Liban : pourquoi l'Arabie Saoudite a finalement signé un contrat avec la France

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(Crédits : reuters.com)
L'Arabie saoudite et la France ont signé ce mardi à Ryad un contrat de livraison d'armes françaises pour le Liban, menacé par la poussée jihadiste, grâce à un don saoudien de trois milliards de dollars.

L'affaire est enfin dans le sac pour Paris. Mais la signature du contrat d'aide à l'armée libanaise (Donas) entre l'Arabie Saoudite et la France n'a pas été un long fleuve tranquille. Loin de là. Interrogées il y a encore peu de temps plusieurs sources proches du dossier avaient fait part de leur scepticisme à La Tribune, expliquant l'enlisement du dossier par les hésitations de Ryad à armer le Liban sans avoir un président à la tête du pays notamment. Mais la situation s'est finalement débloquée, l'information commençant même à circuler en début de semaine dernière.

Pourquoi un tel dénouement ? Selon des sources concordantes, le détonateur aura été l'Iran. Car Téhéran, qui soutient le Hezbollah libanais, a proposé à Beyrouth un don de 1 milliard de dollars pour s'équiper militairement. L'Iran avait même donné carte blanche aux Libanais dans le choix des armements. Des livraisons qui auraient pu s'accompagner de la venue de conseillers militaires iraniens. Une opération qui était "un vrai souci" pour l'Arabie Saoudite dirigé par une dynastie sunnite, explique-t-on à La Tribune. D'où le nouvel empressement de la famille royale à finaliser le contrat Donas.

31 contrats

Le contrat a été signé par le ministre saoudien des Finances, Ibrahim al-Assaf, et le patron de la société publique française d'exportation de matériel de défense Odas, Edouard Guillaud. Le chef de l'armée libanaise, le général Jean Kahwaji, était présent à la cérémonie de signature. L'Arabie Saoudite a signé 31 contrats avec les entreprises françaises, par l'intermédiaire d'ODAS, qui intervient essentiellement en Arabie saoudite dans le cadre de contrats d'État à État ou de contrats commerciaux pour le compte d'une dizaine de grands groupes français.

Cet accord "illustre la qualité exceptionnelle de la relation franco-saoudienne", a estimé ce mardi le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. C'est le roi Abdallah en personne qui a demandé d'accélérer la finalisation du contrat. Donas contribuera "à renforcer l'armée libanaise" et "l'aidera à assurer sa mission de défense du territoire et de lutte contre le terrorisme alors que le Liban est menacé", a précisé Laurent Fabius. L'armée libanaise est engagée contre des djihadistes qui retiennent en otages des dizaines de soldats et de policiers depuis début août après des combats dans l'est du Liban, à la frontière de la Syrie.

Un don de 3 milliards de dollars

Fin 2013, le roi Abdallah d'Arabie Saoudite avait demandé à la France de fournir aux forces armées libanaises des matériels militaires pour un montant de 3 milliards de dollars. Sur ces 3 milliards promis par Ryad, 2,1 milliards doivent être consacrés à l'achat de matériels et 900 millions à leur entretien. Selon le quotidien panarabe à capitaux saoudiens, Al-Hayat, les premières livraisons d'équipements devraient "intervenir dans un mois".

"La France a développé un plan d'équipement qui devrait permettre aux forces armées libanaises de disposer de moyens nouveaux, à la fois terrestres, aéroterrestres et navals, avait expliqué début octobre à l'Assemblée nationale le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian. C'est une nécessité. (...) Les forces armées libanaises constituent le dernier rempart de sécurité face à la menace qui pèse sur ce pays : en sus des divisions confessionnelles qui traversent ce pays en raison de l'afflux de réfugiés, le danger est celui de Daesh, comme on l'a vu cet été avec l'attaque de la ville d'Ersal".

Quels équipements ?

A qui profite cette manne ? Notamment à Thales, qui pourrait, selon nos informations profiter de près du tiers de la somme de 2,1 milliards de dollars d'achats d'équipements neufs (radars, optronique, systèmes de communications...) Renault Trucks Défense (RTD) est également bien servi par la vente de VAB (Véhicule de l'avant blindé) équipés d'une tourelle de Nexter et de VBL (Véhicule blindé léger). En revanche, pas de VBCI (Véhicule blindé de combat d'infanterie) de Nexter jugés trop gros par le Liban. Dans le domaine de l'aéroterrestre, la France a inclus dans la liste des hélicoptères Gazelle ainsi que des hélicoptères de transport. Enfin, MBDA devrait vendre son missile surface-air Mistral, qui équiperont les VBL.

Dans le domaine naval, c'est le chantier basé à Cherbourg CMN (Constructions mécaniques de Normandie), propriété du Libanais Iskandar Safa, qui a remporté la mise face à DCNS, qui proposait des Gowind de la classe Adroit, et Raidco. Le chantier naval des CMN fournira à la marine libanaise trois patrouilleurs, équipés du système Simbad-RC de MBDA.

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Commentaires
a écrit le 08/11/2014 à 15:50 :
Hé! l'Arabie c'est où dite ? Par là mec!
a écrit le 06/11/2014 à 22:49 :
libanaise qui pourra lutter plus tard contre ...le hezbollah sunnite.
a écrit le 06/11/2014 à 6:39 :
Avec mon francais pauvre...je dois citer l'affaire Mistral ici.
Les americans ont payé via les saudis la no livraison des batiments a la Russie.
Pas vraie?
En fin, il y aura un jour avec une Eurogrupe de la defense qui permetra une Europe autonome?
a écrit le 05/11/2014 à 19:17 :
"Dans le domaine naval, c'est le chantier basé à Cherbourg CMN (Constructions mécaniques de Normandie), propriété du Libanais Iskandar Safa, qui a remporté la mise..."
On comprend mieux le choix des CMN... mais c'est bien quand même, ça va donner du travail à nos ouvriers...
a écrit le 05/11/2014 à 12:08 :
A qui profite le contrat? Espérons qu'il n'y ait pas trop de sous en rétrocommissions.
En tout cas, l'armée libanaise mal équipée en avait bien besoin pour lutter contre Daesh mais aussi pour ne pas laisser le Hezbollah seul correctement équipé.
a écrit le 05/11/2014 à 10:58 :
les terroristes sunnites de l'état islamique font ils pour se fournir en armement ? par quel miracle, eux qui sont entourés de pays qui leurs sont soit disant hostiles (Turquie, Jordanie, Liban, etc) arrivent ils à faire sortir le pétrole volé et à se ravitailler en armement ?....Bref, combien de cargaison d'armes n'a t'on pas déjà livré aux estampillés "gentils rebelles" pour qu'à la fin elles n'arrivent pas dans les mains des djihadistes comme en syrie??? bref...quelle est notre responsabilité dans ce marasme du moyen orient, nous qui soutenons les pseudos printemps arabes qui ne sont en réalité que des coup d'état islamistes pilotés par les émirs...Et qui contribuons donc directement à l'exportation de la charia dans la région , sans parler de l'armement de ses fanatiques....voilà les questions qui je pense , méritent d'être posées !
Réponse de le 12/12/2014 à 17:58 :
Serieux? tu compare l'armée Libanaise aux "rebelles gentils"?
Une recherche de 10minutes sur internet sur l'armee libanaise peut repondre a taquestion.
Je dirai que cest la seule armee seculaire ds la region - même si les djihadstes l'apellent "L'armée des Croisades"
a écrit le 05/11/2014 à 9:34 :
Le Rafale coute environ 100 millions d'euros, il faut ajouté le cout de l'entretien sur 40 ans, le Liban n'a pas les moyens de payer le Rafale.
a écrit le 05/11/2014 à 7:12 :
Ils auraient pu essayer de glisser quelques rafales dans le contrat. Mais bon, ce n'est déjà pas mal.
a écrit le 04/11/2014 à 20:39 :
Des missiles surface-air Mistral et trois patrouilleurs maritimes pour lutter contre Daesh, voila qui va emballer Israël. La proposition iranienne a peut être accélérer l’arlésienne de ce contrat, à moins que l'Arabie-Saoudite est obtenue l'assurance d'un véto français sur le dossier du nucléaire iranien. En tout cas c'est une excellente nouvelle pour le pauvre Liban mais cela sera t-il suffisant ?
Réponse de le 05/11/2014 à 6:59 :
Le facteur iranien a certes joué pour le déblocage du programme franco-libano-saoudien. Mais il ne semble pas que ce soit la donation iranienne (qui ne dépasse pas les $10m et pas le $1md) ni le veto de la France sur le nucléaire (dossier en progression, piloté par Washington), qui ont débloqué la situation, mais plutôt une convergence de vues entre Riyad et Téhéran sur la menace que représente Daech pour leurs intérêts au Liban, et sur l'urgence de s'en remettre à l'Armée nationale pour espérer contenir cette menace.

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