'offre sur lesquels la France est en course en Inde. Canada, un contrat de géant de 27 Mrds est possible, ........ E.A.U., etc.....
a écrit le 15/10/2014 à 12:33 :
Heureusement que l'on produit des armes pour notre indépendance.
C'est un des secteurs les plus stratégique pour notre pays.
On n'est plus crédible sur le marché international des armes.
Le Mistral non livrer à la Russie à définitivement mis la France hors course.
Dommage ! des emplois sont encore enjeux.
a écrit le 15/10/2014 à 12:23 :
France pays des Droits de l'Homme et grand exportateur d'armes qui sèment le malheur et le désespoir des civils aux quatre coins du Monde.
Réponse de le 15/10/2014 à 16:02 :
Les Péruviens n'ont pas l'air très malheureux du fait des armes françaises...Ils en réclament... Leur sécurité est en jeu et leur bonheur par la même occasion.
Réponse de le 23/10/2014 à 9:57 :
et l'eau mouille et le feu brule....

Les droits de l'homme ne sont pas incompatible avec la vente d'armement. Les deux sont liés. Ce n'est pas l'armement qui peut etre mis en cause c'est la façon dont on le vend: si on sait pertinemment qu'une vente va permettre d'oppresser un peuple et non servir à le protéger alors oui il y a problème. Sinon non.
Réponse de le 12/12/2014 à 18:15 :
@R : bien répondu, je n'aurais pas mieux dis, il faut vraiment être d'une naïveté confondante pour écrire ce genre de chose...
a écrit le 15/10/2014 à 11:46 :
Vu le succès des contrats FMS des États-Unis, mettre au point une structure équivalente en France semble pertinent... d'autant plus si les clients sont demandeurs!
Réponse de le 15/10/2014 à 12:16 :
Bonjour

Comment marche un contrat d'état à état ? Est-ce que ça veut dire que l'état français achete au fournisseur puis revent à l'état client ? Est-ce qu'il fait une marge dans ce cas là ?

Pourquoi ne pas passer par ce type de contrat pour contourner l'embargo que les Allemands veulent imposer dans le cas de Nexter et d'Airbus en Ouzbekistan ?
Réponse de le 15/10/2014 à 13:36 :
@john

Oui l'Etat achète et revend et il prend une commission.

Ça n’empêcherait pas l'embargo Allemand car pour obtenir l'autorisation il faut mentionner l'utilisateur final des équipements.
Réponse de le 15/10/2014 à 13:50 :
@ John :
Les contrats d'Etat à Etat ne sont pas passés directement par la France mais par un organisme semi public qui passe des contrats en son nom. C'est le cas de l'ODAS, structure dont l'actionariat réuni l'Etat et des grands indus du secteur. Dans ce type de contrat, l'Indus vend à l'ODAS qui va ensuite négocier et passer le contrat au nom de la France. J'imagine bien que cet organisme ne travaille pas gratuitement et prend une marge.

Pour l'Allemagne, ce qui bloque ce n'est pas que son matériel passe par la France mais plutot arrive dans des pays qu'elle ne juge pas opportuns d'armer. Ce qui prime donc, c'est l'utilisateur final du matériel, pas le pays de transit (en tout cas quand c'est la France)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :