Exportation d'armements : la guerre des chiffres

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Même si le record de 2015 n'est vraisemblablement pas battu en 2016, les exportations d'armements français atteignent encore un très haut niveau.
Même si le record de 2015 n'est vraisemblablement pas battu en 2016, les exportations d'armements français atteignent encore un très haut niveau. (Crédits : Roland Pellegrino, ministère de la Défense)
Selon nos informations, le bilan des exportations d'armements tricolores en 2016 s'éleverait autour de 14 milliards d'euros. Mais le ministère de la Défense y inclut une partie du contrat des sous-marins en passe d'être vendus à l'Australie. Soit plus de 20 milliards d'euros.

Il y a débat. Entre la direction générale de l'armement (DGA) et le cabinet du ministre de la Défense sur le bilan des exportations tricolores en 2016. Très clairement, il s'apparente à l'éternel débat sur l'esprit et la lettre. D'un côté, la DGA, gardienne de l'orthodoxie des chiffres de l'exportation, considère que le contrat portant sur la vente des douze sous-marins à l'Australie n'est pas mis en vigueur et donc ne peut pas rentrer dans le bilan de 2016. De l'autre, le cabinet du ministre estime que l'accord intergouvernemental (AIG) signé en décembre dernier entre l'Australie et la France fait office de mise en vigueur. C'est d'ailleurs pour cela que Jean-Yves Le Drian a annoncé en janvier plus de 20 milliards d'euros de commandes en 2016.

"En 2015 nous avons réalisé le chiffre historique de 17 milliards d'euros d'exportations (16,9 milliards, ndlr). Pour 2016, le bilan n'est pas encore consolidé (...) mais nous avons atteint un nouveau sommet avec plus de 20 milliards d'euros de prises de commandes", avait estimé le 20 janvier le ministre, lors de ses vœux aux armées. Ces ventes record sont dues à "de nouveaux succès à l'exportation", a souligné Jean-Yves Le Drian. "Je pense aux Rafale, je pense à la conclusion du plus grand contrat de l'histoire de l'export français avec l'Australie", a-t-il expliqué.

Cette souplesse d'esprit du ministère n'est certainement pas du mauvais esprit. Bien au contraire. Car toute la filière, notamment les industriels et la DGA, sait combien Jean-Yves Le Drian s'est personnellement impliqué dans les grands contrats d'armements, qui ont été gagnés par la France ces cinq dernières années. Y compris dans la sélection de DCNS dans le cadre de la vente des douze sous-marins en Australie. Tous les industriels sont redevables à Jean-Yves Le Drian, qui a su fédérer un véritable esprit d'équipe France. Et même plus encore, un esprit de chapelle. Là, il n'y a pas de débat possible.

Esprit ouvert ou esprit de chicane?

Il faut toutefois garder à l'esprit que personne ne peut aujourd'hui affirmer quel sera le montant exact de la part des groupes français dans le mégaprojet australien. D'où une certaine largeur d'esprit sur le montant de "plus de 20 milliards d'euros de prises de commandes" annoncé par le ministre en janvier. Dans l'entourage du ministre, on a comptabilisé modestement une commande d'environ 6,5 milliards d'euros sur un contrat estimé au total à 50 milliards de dollars australiens (36,2 milliards d'euros). La part de DCNS est actuellement estimée entre 8 et 10 milliards d'euros tandis que celle de Thales pourrait se monter entre 1 et 1,5 milliard.

Pour la DGA, en revanche et sans jouer les esprits de contradiction, seul compte dans le bilan des exportations, les contrats mis en vigueur par les industriels. Et plus précisément la part des matériels fabriqués en France. Dans le cas présent, DCNS n'a pas mis en vigueur la commande australienne dans ses résultats annuels de 2016. Ainsi, les prises de commandes enregistrées par le groupe naval au cours de l'exercice 2016 se sont élevées à 2,64 milliards d'euros, dont 28% à l'international. Un bilan qui est loin de coller avec l'estimation du ministère (6,5 milliards d'euros).

Des exportations autour de 14 milliards en 2016

Même si le record de 2015 n'est vraisemblablement pas battu en 2016, les exportations d'armements français atteignent encore un très haut niveau. Selon nos informations, elles se situeraient autour de 14 milliards d'euros. Elles avaient atteint un sommet en 2015 avec un montant de 16,9 milliards d'euros, grâce aux deux premiers contrats de vente de l'avion de combat Rafale en Égypte (24 appareils) et au Qatar (24). Soit plus du double de l'année précédente (8,2 milliards d'euros), un montant qui était déjà excellent. Car il faut se souvenir que les exportations françaises avant l'arrivée de Jean-Yves Le Drian se situaient en général entre 4,5 et 6 milliards d'euros. C'est pour cela que le ministre peut partir l'esprit tranquille avec le sentiment d'avoir accompli son devoir.

En 2016, outre le Rafale de Dassault Aviation en Inde (8 milliards d'euros) et DCNS en Australie (300 millions d'euros environ), Airbus Helicopters a notamment signé deux contrats importants à l'export : Grande-Bretagne (formation des pilotes d'hélicoptères des forces armées britanniques pour environ 650 millions d'euros), Singapour (16 Caracal pour environ 500 millions). En outre, la Thaïlande s'est offert deux nouveaux appareils H225M pour compléter une flotte de six appareils déjà commandés. Le contrat gagné au Koweït (30 Caracal pour 1 milliard d'euros) sera en revanche comptabilisé en 2017.

Les deux constructeurs de satellites (Airbus Space Systems et Thales Alenia Space) ont également remporté des contrats significatifs. Thales et Airbus ont signé un contrat pour un satellite de télécoms militaires en Égypte pour 600 millions d'euros. Pour sa part, Airbus a remporté en juin dernier un satellite de télécoms militaires indonésien SatKomHan (850 millions de dollars). Enfin, la France obtient en général un socle de petits contrats à l'exportation pour un montant moyen annuel de trois à quatre milliards d'euros. Et ce bilan n'est pas une tournure d'esprit...

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Commentaires
a écrit le 07/03/2017 à 10:13 :
guerre de chiffres ! ce qui compte ce n'est pas le chiffre d'affaire mais la marge nette pour la France et ses entreprises mais là la tribune ne donne pas l'info , dommage ..
a écrit le 07/03/2017 à 8:22 :
Il est intéressant de mesurer à quel point certains pays se démènent pour vendre des armes, y compris en jouant de la corruption des acheteurs, et dans le même temps ne se privent pas de faire "bonne conscience" en dénonçant et critiquant vivement les pays importateurs de ces armes, réputés affamer leur peuple et ruiner leur finance.
Bien sur ils de dénoncent et ne critiquent que ceux qui achètent ailleurs que chez eux...
L'exemple France - Maroc est édifiant.
a écrit le 06/03/2017 à 9:06 :
Ce qui compte vraiment en matière d'exportation et d'équilibre de la balance commerciale, ce sont les encaissements. Ce principe est aussi celui de la comptabilité publique. Alors parler de contrats signés ou presque signés a peu de sens surtout si ce sont des ventes à pertes éventuelles.
a écrit le 06/03/2017 à 8:57 :
Son bilan est bon voir très bon. Mais il nous fait la démonstration de la première qualité des politiques, menteur pathologique, mythomane. Ils sur-estiment toujours le bilan. Ils additionnent toujours ce qui ne doit être additionnés. Dommage car son bilan est bon.
Réponse de le 06/03/2017 à 18:58 :
JYLD peut se le permettre, parce qu'il a un vrai bilan en matière de contrats signés, à la différence de tous ces prédécesseurs dont un (pour exemple) avait envisagé d'arrêter le Rafale.
a écrit le 06/03/2017 à 7:47 :
La défense a été le seul ministère à la hauteur pendant ce quinquennat que cela soit pour les opérations extérieures ou pour l'industrie de défense. Le bémol des paies est du gouvernement précédent même si aujourd'hui malheureusement pour le personnel concerné le "merdier" continue et pour ceux qui en douteraient nombre procès son en cours entre des militaires et l'institution, souvent d'ailleurs du à la lourdeur des services et la dessus malheusemmment comme pour ses processeurs le ministre a échoué. d'ailleurs cette lourdeur coûte cher aux militaires mais également aux contribuables. Nous pouvons dire merci à ce ministre qui a su redonner de la couleur et plus particulièrement bleu blanc rouge à l'institution. Les militaires ont enfin retrouvé un ministre qui n'était pas une poupée politique

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