Fiches S : les services de renseignement ont recensé 12.000 personnes

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Parmi les 12.000 personnes fichées S, 2.100 d'entre elles déjà en prison pour des faits de terrorisme ou de soupçons de radicalisation
Parmi les 12.000 personnes fichées S, 2.100 d'entre elles déjà en prison pour des faits de terrorisme ou de soupçons de radicalisation (Crédits : CHRISTIAN HARTMANN)
Les services de renseignement et de police ont recensé 12.000 personnes fichées S, selon le rapport d'activité 2016 de la délégation parlementaire au renseignement. Ces suspects ne sont d'ailleurs pas tous identifiés pour une problématique terroriste.

Combien y a-t-il de fiches S en France, qui font tant fantasmer les observateurs sur les plateaux TV ? A ce jour, les services de renseignement et de police ont identifié France 12.000 personnes, dont l'auteur de la fusillade jeudi soir sur les Champs-Élysées (Karim Cheurfi, un Français de 39 ans), selon le rapport d'activité de la délégation parlementaire au renseignement (DPR). Ces personnes sont recensées dans un  fichier appelé FPR (fichier des personnes recherchées qui comporte 400.000 noms) au moyen de la fameuse fiche S, la lettre S signifiant "atteinte à la sûreté de l'État".

Parmi les 12.000 personnes fichées S, 2.100 d'entre elles déjà en prison pour des faits de terrorisme ou de soupçons de radicalisation : 390 personnes détenues pour des faits de terrorisme en lien avec l'islam radical (dont 308 prévenus) ; 1.329 personnes, détenues, prévenues ou condamnées pour des faits de droit commun, mais signalées comme susceptibles de s'inscrire dans une démarche de radicalisation et, enfin, 412 personnes radicalisées qui sont suivies en milieu ouvert par les services pénitentiaires d'insertion et de probation, dont 108 sous contrôle judiciaire pour des affaires liées au terrorisme.

Qui sont les personnes inscrites au fichier S

Les fiches S concernent les personnes qui peuvent, en raison de leur activité individuelle ou collective, porter atteinte à la sûreté de l'État et à la sécurité publique, par le recours ou le soutien actif apporté à la violence. Par ailleurs, les personnes qui entretiennent des relations directes et non fortuites avec ces dernières sont également fichées S. "Une fiche S peut aussi bien concerner un objectif identifié d'un service qu'une personne de son entourage dont le contrôle serait de nature à apporter des informations utiles concernant l'objectif primaire", explique le rapport d'activité de la DPR. Ainsi, entre le octobre 2015 et octobre 2016, environ 10.000 suspects de terrorisme ont fait l'objet d'une surveillance en France par les services de renseignement, a précisé la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) dans son rapport d'activité 2015/2016.

Par ailleurs, les 12.000 "titulaires" de la fiche S ne sont pas tous identifiés pour une problématique de terrorisme. La direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) utilise également ce fichier pour surveiller des personnes dans le cadre de ses autres missions : contre-espionnage, lutte contre les extrémismes violents, contre-prolifération et lutte contre la criminalité organisée. Au total, entre octobre 2015 et octobre 2016, au moins 20.282 personnes ont fait l'objet d'une surveillance sur le territoire national par les services de renseignement. 47% d'entre elles l'ont été au titre de la prévention du terrorisme et 29% au titre de la criminalité et de la délinquance organisées.

Un nouveau fichier plus efficace que le fichier S

Pourquoi le ministère a voulu un nouveau fichier? La montée de l'islamisme radical a fait réfléchir les pouvoirs publics. Notamment un cas qui les a alertés, indique la DPR. Celui du terroriste Yassin Salhi qui est en passé à l'acte dans l'Isère en 2015. Il avait été fiché S de 2006 à 2008, puis en l'absence d'éléments d'information corroborant une dérive radicale après 2008, la fiche S le concernant avait été supprimée. Du coup, l'éventualité d'une surveillance sur Yassin Salhi a été quasiment nulle. Et cette fiche S n'existait plus bien sûr dans le fichier FPR au moment de l'attentat.

Pour améliorer la surveillance des personnes suspectées de terrorisme, le gouvernement a donc estimé que le FPR n'était plus un outil "suffisamment efficace". Ainsi, le ministère de l'Intérieur a décidé en 2015 de créer un nouveau fichier recensant l'ensemble des objectifs signalisés radicalisés. Cette tache a été confiée à l'état-major opérationnel de prévention de terrorisme (EMOPT). Ce fichier doit permettre "de s'assurer", selon la DPR, que le suivi de ces suspects est effectif par un service de renseignement. Le fichier des signalés pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste comporte environ 15.000 noms environ. Beaucoup plus les fichés S.

Plusieurs fichiers, problème de coordination?

Ce nouveau fichier pose la question de la coordination avec ceux tenus par d'autres services de renseignement ne participant aux travaux de l'EMOPT. Il en va de même pour l'ensemble des fichiers. Cette question de l'articulation des différents fichiers pose également "de délicates questions pratiques et juridiques", estime la DPR. Aussi, la délégation parlementaire au renseignement souhaite qu'une étude soit confié à l'inspection des services de renseignement (ISR).

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Commentaires
a écrit le 05/07/2017 à 1:08 :
Il y a bien plus de 12.000 personnes dangereuses en France, oui 12.000 par régions plus ou moins, les fiches S peuvent être Sureté ou Surveillance ce qui n'est pas la même chose, une personne sûre n'est pas toujours sur surveillance, sinon on la surveillerait pas c'est logique pour les novices.
Après ne rentrons pas dans le détail pour la sureté de chacun, comme on nous le dit... si tu ne le sait pas et qu'on ne te le dit pas ne cherche pas à savoir file ta route
a écrit le 24/05/2017 à 10:02 :
Quand on sais que certains Fiché S travail dans les services publique .... Vive la France
a écrit le 23/04/2017 à 20:42 :
Mes voisins sont ils des terroristes potentiels ?
Et du bon usage du renseignement. L’une des meilleures méthodes d’information, ne reste elle pas l’infiltration ?
Dans le climat populiste ambiant, j’ai l’impression que l’on confond un peu tout, sécurité nationale, lutte contre le terrorisme, menaces diverses et conflits d’intérêts. Ce qui fait que l’on a du mal à discerner les menaces réelles, d’autant plus que, battage médiatique et exploitation politique obligent, l’ensemble des Français est pris à témoin ou à parti. Cette mobilisation de tous, police nationale, police municipale, sécurité privée et pourquoi pas le club de sport, ou le citoyen lambda ? sont appelés à « chasser le terrorisme ». Des inconscients ont même proposé de faire appel à des délinquants. Des truands partant à la chasse aux terroristes potentiels, si en plus on instaure un système de rémunération ou de promotions, à n’en pas douter, on va multiplier le nombre de fichés à l’infini. Et si on n’en a pas assez, ne risque on pas d'en inventer pour se débarrasser de témoins gênants ou de concurrents ?
Il faut pouvoir distinguer les menaces et leurs origines, sinon on sentira toujours menacés par quelque chose. Concernant tous les fichiers d’ailleurs, le problème n’est pas l’outil, mais qui en a l’usage et à quelles fins.
La première question est « à qui profite le crime »?

Si l’objectif du terrorisme est de créer un climat général d’inquiétude et d’insécurité, dans ce cas il faut se demander si l’on mène la bonne stratégie. En criant au terroriste à tous les coins de pupitre et dans tous les médias, on en arrive même à leur affecter des faits dont ils ne sont pas responsables (voir Allemagne), avant même que l’enquête ne soit menée. Tout cela n’est pas de nature de rassurer les populations et crée même une espèce de buz contreproductif. On voudrait leur faire de la publicité, que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

Il me semble qu’avant, les services de renseignement et d’investigation œuvraient surtout dans la discrétion, le discernement et intelligemment, tout comme le Secret Intelligence Service.

Respecter l’intégrité :
Attention que le fichier S ne devienne à la sécurité nationale l’équivalent du tamburi du palais des doges à Venise, On ne lutte pas contre des groupuscules ou des fondamentalistes avec des outils du moyen âge
Dans un fichier plus qu'ailleurs il est facile de stigmatiser, alors que l'histoire a montré que des menaces pouvaient aussi provenir de l’intérieur même de la nation.
Derrière chaque fiché S il devrait y avoir une enquête et déterminer aussi par qui et pourquoi, les personnes ont été classifiées.

Pour tout fichier, il faut des garde fous et en plus de la CNIL, un service dépendant d’un contre pouvoir, juridique ou autre, mais plusieurs niveaux de contrôle sont indispensables.

Que les forces de police exploitent des fichiers c’est normal, par contre il faut veiller à ce que ce soit fait de manière intègre et uniquement pour le maintien de l’ordre et de la loi.
En attendant, il semblerait que beaucoup soient obligées de travailler avec des fichiers «considérés comme illégaux » ou en faisant appel à des fichiers d’autres sources. Ce qui n’aide pas à clarifier les choses et surtout cela ne permet pas d’acquérir les compétences indispensables pour fiabiliser les données et les exploiter. Car dans la sécurité comme dans d’autres domaines, le futur sera aussi au big data, à l’agrégation des données, aux algorithmes prédictifs et autres exploitations de données.
a écrit le 22/04/2017 à 22:00 :
C est un véritable problème, car ces 12000 fichés S peuvent se dėgoupiller telles des grenades à n importe quel moment ....!!!!!!!
a écrit le 21/04/2017 à 19:28 :
Bon , il faut arrêter de se tirlipoter ...construire un bagne aux Kerguelen , ou le climat est tonifiant . Les Anglais ne se sont pas embarrassés de scrupules avec Napoléon a St Hélène .
a écrit le 21/04/2017 à 18:15 :
Pour la sécurité des sportifs étrangers et les autres participants, les Jeux Olympiques ne peuvent pas êtres organisés en France, pays trop risqué avec 12000 fichiers S.
a écrit le 21/04/2017 à 16:37 :
Si c'est 12 000 selon la police, ce doit être au moins 4 fois plus dans la réalité. Mais bon, faut rien dire sous peine d'être fiché R (raciste) :-)
a écrit le 21/04/2017 à 14:50 :
il ya 2 problèmes: les fichés S, qu'est ce que l'on en fait et la compétence des procureurs de police et des juges qui n'ont pas la formation et du bon sens pour écarter du circuit public les personnes dangereuses. Combien de meurtre faudra t il pour se rendre compte de cela? Procureur est un poste de haut fonctionnaire arrivé par clientelisme et relation. Le juge se retranche derriere le droit pour eviter de prendre une décision qui pourrait etre contestée. Alors Marine Le Pen prospére car elle est la seule a ouvertement le dire. Le tout mou Macron va faire une période de test... lollll.
a écrit le 21/04/2017 à 13:42 :
La publicité pour l'émission d'arte est géniale. Je n'ai jamais dis cela d'une publicité et ne le redirait certainement jamais.

Ceci étant dit en ce qui concerne les fichers S il serait quand même bien de savoir pourquoi ils le sont et dans quelles conditions cela a débouché à un fichage S.

Ne pas oublier les agriculteurs bio perquisitionnés après les attentats au cas où ils piègent leurs courgettes comme a ironisé un d'entre eux.
Réponse de le 21/04/2017 à 14:33 :
j'imagine que nul n'est fiché S pour simple culture de légumes bio ?
Réponse de le 21/04/2017 à 15:31 :
"j'imagine que nul n'est fiché S pour simple culture de légumes bio ? "

Et vu qu'à chaque fois que vous imaginez vous vous planté...

Maintenant on peut en effet se demander pourquoi ils ont été perquisitionnés, le journal sud ouest avait demandé aux autorités qui n'ont pas souhaité répondre.

La paranoïa, la haine anti anarchistes tout ça certainement...
Réponse de le 23/04/2017 à 13:27 :
L'existence de ce fichier n'aurait jamais du être divulguée, étant donné les fantasmes qu'il génère chez les esprits faibles.

C'est un simple outil de police qui enjoint aux forces de l'ordre de signaler aux services compétents quand leur route croise une des personne de cette liste. Ces personnes n'étant ni recherchées, ni coupables (ce sont des autres fichiers), elles sont techniquement innocentes. Ce fichier n'a strictement aucune valeur juridique.

Il est donc totalement stupide et hors de propos de réclamer leur interpellation, leur mise en détention ou leur expulsion du territoire. Et bien évidement il est hors de question de divulguer cette liste aux édiles (qui sont aussi pour beaucoup des hommes politiques et ne sont soumis à aucun devoir de réserve).
Réponse de le 02/05/2017 à 14:42 :
"L'existence de ce fichier n'aurait jamais du être divulguée, étant donné les fantasmes qu'il génère chez les esprits faibles."

Je suis entièrement d'accord et pourtant il l'a bel et bien été du coup la faute à qui, aux esprits "faibles" comme vous dites ou bien au système qui n'a pas été foutu de protéger ses données secrètes ?

Trop facile de sans arrêt incriminer les gens alors que les fautes des dirigeants politiques et économiques sont partout.

Parce que je suis à peu près sûr de savoir comment de telles informations sont sorties hein et ça ne peut que renforcer nos soupçons vis à vis de notre système et de nos institutions.
a écrit le 21/04/2017 à 13:36 :
Et la veuve se rouille !
a écrit le 21/04/2017 à 12:37 :
C'est parfait. A Guantanamo il y a tout juste 12'000 places de libre.
Le monde se portera mieux après.

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