Coup d'envoi des projets d'avion du futur en France (Airbus, Safran, Dassault, Zodiac..)

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Airbus travaille actuellement sur un projet d'avion très économe en carburant à l'horizon 2050.
Airbus travaille actuellement sur un projet d'avion très économe en carburant à l'horizon 2050. (Crédits : Reuters)
Créé en 2008, le Corac (Conseil pour la recherche aéronautique civile) lance une deuxième vague de projets visant à préparer l'avion, l'usine et les systèmes embarqués du futur.

Préparer la configuration de l'avion, les systèmes embarqués et l'usine du futur : tels sont les trois nouveaux grands chantiers de l'industrie aéronautique française pour conserver son leadership mondial.

«Ce sont les trois domaines sur lesquels nous comptons travailler et pour lesquels nous demandons, à travers le Corac [Conseil pour la recherche aéronautique civile], d'être soutenus par la puissance publique», a déclaré ce jeudi Marwan Lahoud, le président du Gifas (groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales), à l'issue de la réunion du Corac.

Améliorer la compétitivité

Présidé par le secrétaire d'Etat aux transports Alain Vidalies, le Corac rassemble depuis sa création en 2008 tous les acteurs français de l'aéronautique civile (constructeurs, compagnies aériennes, aéroports, services de la navigation aérienne, Gifas, instituts de recherche, services de l'Etat). Son objectif est clair : définir et mettre en œuvre des actions de recherche et d'innovation technologiques pour, non seulement atteindre les objectifs environnementaux du secteur fixé au niveau mondial à l'horizon 2050, mais aussi améliorer la compétitivité des industriels tricolores.

«L'idée est de lancer les premières phases des projets concernant les systèmes embarqués et l'usine du futur puis, dans un second temps, celles concernant les nouvelles configurations d'aéronefs», a expliqué Marwan Lahoud.

Ce dernier point est le plus spectaculaire pour le grand public. Car il vise à définir des architectures d'appareils en totale rupture technologique avec celles des aéronefs actuels.

«Les travaux proposés ont l'ambition de permettre une redéfinition complète de la forme des aéronefs pour qu'ils soient encore plus silencieux et plus économes en carburant», a précisé Alain Vidalies.

«La configuration des avions commerciaux est héritée des A300 (lancés dans les années 70, Ndlr), celle des avions d'affaires des Mystère (avions de chasse construits dans les années 1950, Ndlr) et celle des hélicoptères remonte aux années 1960-70. Ces aéronefs ont atteint, non pas leurs limites - car ils vont encore voler pendant des dizaines d'années-, mais leur configuration future devra tenir compte des innovations en la matière», a précisé Marwan Lahoud.

Concrètement, ce dernier évoque les années 2030 pour l'avion commercial du futur, et les années 2020 pour l'avion d'affaires et l'hélicoptère de demain.

Pour ce qui concerne les avions commerciaux en effet, à l'exception des turbopropulseurs, les appareils se ressemblent quasiment tous avec, pour la majorité d'entre eux, un fuselage, deux ailes et des moteurs en dessous.

«La formule aérodynamique des avions est la même depuis cinquante ans, avec une séparation de la propulsion du fuselage. Les ingénieurs ont construit une aile avec son propre écoulement de l'air et un moteur au-dessous, ayant également son propre écoulement», expliquait au printemps dernier Patrick Wagner, directeur des grands moyens techniques à l'Onera, le centre français de R/T en aéronautique, défense et espace.

Autrement dit, pour obtenir de nouveaux gains en termes de réduction de bruit ou d'économies de carburant, il faut tourner cette page de l'aéronautique. «Si nous voulons atteindre les objectifs environnementaux, il faut des concepts en rupture avec les appareils d'aujourd'hui», confirme aujourd'hui un chercheur.

Reprendre un coup d'avance face aux nouveaux pays aéronautiques

Mais les travaux sur des nouvelles configurations d'avions débuteront après ceux touchant les systèmes embarqués et l'usine du futur. Les premiers concernent toutes les technologies permettant de faciliter le pilotage de l'avion (systèmes de gestion des vols, d'optimisation des trajectoires, cockpits plus ergonomiques), tandis que les seconds visent à mettre en place de nouvelles méthodes de production et d'assemblage.

"Il s'agit là, tout au long de la chaîne (de sous-traitants, Ndlr) de repenser la construction aéronautique, a déclaré Alain Vidalies. Les nouveaux pays aéronautiques partent d'une page blanche. D'une certaine manière, c'est un avantage car ils vont mettre en place leur outil de production en s'appuyant sur leur meilleur état de l'art sans contrainte particulière. Il s'agit de reprendre de l'avance par l'innovation et l'intégration de l'ensemble des acteurs".

Le budget de cette deuxième vague de projets n'a pas été communiqué. Alain Vidalies a assuré que «l'Etat continuera d'accompagner cette filière dans cette démarche de progrès technologiques». L'Etat a apporté un soutien de plus de 700 millions d'euros à l'ensemble les travaux de recherche déjà lancés par le Corac à travers les plans d'investissements d'avenir (PIA1) et la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). Pour l'avenir, le secrétaire d'Etat a indiqué que «la participation de la DGAC est sanctuarisée à hauteur de 60 millions d'euros annuels». «Ensuite, a-t-il ajouté, nous sommes sur la mise à exécution du PIA2. L'ensemble des crédits des PIA s'éteignent en 2016, il faut d'ores et déjà travailler pour qu'il y ait la lisibilité suffisante sur le long terme, ce qui est une règle du jeu dans ce secteur et ce qui est l'objectif. L'intention du gouvernement est de poursuivre au moins à égalité son effort».

Les industriels l'espèrent. Sous couvert de l'anonymat, certains sont inquiets du soutien de l'Etat en raison des contraintes budgétaires.

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Commentaires
a écrit le 15/03/2015 à 14:37 :
La configuration des avions commerciaux avec moteurs en nacelles remonte à l'Arado 234, 75 ans.
a écrit le 26/10/2014 à 12:53 :
«La configuration des avions commerciaux est héritée des A300 (lancés dans les années 70, Ndlr)"... Ceci est complètement FAUX, la configuration actuelle est basée sur celle du 707 de Boeing ... ou même peut être du Comet de DeHavilland...
airbus, il faut arrêter de croire que vous avez établit les "standards" en aviation...
Réponse de le 26/10/2014 à 20:36 :
C'est exact ! mais les "ingénieurs aéronautiques" de La Tribune pensent le contraire. *mdr
Réponse de le 27/10/2014 à 10:56 :
Pas vraiment. L'implantation des moteurs du Comet n'a rien à voir. Quant au 707, son évolution n'était que d'avoir 4 moteurs au lieu des 8 du B52. L'A300 a introduit le concept de 2 très gros moteurs sur un gros porteur. Et ce n'est pas du tout la même chose de piloter un avion avec 1 moteur sur 4 en panne ou 1 moteur sur 2 ! Il est largement connu que le concept le plus efficace c'est la poussée à l'arrière; mais vu la taille des moteurs actuels, ce n'est pas aisé. Quant à un aéronef sans dérive, ça vole. Mais on reste circonspect sur la conception: fuselage important et (relative) faible surface alaire de l'illustration...
Réponse de le 27/10/2014 à 19:49 :
Je m'attendais à ce genre de commentaire "le A300 à 2 moteurs au lieu de 4". Il n y a rien d'exceptionnel et d'osé à faire un avion avec 2 moteurs sous les ailes au lieu de 4. Ne cherchez pas des excuses là où il n y en a pas et ne sortez pas l'argument "c'était une première à l'époque" car ce n'est pas valide.
Réponse de le 28/10/2014 à 11:45 :
Les USA établissant les certificats de navigabilité de l'époque imposaient 4 moteurs et 3 membres d'équipage pour traverser l'atlantique et non deux et deux comme sur l'A300 qui a effectivement changé la donne.
a écrit le 26/10/2014 à 9:46 :
"Les industriels l'espèrent. Sous couvert de l'anonymat, certains sont inquiets du soutien de l'Etat en raison des contraintes budgétaires"....Les industriels à travers le Medef vilipendent l'Etat en permanence et demandent toujours plus ... Si leurs projets ne sont pas viables sans le soutien public, alors il faut qu'ils passent à autre chose que la construction d'avions... dont on sait que d'ici quelques dizaines d'années, il n'y aura plus de pétrole pour les faire voler... où que les carburants seront tellement coûteux à produire que seule une élite pourra se permettre encore de voyager en avion.
a écrit le 26/10/2014 à 9:45 :
Quelques sociétés européennes, comme Airbus, se lancent dans la logique américaine du "futuromatique" grandiose, une façon de dire "on a tout le temps du monde devant nous, l'avenir sera merveilleux". Avec les évenements géopolitiques en cours actuellement dans le monde – et ceux qui restent encore à venir – rien ne laisse présager que l'avenir sera aussi "Flash Gordon-Hollywood" comme quelques-uns l'imaginent.
Bien plus proche de la réalité, on apprend que la Russie va désormais construire ses propres porte-hélicoptères, un signe que Moscou n'a pas apprécié la politique de menaces de la part de l'Elysée ( sous les ordres de Washington) et va reprendre son argent de retour et laisser la France avec ces deux "baleines grises" à St.-Nazaire. Plus de deux milliards à rendre, des chômeurs à gogo, réputation commerciale entachée. La France qui perde est, hélas, plus dans la réalité que celle des sociétés européennes qui pensent déjà à "l'avion du futur"…. à la veille, peut-être, d'une 3 ème guerre en Europe.
Réponse de le 26/10/2014 à 11:45 :
100% en accord avec votre analyse.
a écrit le 26/10/2014 à 5:07 :
Tient un pilote qui parle de win win c'est rigolo !!!!!ou pathétique !!!!
a écrit le 25/10/2014 à 14:12 :
Ceux la même qui expliquent que l'état doit faire des économies blablabla , sont inquiets de ne plus toucher le pognon que l'état leur donnait pour les aider a innover.
Bah oui innover c'est risqué, c'est quand même beaucoup plus confortable quand on innove avec le pognon des autres (des contribuables par exemple).
Pourtant le secteur de l'aéronautique est un des rares secteur qui marche. Et ils ont besoin de pognon?
Réponse de le 25/10/2014 à 18:28 :
Vous méconnaissez le sujet ! N'oubliez pas les 350 PME impliquées dans le CORAC. Les entreprises investissent 50% de cette R&T sur leurs fonds propres avec un très grand risque ! Il y va de leur avenir et survie. Est il trop demandé à l'état de participer à 50% sachant que les impôts et taxes (insupportables) compensent largement et que l'état en récupérera encore plus. Ça s'appelle du win-win.
Réponse de le 25/10/2014 à 18:54 :
@Lol bonsoir, oui l'état doit faire des économies sur l'inutile tel que la suppression des s/préfectures ou encore la suppression de milliers de communes revoir le mille feuille mais également certains budgets comme l'Education Nationale un gouffre que plus personne ne contrôle par contre il doit aider l'innovation, la R&D comme le font la plus part des pays dits industrialisés et que dire des pays comme Chine, Brésil, Corée du Sud......
Réponse de le 25/10/2014 à 22:49 :
Quand il n' a plus de pognon, il n'y a plus de pognon.
Plein de boites, de start up , investissent leur fond propre voir empruntent (mais il faut rembourser) pour innover.
Pourquoi l'aéronautique devrait être traitée différemment ? Pourquoi PSA ne demande t'il pas du pognon à l'état pour sortir leur prochains véhiculent ?
J'admet un avantage: quand l'état donne de l'argent il coordonne aussi les différents acteurs, alors que sans état les différents acteurs ne pensent qu'a se tirer dans les pattes (Airbus et Dassault en sont un bon exemple).
Réponse de le 26/10/2014 à 9:49 :
Le win-win n'est jamais durable ce qui fait que le win-win est un concept d'enfumage. Sur un ring de boxe, il y a toujours un gagnant et un perdant.

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