"Nous pourrions ne plus être capables de remplir les opérations extérieures" (chef d'état-major des armées)

 |   |  1227  mots
Avec l'opération Sentinelle dans le cadre de Vigipirate, le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers a constaté que dans deux ans, nous serions incapables de la mettre en place pour des raisons de rythme et de volume de déflation des effectifs sans toucher aux opérations extérieures.
Avec l'opération Sentinelle dans le cadre de Vigipirate, le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers a "constaté que dans deux ans, nous serions incapables de la mettre en place pour des raisons de rythme et de volume de déflation des effectifs sans toucher aux opérations extérieures". (Crédits : ministère de la défense)
Faut-il actualiser ou réviser la loi de programmation militaire (LPM) ? Pour le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers, la LPM n'a besoin que d'un ajustement.

C'est un aveu qui en dit long sur l'écart de plus en plus flagrant entre les moyens donnés aux armées et les missions qui lui sont confiées par les plus hautes autorités de l'État. Et cet aveu a d'autant plus de poids qu'il a été fait par le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers lors d'une audition à l'assemblée nationale début février. Que dit-il? "Quand nous avons mis cette force de protection sur le terrain (l'opération Sentinelle dans le cadre de Vigipirate, ndlr), j'ai constaté que dans deux ans, nous serions incapables de la mettre en place pour des raisons de rythme et de volume de déflation des effectifs sans toucher aux OPEX", les opérations extérieures, notamment Barkhane (Mali), Sangaris (Centrafrique) et Irak.

"Si nous n'y prenons garde, nous pourrions bientôt ne plus être capables de remplir ces missions, ce qui m'amène à mon second point de vigilance : les moyens, notamment les effectifs et le budget", a expliqué le chef d'état-major des armées.

Une constatation qui l'a conduit "à demander au président de la République, en accord avec le ministre de la Défense, de réduire et lisser la déflation (des effectifs des armées, ndlr) sur la période 2015-2019". La loi de programmation militaire 2014-2019 (LPM) imposait, avant la déclaration de François Hollande du 14 janvier, une déflation de 34.000 postes. "En dépit des 31 chantiers de transformation engagés, 7.000 restaient à identifier", a précisé le général Pierre de Villiers. Ce qui entretient un doute sur la pertinence des moyens données aux armées par rapport aux menaces identifiées par le Livre blanc sur la défense publié en 2013.

Le général de Villiers maintient que "le Livre blanc est pertinent : il a bien anticipé ce qui s'est passé depuis deux ans et demi, notamment sur les flancs est et sud - ce qui nous avait conduits à retenir notre modèle global d'armée".

"Importance de pouvoir disposer d'effectifs en nombre suffisant"

Pour le général de Villiers, c'est clair et net, "la mise en œuvre du contrat protection a montré l'importance de pouvoir disposer d'effectifs militaires en nombre suffisant". Et de souligner que cela "solde deux illusions : celle d'une armée « toute technologique » et celle d'une armée limitée à un corps expéditionnaire". Du coup, la décision du président de la République de réduire de 7.500 les déflations d'effectifs du ministère de la Défense sur la période de la LPM apporte "un second souffle, d'autant qu'il s'accompagne d'un lissage de la déflation sur la période 2015-2019, ce qui desserre l'étau des effectifs".

L'opération Sentinelle a jeté dans les rues des grandes villes françaises plus de 10.000 soldats déployés en trois jours à peine. Le Livre blanc de 2013 avait inscrit ce contrat en cas de crise majeure. "Les armées s'y étaient préparées", a rassuré le général de Villiers. Mais pour l'armée d'aujourd'hui, le plus dur c'est de gérer ce type d'opération dans la durée. Et ce qu'a expliqué le chef d'état-major des armées : "Il n'y a plus de gras dans nos armées. L'opération Sentinelle ne saurait rester à ce niveau de déploiement dans la durée sans avoir de sérieuses conséquences en termes de capacités d'intervention, de relèves en opérations extérieures, de préparation opérationnelle et de coûts".

"La capacité à durer repose aussi sur l'adaptation de l'opération Sentinelle à la réalité des menaces, ne serait-ce que pour reconstituer une réserve en mesure d'être réengagée si besoin était. Je peux et dois pouvoir remonter les effectifs à 10 000 hommes avec un très court préavis".

Régulièrement  les armées interviennent en appui et en complément de l'action des forces de sécurité intérieure sur le territoire national. Comme en Guyane où elles participent dans le cadre de la lutte contre l'orpaillage clandestin avec l'opération Harpie et la protection du Centre spatial guyanais avec l'opération Titan. C'est également le cas dans le cadre de sa participation de la protection de grands événements, comme les commémorations du 70e anniversaire du D-Day qui ont mobilisé plus de 2.500 hommes en juin 2014. Enfin, les armées, en appui aux forces de sécurité intérieures, ont participé à la protection des centrales nucléaires contre le survol de drones.

Quels risques?

Faute d'effectifs suffisants, il existe, selon le général Pierre de Villiers, "d'ores et déjà des risques. D'abord, pour la préparation opérationnelle. Nos soldats ont besoin de s'entraîner régulièrement. Seul un entraînement continu et à bon niveau leur permet de s'engager sans préavis dans les missions les plus dures. Et il existe un niveau d'entraînement en deçà duquel il est impossible d'aller ; c'est aussi une question de sécurité". Il y a également un risque d'éviction sur la capacité de la France à conduire les OPEX.

"Nous n'en sommes pas là, mais il faut garder à l'esprit que nos troupes sont en permanence dans le tempo opérationnel : lorsqu'elles ne sont pas engagées en opérations extérieures, soit elles se régénèrent, soit elles se préparent à l'engagement suivant".

Enfin, le chef d'état-major des armées souhaite "ne pas tirer sur la corde s'agissant des personnels".  C'est pourquoi il préconise d'adapter "progressivement" le dispositif de l'opération Sentinelle à la menace et les effectifs au nombre de sites sensibles à défendre, en privilégiant des modes d'action diversifiés et plus mobiles.

Oui à une actualisation de la LPM, non à une révision

Pour le général de Villiers, il faut affiner la LPM. "Si le costume a en effet été taillé au plus juste, le contrat de protection n'était pas assorti d'un délai de mise en place et de durée, ce qui est maintenant le cas. Mais je ne crois pas que cela modifie en profondeur la LPM", a-t-il expliqué. Pour autant, le ministère de la Défense devra "intégrer les enseignements des opérations de ces deux dernières années et ajuster les capacités sans mettre en cause les équilibres subtils des programmes à effet majeur". Notamment le surcoût de l'opération Sentinelle (1 million d'euros par jour) devra être intégré dans le cadre de cette actualisation.

Il convient d'éviter deux écueils : un « lifting » superficiel ou une analyse en profondeur qui pourrait nous conduire à refaire la LPM - ce qui serait périlleux, car je pense que cette loi sera pleinement efficace pour notre défense jusqu'en 2019.

En revanche, il est contre une révision de cette LPM, qui "imposerait une autre LPM", ce qui n'est "pas le mécanisme prévu". Il estime que ce n'est "pas sain de refaire deux ans après un exercice complet quand on voit le travail que cela représente. Je rappelle qu'un modèle d'armée pour gagner la guerre se calcule avec tous les paramètres, la victoire ou la défaite pouvant dépendre d'un seul petit facteur mal anticipé".

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 11/03/2015 à 8:15 :
De toutes façons, depuis deux siècles la France a perdu toutes ses guerres à l'exception de la guerre de 14 qui ne fut pas gagnée par les badernes mais par le sacrifice de toute la nation et surtout de sa jeunesse.
Réponse de le 11/03/2015 à 18:43 :
Et par l'arrivé massive des américain (pour les deux guerres)
a écrit le 11/03/2015 à 6:13 :
Est oui nous en somme la, trop d'officier , pas assez de soldats et de sergents....... Ensuite avec une armee de terre a moins de 90 000 hommes on ne peut plus faire grand chose, petit rappel la defence s'est 3% des fonctionnaires mais ils font l'effort de 60 % des réduction de poste de la fonction publique.. ( cherche le probleme) . Ils a ete fait des choix , cela devra être assumer par nos politiques..... Pour les reste je m'en lave les mains, les islamistes peuvent brûler le pays, ce ne sera notre armee de mercenaire qui les arrêterons. Une bien triste réalité , mais ils est important de le dire.....
Réponse de le 11/03/2015 à 6:38 :
Le vrai danger en France, c'est le chomage et ces riches qui payent pas d'impots en France font de l'exil fiscal, ces banques qui ruinent l'état et les gens avec des dettes...le problème c'est le manque de redistribution des richesses... solution ? réformer le système bancaire, les taux d'interets, la finance etc. Mais impossible, y a plein de pays qui ont essayé.
Réponse de le 11/03/2015 à 18:44 :
Les militaires aimeraient surement être fonctionnaire. Hors ils ont une limite d'âge qui fait que si ils ne montent pas en grade ils sont virés.
Réponse de le 15/03/2015 à 16:37 :
Cela est le cas des sous officier SOC, des personnel sous contrat, ils sont virer a la fin de leurs contract, mais les officiers de carrière reste bien plus longtemps car leur limite de service est très retarder, il faut dire comme ils écrivent les règlements et les textes officiel, ils ne Ce pénalise pas, indice de solde élever, avancement au grade supérieur automatique et limite de service importante..... Mais tous vas bien....
a écrit le 10/03/2015 à 18:56 :
J'ai quelques bouts de ficelles et des lance-pierres, ce sera avec plaisir que je me ferais un devoir de lui céder si ça peut aider notre armée. Il pourrait demander à ce qu'on lui reverse l'AME par exemple,1 Md € de prévu pour cette année. Réduire, voir supprimer les subventions des associations diverses et avariées qui n'auraient qu'à se financer avec les cotisations de leurs seuls adhérents 34 Md € pour 250 000 associations (source Lefigaro économique du 29/06/2012) qui ne sont pas toutes, loin s'en faut, "d'utilité publique". En deux ans ça n'a pas du s'améliorer.
Réponse de le 11/03/2015 à 6:29 :
Hahaha pitoyable, un commentaire habituel du FN...
a écrit le 10/03/2015 à 16:26 :
Par quelle aberration on ne touche pas aux énormes sureffectis des différentes fonctions publiques, alors même qu'on paupérise notre armée jusqu'à mettre en question sa capacité opérationnelle. Parce que l'armée ne fait pas grève. C'est le minable calcul de notre tout petit président.
Réponse de le 11/03/2015 à 18:52 :
Parce que dans toutes les administrations défense comprises, les patrons ont préférer se débarrasser de leur secrétaire, employer... plutôt que leur poste. Et aujourd'hui nos administrations ressemble plus à du stargate (où le colonel Honeil part en guerre comme un simple fantassin) qu'a ce qu'elles devraient être. Mais comme ces patrons ont moins d'employés,ils cherchent du travail pour justifier de leur place et ne pas sauter, ils deviennent de plus en plus procédurier, frileux et ne empêchent de plus en plus d'avancer.
a écrit le 10/03/2015 à 15:25 :
Hollande veut jouer au chef de guerre pour compenser son image de faible. Il n'a pas hésité à envoyer des soldats. Mais comme il préfère financer son électorat de "serviteurs de l'état" et d'assistés, il oublie les soldats.... On fait dans le minable.
a écrit le 10/03/2015 à 14:23 :
Normal 1° l'a dit: "la France-Afrique" c'est fini. Conclusion 2 ans après nous sommes au Mali, en Centre Afrique en plus de l'Irak.
Les socialistes ont cela de très performant, il sont anti militariste, baisse les budgets et envoie les troupes combattent.
Voir le front populaire qui déclare la guerre à l'Allemagne, la guerre d'Algérie (pardon les évènements), la 1° guerre du golf et maintenant les OPEX que l'on connaît.

Nous n'avons même plus les moyens d'assurer la protection de nos bases, ni la formation de nos pilotes. Dans les deux cas c'est externalisé d'où un manque d'effectif pour les missions en cours.

Et que dire des matériels qui vont être achetés par des sociétés privées et loués aux forces armées. J'aimerai savoir sur la durée de vie des matériels les coût des deux options?
Réponse de le 11/03/2015 à 0:40 :
C'est ce que l'on appelle du révisionnisme historique ou au mieux de l'inculture. Le Front Populaire a pris le pouvoir en 1936 et a constaté la déliquescence de l'armée lors de sa prise de pouvoir alors même que l'Allemagne Hitlérienne cachait à peine son agressivité. Il faut dire que la droite de l'époque ne voyait pas d'un mauvais oeil ce parti anti rouges qu'était le nazisme et ne voyait pas la nécessité de redresser l'armée alors même qu'il y avait la ligne Maginot. Évidemment, remettre en état l'armée française en 3 ans fut impossible d'où la défaite. Et la collaboration de cette même droite sous la bannière vichyste... Je m'arrête là parce que le reste de votre culture historique est à l'avenant...
a écrit le 10/03/2015 à 12:21 :
l'Arabie Saoudite ferait un bon client.

Avec l'argent, on peut créer une nouvelle prestation sociale à destination des gens en mal-être sociale. Prestation financée également par de nouvelles taxes sur l'automobile et un relèvement de la CSG chez les actifs.
a écrit le 10/03/2015 à 12:15 :
et ils pourront se payer de nouvelles voitures de fonction.
A probleme simple, solution simple.
Réponse de le 11/03/2015 à 18:55 :
Avant cela on pourrait déjà imposer aux chômeurs de venir entretenir les villes (ramasser les feuille, sablé qu'en il neige, entretient des trottoirs,... en remerciement de toucher le chômage ou le RSA.
a écrit le 10/03/2015 à 10:36 :
La situation n'est pas nouvelle, les armées sont exsangues. Depuis 30 ans, elles suivent des cures d'amaigrissement et vont de réformes en réformes. La Défense est la seule variable d'ajustement d'un pouvoir qui est incapable de mener la moindre réforme structurelle. La seule chose qu'il sait faire c'est nous expliquer qu'il faut avoir peur du front national.
a écrit le 10/03/2015 à 9:22 :
Un entretien avec le Colonel (ER) Régis Chamagne qui en dit long sur les raisons de cette situation si ..particulière de la défense française..: La défense nationale, l’OTAN, la paix
Publié le 17 octobre 2014 dans Emissions radio et TV

Entretien enregistré le 4 octobre 2014 par Télé Sud-Est dans le cadre de la troisième université d’automne de l’UPR à Jonquières.

Le colonel Régis Chamagne a effectué une carrière de pilote de chasse, d’abord dans la défense aérienne, puis dans la reconnaissance et enfin dans le bombardement sur Mirage 2000 D.

Breveté de l’enseignement militaire supérieur, il a animé une cellule d’analyse stratégique au profit du chef d’état-major des armées durant la campagne aérienne sur la République fédérale de Yougoslavie en 1999. Il est à l’origine de la création de structures nationales de ciblage en 2000. Il a publié plusieurs articles de stratégie aérienne dans différentes revues.

Régis Chamagne est l’auteur du seul ouvrage de stratégie aérienne en langue française. Un livre qui a été couronné par l’Académie des Sciences Morales et Politiques.

https://www.upr.fr/emissions-radio-tv/entretien-regis-chamagne-defense-nationale-otan-paix
a écrit le 10/03/2015 à 9:10 :
Disons en résumé et en clair , que les opérations néocoloniales africaines de Normal 1er , explore les budgets de fonctionnements ....
Réponse de le 10/03/2015 à 11:31 :
Vous appelez "néocoloniales" les opérations qui consistent à porter secours à des pays africains suite à leurs demandes d'assistances. Il me semble que ce serait de ne pas répondre qui serait du "néocolonialisme"
Réponse de le 10/03/2015 à 12:06 :
Mais après avoir savamment créé les conditions du danger grâce à des déstabilisations et pour vendre à l'opinion publique la nécessité d'une intervention, pratiquant en Afrique à l'image des US dans le reste du monde..
a écrit le 10/03/2015 à 8:52 :
Trop facile..on peut payer longtemps et les politiques se servent d une petite guerre pour remonter dans les sondages...
a écrit le 10/03/2015 à 8:01 :
Si l'armée française avait le même ratio opérationnels/fonctionnels que l'armée anglaise (60/40 au lieu de 40/60) elle n'aurait pas ces problèmes.
Réponse de le 10/03/2015 à 9:44 :
Quand je voie l'etat de l'armée anglaise, cela ne fait pas envie. Pratiquement plus de vraie troupe pour les opérations extérieures. Un tiers des troupes souffre d'obésité, et on considère que cela pause des vrais problèmes opérationnel. Hormis l'aspect utile des opérations française, nous sommes les seules à avoir les capacités, pour des opérations extérieures. Le vraie problème est l'Europe, qui joue les va en guerre, sans bouger de leurs fauteuils.
Réponse de le 10/03/2015 à 12:36 :
@degun
Les anglais ontle meme ratio que nous sauf qu'ils ont externalisé le soutien...donc plus cher et moins efficace et réactif que du militaire. En plus nos soldats de la fonction soutien dont aussi vigipirate sentinele et des opérations. .et pourtant ça ne suffit plus.
Enfin nous avons deux fois plus de personnes déployées que les anglais. Renseignez vous avant de commenter !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :