Ariane 6 : les industriels exigent une rallonge de près de 1 milliard d'euros

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Il manque plus de 800 millions d'euros pour boucler le développement d'Ariane 6, selon le PDG d'Airbus Safran Launchers, Alain Charmeau
Il manque plus de 800 millions d'euros pour boucler le développement d'Ariane 6, selon le PDG d'Airbus Safran Launchers, Alain Charmeau (Crédits : ESA)
Il manque plus de 800 millions d'euros pour boucler le développement complet d'Ariane 6, selon le PDG d'Airbus Safran Launchers, Alain Charmeau. C'est ce qu'il a écrit dans un courrier adressé fin janvier au directeur général de l'agence spatiale européenne, Jean-Jacques Dordain.

La douche froide... Moins de deux mois après la célébration début décembre du lancement d'Ariane 6 au Luxembourg, le PDG d'Airbus Safran Launchers (ASL), Alain Charmeau, a adressé le 27 janvier au directeur général de l'Agence spatiale européenne (ESA) Jean-Jacques Dordain un courrier, dont "La Tribune" s'est procuré une copie, pour lui demander des comptes. Car le patron de la nouvelle société commune entre Airbus et Safran dans le domaine des lanceurs explique dans ce courrier qu'il manque "plus de 800 millions d'euros" pour le développement complet du futur lanceur européen. Soit un écart entre 3,41 milliards d'euros, c'est-à-dire le montant plafond engagé par ASL pour développer Ariane 6, et 2,54 milliards, la somme que l'ESA destine aux industriels pour développer le futur lanceur européen.

"Il y a un écart de plus de 800 millions d'euros entre le coût plafond engagé par Airbus Safran Lauchers et ses partenaires industriels pour le développement du système de lancement Ariane 6, et notre compréhension du budget disponible pour les contrats de développements industriels", écrit notamment Alain Charmeau.

Le coût du développement d'Ariane (3,41 milliards d'euros, dont 3,21 milliards de coûts non-récurrents) a été communiqué à l'ESA par Airbus et Safran pour la première fois le 27 octobre 2014 afin de "préparer la conférence ministérielle du Luxembourg", rappelle le PDG d'Airbus Safran Launchers. Puis, ce montant a été à nouveau confirmé par les industriels le 16 janvier dernier. Avec ce montant, les industriels s'engagent à développer Ariane 6 jusqu'à sa mise en service opérationnelle, en incluant les investissements de production. Cette somme couvre également le développement complet du moteur P120C, qui propulsera la prochaine version du lanceur italien, Vega-C, selon les exigences de l'ESA.

Alain Charmeau appelle à "une clarification"

C'est pourquoi le patron d'ASL estime qu'une "clarification pour combler cet écart serait très utile à court terme pour que l'industrie puisse préparer sa proposition attendue (en avril 2015, ndlr) pour le développement complet du système de lanceur Ariane 6, dans les deux mois prochains". Soit février et mars. Mais pour l'heure, selon nos informations, l'ESA n'a pas encore répondu à ce courrier. Pourquoi cet écart? Selon une source industrielle, Jean-Jacques Dordain aurait minoré de 20% le coût de développement d'Ariane 6 lors de la conférence ministérielle au Luxembourg.

Que propose ASL pour combler cet écart ? Alain Charmeau évoque une augmentation de 5% de la contribution des Etats membres, qui financent le programme Ariane 6. Une fois obtenu cet effort, les industriels seraient quant à eux prêts à combler une petite partie du trou "s'il y a vraiment un business case" (étude d'opportunité en français), estime une source industrielle proche du dossier. Et, selon Alain Charmeau, l'augmentation de la contribution des Etats membres sera "un effort clé" afin d'ouvrir de nouvelles discussions entre les différents industriels européens participant au programme Ariane 6. Objectif, signer un accord avant mi-2016.

Les industriels proposent à l'ESA des "évolutions dans la distribution géographique des activités industrielles" d'Ariane 6. "Cependant, la complexité supplémentaire de la nouvelle organisation industrielle demandée, y compris des chaînes de production en double par exemple, sera prise en compte, estime Alain Charmeau. (...) Devant une telle situation et gardant à l'esprit le calendrier très serré pour préparer l'offre industrielle attendue avant avril 2015, je pense qu'il est extrêmement important pour l'ESA et ASL d'examiner ensemble les différentes possibilités(...) pour qu'Ariane 6 soit un programme réussi conformément aux attentes des ministres des pays de l'ESA".

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Commentaires
a écrit le 04/03/2015 à 11:54 :
Au revoir 3 milliards et demi d'euros .
a écrit le 03/03/2015 à 20:37 :
Eh les gars, ne soyez pas trop durs avec le privé, n'oubliez pas que le développement d'Ariane 5 à la sauce étatique était passé de 4 milliards à 8 milliards d'euros, sans compter les plus de 2 milliards supplémentaires qui ont été nécessaires aux modifications entreprises suite aux deux échecs survenus lors des 10 premiers lancements.
a écrit le 03/03/2015 à 20:32 :
Vite, il faut nous faire un article sur les "subventions" de SpaceX, hahaha !
a écrit le 03/03/2015 à 14:52 :
Regardez les objets dit "OVNI" comment ils maneuvrent sans effort dans le ciel depuis des décennies , vitesse arrêt sur place , vol stationnaire, aspect translucide pour se cacher ou bande nuageuse entourant l'engin , et plasma pour disparaitre en grande pleine vitesse, ouvrez les yeux des technologies simples ne valant 3 milliards et demi d'Euros .
a écrit le 03/03/2015 à 12:17 :
Coup classique des "partenariats" public-privé... Et soit disant, le privé "gère" mieux.
a écrit le 03/03/2015 à 9:57 :
Allez ca commence. Maintenant qu'Ariane 6 est un acquis et qu'ils ont obtenu le rapport de force qu'ils voulaient ils vont siphonner (pour ne pas dire saigner) tout ce qu'ils peuvent et en même temps revenir sur le mécano industriel (complexe mais qui permet à chaque état contributeur de profiter du projet).
Réponse de le 03/03/2015 à 11:36 :
Qui prend le contribuable européen pour un gogo? le patron de l'ESA, celui d'ASL...ou les deux? On se souvient qu'à Luxembourg certains pays européens trouvaient l'addition salée et le ratio contribution/retour pays insuffisant, notamment l'Allemagne, du coup pour emporter la décision d'aucun (s) peut(vent) avoir été tenté(s) de passer des éléments sous silence ou de minorer les coûts...pour y revenir ensuite une fois l'accord politique arraché.

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