La France se porte au secours d'Airbus Helicopters

 |   |  964  mots
Les premiers exemplaires d'H160 militarisés dans le cadre du programme Hélicoptère interarmées léger (HIL) seront livrés en 2024 au lieu de 2028.
Les premiers exemplaires d'H160 militarisés dans le cadre du programme Hélicoptère interarmées léger (HIL) seront livrés en 2024 au lieu de 2028. (Crédits : Airbus Helicopters/Alain Ernoult)
Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a annoncé une prochaine commande de la France "de 160 à 190" exemplaires de H160 militarisés (5,5 à 6 tonnes) à Airbus Helicopters.

Quel pays vient à nouveau au secours d'Airbus? La France. En l'occurrence une nouvelle fois Jean-Yves Le Drian. Le ministre de la Défense a annoncé vendredi à Marignane chez Airbus Helicopters, qui affronte de très forts vents contraires, une prochaine commande de la France "de 160 à 190" H160 militarisés (5,5 à 6 tonnes) au constructeur européen afin de rationaliser la flotte d'hélicoptères très disparate des trois armées françaises : Panther, Dauphin, Fennec, Alouette III et Gazelle. La cible s'élèverait à 166 appareils, selon nos informations.

"J'ai décidé, lors du dernier comité ministériel d'investissement, de faire du H160 la base du futur hélicoptère léger interarmées, le HIL", a expliqué dans un tweet le ministre de la Défense.

En 2011, la France avait déjà aidé Airbus Helicopters en trouvant un financement de 550 millions d'euros pour développer le successeur du Dauphin. Le constructeur de Marignane demandait à l'époque ce montant pour financer la R&T (recherche et technologie) et la R&D (recherche et développement) pour son projet X4. Ce dossier était défendu par la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). L'hélicoptère H160 a obtenu 68 brevets, notamment pour ses pales courbées développées en coopération avec l'ONERA et qui permettent de diminuer par deux le bruit en vol.

Un programme accéléré

"Il a été décidé parallèlement d'accélérer la procédure avec une première livraison avancée de quatre ans minimum", a également précisé Jean-Yves Le Drian lors de son discours. Le premier HIL devra être livré en 2024 au lieu de 2028. Initialement, il était prévu jusqu'en 2012 que les premiers exemplaires soient livrés en 2020. La livraison du premier H160 civil, dévoilé en mars 2015 au salon HAI Heli-Expo à Orlando, est programmée pour début 2019 alors qu'il devait l'être en 2018.

Initialement, le programme HIL devait également englober le remplacement des Puma (7,4 tonnes). Mais ces derniers trop lourds pour être remplacés par le H160  le seront finalement par des Caracal (H225M) supplémentaires, selon nos informations. "Ce n'était pas facile de remplacer par un seul hélicoptère une gamme d'appareils allant de 2/3 tonnes (Gazelle) à plus de 7 tonnes (Puma). La solution idéale n'existait pas", explique-t-on à La Tribune. Enfin, il n'est pas exclu que la Marine nationale remplace de façon intermédiaire ses Dauphin mis en service en 1990 et ses Panther (1993) par des appareils d'occasion, voire par un achat de disponibilité par externalisation.

Rationalisation de la flotte

La version marine sera équipée du missile ANL (Anti-navire léger) de MBDA, un missile qui pourra bloquer très rapidement un navire menaçant aux mains de terroristes (pétrolier, cargo...) . Ce système d'arme est notamment prévu pour détruire les hélices du gouvernail. "Le HIL est cohérent avec le missile ANL", fait-on valoir à la Tribune. Seul problème, l'ANL va arriver bien plus tôt que le HIL. Le calendrier du programme vise à obtenir de premières livraisons de missiles en 2018.

Destiné au transport léger, au soutien logistique, au secours, à l'attaque, à l'appui au commandement et à la formation, le HIL remplacera progressivement l'Alouette III, le Dauphin SP et le Fennec ainsi que les Gazelle et les Panther. Ce qui permettra de rationaliser la maintenance et le support - une source d'ennui et de dérapages financiers actuellement - des hélicoptères des trois armées ces dernières années. Le HIL "résulte à la fois d'une volonté de réduire le nombre de plateformes en service, et de partir d'une plateforme civile déjà existante. Ces deux facteurs contribueront à la restauration progressive d'une disponibilité au meilleur niveau", a estimé le ministre.

"Dans ce domaine, je le dis ici puisque je l'ai dit publiquement à plusieurs reprises, je ne suis pas content, pas content même du tout, a expliqué le ministre de la Défense. Je l'ai dit à plusieurs reprises à l'ensemble des acteurs de la chaine. Je ne suis pas satisfait du fait que « moi, premier client », j'achète des hélicoptères de manière significative et lorsque je vais voir leurs mises en œuvre opérationnelle, je m'aperçois que le MCO n'est pas au rendez-vous. Et pourtant, c'est tout à fait essentiel pour de multiples raisons. A la fois parce qu'il y a des causes exogènes : la forte utilisation et la multiplicité des engagements qui ont été faits dans des milieux hostiles avec une usure prématurée voire parfois l'attrition. Il y a aussi des raisons externes qui s'ajoutent à des raisons internes qui nous sont propres à nous, je me mets dedans car nous avons une architecture contractuelle trop complexe, parce que nous avons des dilutions de responsabilités et donc ça n'allait pas".

Airbus Helicopters dans les turbulences

Compatissant, Jean-Yves le Drian est revenu sur les aléas d'Airbus Helicopters depuis deux ans. "Je sais que l'année 2016 a été difficile (...) mais vous avez su montrer votre force commerciale", a-t-il souligné. Les livraisons militaires, qui représentent désormais 57% du chiffre d'affaires du groupe, ont "pallié les difficultés du marché civil", s'est félicité néanmoins le ministre. Le constructeur a notamment signé des contrats à Singapour (16 Caracal), au Koweït (30 Caracal) et en Serbie (9 H145M).

L'industrie mondiale dans le domaine des hélicoptères a connu en 2016 son année "la plus difficile depuis 2008", a reconnu son PDG Guillaume Faury, en raison de la baisse de la demande des compagnies pétrolières. Ainsi, Airbus Helicopters a engrangé 353 commandes nettes et a livré 418 appareils en 2016. Pour faire face à ce ralentissement, la division avait annoncé en octobre un plan de 582 départs volontaires, répartis sur ses deux sites de Marignane et Paris, en 2017 et 2018.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 06/03/2017 à 14:46 :
C'est vraiment incroyable.
Il faudrait que ça soulève un tollé, il y en aurait des choses à dire !
Si ça profitait à tous les français, ce serait trop beau, non ?

Là, c'est une seule société, privée, ultra politisée, qui perd son savoir faire au grès des mesquineries personnelles des uns et des autres, des personnes intéressées qui ont fait les mêmes écoles et qui s'accaparent toute la société comme si elle était à eux, passant outre les compétences de chacun. S'ils étaient bon, ils n'auraient pas à faire la manche auprès de l'état, non ? La renommé de certaines écoles date vraiment.... réputées pour leur réputation !?

Une société qui a préféré se gaver et gaver ses actionnaires au lieu de réinvestir en développement en temps voulu. Et qui se retrouve tout à fait logiquement dans sa situation.

Les anglais rénovent leurs vieux PUMA de la RAF et nous on change tous alors que nos appareils actuels sont moins vieux que les leurs... pendant ce temps-là, certains policiers doivent eux-même s'acheter des équipements que l'administration n'arrive plus à leur fournir, on manque de logements...

on n'a vraiment pas les mêmes valeurs !
a écrit le 05/03/2017 à 15:53 :
Pour autant que je comprenne, c'est une commande qui était prévue et est légèrement avancée.
a écrit le 04/03/2017 à 19:27 :
Donc si je comprend bien à chaque fois que l'armée commande des hélicoptères c'est pour sauver airbus? Si vous l'ignorez le taux de dispo des hélicoptères de l'alat est de moins de 30%. De plus cette commande était prévus de lonque date est il servirat à remplacer les antiques alouettes III datant des années 1970. Qui roule encore en 4l en 2017?
Alors vraiment confondre des sauvetages d'emplois comme alsthom à Belfort et des commandes vitales pour notre armée...
a écrit le 04/03/2017 à 17:02 :
Cet hélicoptère servira le civil et le militaire.
Ses cibles sont aussi les domaines des transports privés, du parapétrolier, de la sécurité policière ou médicale, de diverses interventions en mer ou en montagne, des douanes et des missions de sauvetages SAR (Search & Rescue), etc.
Comme indiqué, il remplacera 3 bons hélicoptères agonisant de vieillesse, coutant bien trop pour ce qu’ils rendent comme services et leur faible disponibilité.
C’est le groupe Safran (Turbomeca) qui a développé un nouveau moteur bien moins gourmant en carburant.
C’est un hélicoptère très innovant qui a été développé dans le plus grand secret avec des dizaines de nouveaux brevets (programme X4).
Superbe design, très profilé, petits ailerons à l’avant, pales ultra profilées façon boomerangs aux extrémités, un maximum de matériaux composites, abandon des commandes de vol électriques, un moyeu du rotor principal est fait de composite thermoplastique, un fenestron du rotor arrière (anti-couple) caréné et incliné de 12° pour le vol stationnaire, accompagné de son petit stabilisateur arrière pour la basse vitesse, consommation bien moindre que son prédécesseur le Dauphin, vibration réduite, souplesse, bruit diminué de 50%, charge utile augmentée, etc.
68 brevets au total.
https://www.youtube.com/watch?v=Ffjx7OdCAw0
C’est un budget de ~ 1 milliard d’euros et non pas 4 comme indiqué plus bas.
Rien d’exceptionnel ni d’anormal au regard de toutes les innovations embarquées sur ces hélico.
Airbus est malgré tout en retard sur son principal concurrent Agusta Westland, avec son AW139 qui a déjà été commandé à plusieurs centaines d’exemplaires.
Les américains Sikorsky et Bell sont aussi de très sérieux concurrents.
Dans l’aéronautique, comme dans le spatial, le ferroviaire et l’automobile, sortir un bon produit n’est pas suffisant, il faut surtout qu’il sorte le plus tôt possible vis-à-vis de la concurrence.
Cette première commande de l’Etat français permettra de corriger les petits défauts de jeunesse auquel il n’échappera certainement pas, et de le valider « combat proven ».
Entièrement assemblé à Marignane. Pales à La Courneuve. Structure de queue par Daher Socota à Tarbes. Fuselage et train électrique en Allemagne. Freinage électrique Messier-Bugatti-Dowty (Safran Allemagne). Moteur Turbomeca. Suite avionique Helionix d’Airbus Helicopters.
Plus vite il sera exporté et plus vite les économies française et allemande en profiteront.
Dans ces meilleures années, le Dauphin avait grimpé 40% de part de marché.
4 années plus tôt, bonnes nouvelles pour l’emploi, satisfaction pour nos bureaux de R&D innovants, meilleures perspectives à l’exportation.
Et surtout, ce sont nos militaires qui vont l’apprécier, parce qu’ils le valent bien !
Réponse de le 05/03/2017 à 12:20 :
@alaind
. Vouloir uniformiser les hélicos militaires, n’est pas la panacée. C’est une solution espérée pour réduire les couts de MCO sur le long terme, pas nécessairement vérifiée.
Ne pas perdre de vue que trop de sophistication, ne va pas toujours de pair, avec la fiabilité, demandée par les utilisateurs, particulièrement sur les théâtres opex actuels. Aujourd’hui encore, les pumas sa330 sont les bêtes de sommes de l’ALAT en Afrique, Ils sont en service depuis 1971, régulièrement améliorés, Ils sont encore très adaptés et efficaces dans les conditions de chaleur et d’abrasivité rencontrées dans ces régions.
Vouloir sauver AIRBUS hélico est louable, mais cela ne doit pas être fait au détriment de l’efficacité de nos forces. Dans l’immédiat et l’avenir proche L’Alat a besoin d’appareils fiables et rapidement disponibles. C’est ce qu’ choisi l’armée anglaise avec sa flotte Puma. http://www.opex360.com/2009/10/01/les-helicopteres-puma-britanniques-operationnels-jusquen-2022/
Cela dit, c’est effectivement un très bel engin que j’aurai aimé piloter, mais après un long épisode Alat, tout cela est derrière moi..
a écrit le 04/03/2017 à 14:12 :
Il faut dire que én France nous avons des alouettes 3 encore en service..... Donc équiper tous le monde d'une même machine n'est pas totallement dénué de sens.... Ensuite l'état est actionnaire de cette entreprise, les usines sont sur le sol français.... Certe cela a un coups mais beaucoups de cette argent retourne dans les pauches de l'état.....
a écrit le 04/03/2017 à 12:20 :
Les anglais viennent de faire rénover par Airbus Helicopters, leur flotte de Puma de la RAF
de sorte à ce qu'elle puisse continuer à voler.

Mais nous, en France, on est tellement riche qu'on en prend 160 exemplaires du plus cher modèle, dont on a nous-même payé le développement il y a 5 ans, qui n'a pas encore fait ces preuves dans quelques domaines que ce soit...

Le drian fait ça aux français 2 mois avant les élections...
J'aimerai qu'il se passe comme en pologne (qui était le plan A de Le drian à la base, tout magouillé au niveau européen...) où les généraux du nouveau gouvernement ont halluciné quand ils ont vu que leur prédécesseurs avait choisit, 2 mois avant, le super puma et ont annulé ce contrat....

Mais comme on est un pays maintenant bien plus corrompu que la pologne, ça va pas le faire !
Réponse de le 04/03/2017 à 23:51 :
Le titre est racoleur mais le programme existe depuis longtemps. C'était prévu pour un seul appareil mais les exigences des différentes armées étaient trop différentes. 2 appareils étaient donc attendus et le H160 était le favori et apprécié des armées. Rien de sensationnel, si ce n'est que Le Drian fait du bien à l'armée en lançant plus tôt un programme qui était sans cesse repoussé.
Il n'est juste pas impossible que l'avancement permette de faire d'une pierre 2 coups et que sans le difficultés d'Airbus, cela n'aurait pas été le cas mais d'une certaine façon, c'est bonne chose.
a écrit le 04/03/2017 à 11:49 :
Quelle honte ! J'espère que les médias vont s'emparer de cette affaire.
Quand on pense qu'en plus ce sont les 4 milliards de Sarkozy qui ont permis de développer cet appareil... J'espère qu'on a eu une ristourne !

On verra donc encore les salariés de cet épouvantail bomber le torse à penser que tout le monde pense que ce sont des cadors car ils font des hélicos.... alors qu'en fait, ils sont des fonctionnaires à qui l'état donne à manger quand ça ne va pas...

Subventionner avec de l'argent public des boites privatisées parce qu'elles ne s'en sortent pas ! C'est pas du tout l'égalité entre les citoyens !!
De plus, sans pour autant regarder ce qui ne va pas et qui fait que cette société fonctionne très très mal : du copinage syndical à copinage d'écoles genre supaéro, des personnes issues de formation financière qui s'occupe de la technique.... un système ultra politisé/corrompu calqué sur celui de nos chers politiques...

Vite une enquête !
Réponse de le 04/03/2017 à 12:19 :
'On verra donc encore les salariés de cet épouvantail bomber le torse à penser que tout le monde pense que ce sont des cadors car ils font des hélicos.... alors qu'en fait, ils sont des fonctionnaires à qui l'état donne à manger quand ça ne va pas... '

Ne pas tout mélanger et ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. l'immense majorité des salariés de la boutique ne correspond pas à la description que vous en faites. Curieusement, ils bossent. Si concevoir et fabriquer des hélicoptères compétitifs était un sport de masse ça se saurait.
Ceci étant, que la maison souffre de réseaux cela ne fait aucun doute. Pour la partie française il est bon de regarder de quelle société sont issus les gens de pouvoir actuels, contrairement à une légende bien établie ce n'est pas Matra.....Bien entendu, si vous vous sentez de taille à réformer le système, bienvenue à bord....
Réponse de le 05/03/2017 à 15:54 :
4 milliards de Sarkozy? Ah bon, l'argent du contribuable c'est son argent?

Ca explique beaucoup de choses sur ce qui se passe chez les Républicains.
a écrit le 03/03/2017 à 20:20 :
Une commande de 166 hélico pour sauver 582 emplois en France. Cela semble un peu plus cher que l'affaire Alstom. Mais le prix à payer ici n'est pas mentionné.
Pour bien gérer l'état d'urgence et le contexte actuel des élections, le gouvernement en place fait oeuvre de prudence par de bonnes promesses aux armées.
Réponse de le 04/03/2017 à 9:02 :
On sauve surtout la capacité à faire. A force de tout acheter à l'extérieur nous ne savons plus rien faire dans ce pays, nous sommes dépendants. Et puis votre calcul oublie les sous traitants.
Réponse de le 05/03/2017 à 15:55 :
Le plan de sauvetage d'Alstom n'a sauvé aucun emploi, il a sauvé un site.

Les emplois devaient être relocalisés sur un autre site.
a écrit le 03/03/2017 à 19:48 :
Complètement en phase avec Trump , pour sauver notre Otan....il n' en fallait pas moins surtout sur la quantité , nos partenaires Européens eux...devraient s' orienter sur du matos Us .
a écrit le 03/03/2017 à 19:01 :
Ben voyons, le déficit n'est pas assez important. Il faut donc l'élargir pour que les gouvernements suivants aient un sérieux boulet à trainer :-)
a écrit le 03/03/2017 à 18:30 :
Pourquoi c'est l'état qui doit payer et subventionner le développement d'un hélicotère d'une société privé qui fait des milliards d'euro de bénéfice et le distribue aux actionnaires???
Réponse de le 03/03/2017 à 20:29 :
Parce que l'état est aussi actionnaire,client,investisseur et récupère la TVA, les impôts et ponctionne les salariés...Dans l'affaire nous contribuables bénéficierons des abysses à combler le moment venu!!! Pendant que ça tient heureux de voir des familles françaises au travail dans un domaine d'excellence, de réussites et d'innovations que peu de français connaissent.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :