Les dessous de la prise de contrôle de STX France par Fincantieri

 |   |  1439  mots
(Crédits : STEPHANE MAHE)
Le chantier naval italien Fincantieri a réussi à mettre la main sur STX France. Un nouvel accord-cadre signé entre Paris et Rome donnera lieu à l'acquisition par Fincantieri de 50 % du capital de STX France, tandis que l'État français conservera sa participation de 34,34 %. Grâce à un prêt à à long terme de l'Etat français de 1% du capital, Fincantieri sera majoritaire.

Tout ça pour ça... Le chantier naval italien Fincantieri a réussi, à l'issue d'une crise diplomatique entre la France et l'Italie, à mettre la main sur STX France. Avec des conditions, comme c'était déjà le cas lors de l'accord accepté par François Hollande, mais avec des différences.

Ce nouvel accord-cadre qui se revendique équilibré donnera tout d'abord lieu à l'acquisition par Fincantieri de 50 % du capital de STX France, tandis que l'État français (via l'Agence des participations de l'Etat) conservera sa participation de 34,34 %. En outre, Naval Group va acquérir une participation minoritaire de 10 %. Enfin, 2% du capital seront proposés aux salariés et 3,66 % à un groupe de sociétés locales.

Fincantieri disposera de 51% du capital de STX France

Pourquoi donc Fincantieri prend la main? Parce que l'État français prêtera à long terme 1 % du capital de STX France à Fincantieri, "tout en gardant la possibilité de mettre fin à ce prêt pendant une période de trois mois au terme d'une durée de deux ans, cinq ans, huit ans et douze ans suivant la transaction", a expliqué mercredi le communiqué commun franco-italien. Au cas où la France déciderait de mettre fin au prêt, une consultation se tiendrait entre les deux gouvernements. Une façon pour tout le monde de sortir la tête haute...

Si Fincantieri ne respecte pas "ses obligations en matière de respect des règles de gouvernance, de préservation de la propriété intellectuelle et des savoir-faire, d'appui au développement des chantiers navals, de préservation de l'emploi et des sous-traitants et d'égalité de traitement au sein du groupe", l'Etat français pourra mettre un terme à cet accord. Dans son projet industriel, Fincantieri s'est engagé à rechercher des synergies et à optimiser les capacités de production et d'ingénierie au bénéfice de STX France. Paris évaluera si ces collaborations et synergies ont créé de la valeur pour les Chantiers navals. En matière d'emploi, l'État français vérifiera, au cours de la période de cinq ans qui suivra la transaction, l'absence de plan social et le respect du plan d'embauche sur trois ans.

Enfin, la France s'assurera du respect de l'engagement de Fincantieri qui s'engage à ne pas effectuer de transfert de technologie, de savoir-faire ou de droits de propriété intellectuelle en dehors de l'Europe, et en particulier vers la Chine, ni à concéder de licence autorisant l'utilisation des éléments précités. Elle appréciera également la mise en œuvre d'un plan d'investissement cohérent ainsi que les possibilités de diversification offertes aux chantiers navals.

Co-contrôle de STX France?

Les principales conditions de l'accord seront formalisées dans le pacte d'actionnaires final et dans le contrat d'acquisition d'actions de STX France, qui doit être signé dans les semaines à venir, après consultation du comité d'entreprise. Toutes les autres modalités déjà convenues par les parties, notamment tous les engagements de nature industrielle, financière et opérationnelle pris par Fincantieri dans le protocole d'accord du 12 avril et dans la dernière version provisoire du pacte d'actionnaires (notamment les clauses en matière de majorité qualifiée, de cession d'actions et de manquements) sont confirmées, tout comme l'ensemble des droits particuliers accordés à l'APE et à Naval Group à titre de protection, en tenant compte de la nouvelle structure de capital.

Selon nos informations, Naval Group disposerait d'un droit de veto au conseil d'administration de STX France. En outre, Fincantieri ne pourra pas se lancer dans la construction militaire avec STX France à l'exception des commandes passées par la France telles qu'un nouveau porte-avions et des pétroliers ravitailleurs ou encore de commandes export concernant des Bâtiments de projection et de commandement (BPC) de type Mistral. Enfin, Naval Group pourra détenir jusqu'à 15,66 % du capital de STX France si la mise en œuvre du plan de rachat par les salariés et/ou la reprise par un groupe de sociétés locales ne peuvent aboutir.

S'agissant de la gouvernance, le conseil d'administration sera composé de quatre administrateurs nommés par Fincantieri (y compris le président et le PDG), de deux administrateurs nommés par l'État français, d'un administrateur nommé par Naval Group et d'un administrateur nommé par les salariés. Le président du conseil disposera d'une "voix prépondérante".

Vers une alliance franco-italienne dans le naval militaire

Dans leur déclaration conjointe publiée le 1er août 2017, les gouvernements français et italien avaient annoncé qu'ils partageaient l'objectif d'avancer vers une Alliance forte entre les deux pays, à la fois dans le domaine civil et militaire. C'est confirmé par le nouvel accord-cadre : "Rapprocher les forces de Fincantieri, de Naval Group et de STX France permettrait de créer un leader européen d'envergure mondiale qui aurait pour objectif d'être le plus grand exportateur du monde sur les marchés civils et militaires, avec une activité significative dans les systèmes et les services", a expliqué l'accord cadre.

Hervé Guillou peut se réjouir mais le chemin reste encore très long et semé d'embûches. Et le "souhait de faciliter la création d'une industrie navale européenne plus efficace et plus compétitive" reste toujours à démontrer. Aujourd'hui aucun programme franco-italien dans le domaine naval est en cours. Ni dans un futur proche. Pour autant, précise l'accord-cadre, à chaque fois que la France et l'Italie envisageront des investissements dans de nouveaux programmes militaires, ils s'efforceront de lancer des programmes communs.

C'est dans ce cadre que Naval Group et Fincantieri "vont étudier les modalités de la mise en place d'une Alliance progressive, ambitieuse et équilibrée". Outre les deux groupes navals, ce projet complexe mettra à contribution toutes les parties prenantes concernées : les actionnaires, les partenaires industriels, les clients, les employés.... En outre, au regard des importantes répercussions de ce processus sur les intérêts stratégiques nationaux, les gouvernements français et italien devront "faire preuve d'engagement et fournir des éléments de cadrage", précise l'accord-cadre.

Une feuille de route en juin 2018

Dans cet esprit, ce projet va devoir être conduit "en plusieurs étapes et être dirigé par un comité de pilotage conjoint", composé de six membres : deux représentants de l'Italie, deux représentants de la France et les deux PDG de Fincantieri et Naval Group. D'ici à fin juin 2018 et après consultation des principaux partenaires et actionnaires des deux groupes, le comité de pilotage sera chargé de proposer aux deux gouvernements une feuille de route à moyen et long terme, décrivant les modalités du projet de la France et  de l'Italie dans le secteur naval.

Ce document définira notamment la gouvernance, la structure et l'organisation de l'Alliance, des lignes directrices pour les politiques gouvernementales qui soutiendront le projet, les modalités de prise en compte des intérêts de toutes les parties prenantes dans la construction de cette alliance et les conditions financières du processus de convergence et des actifs inclus dans son périmètre. Concernant l'organisation, la feuille de route devra préciser les domaines qui nécessiteront un traitement spécial pour des raisons de souveraineté et les domaines où la coopération sera potentiellement la plus avantageuse pour les deux parties. Elle devra également déterminer "des possibles interdépendances" entre les deux pays et "un processus de convergence en matière de contrôle des exportations et de sécurité". Ce qui ne sera pas une mince affaire au regard des facilités de l'Italie à jouer avec les règles OCDE.

Enfin, l'accord cadre prévoit d'analyser la possibilité et les modalités d'un échange de titres entre les deux groupes à hauteur de 5% à 10 % de leur capital respectif. En outre,  des mesures concrètes visant à développer les synergies seront définies et présentées aux deux gouvernements. Cette feuille de route devrait prévoir "la création d'une coentreprise équilibrée" au sein de laquelle des projets communs seraient progressivement élaborés, en priorité les plateformes ainsi que les systèmes et équipements des navires de surface. Une alliance équilibrée qui est depuis des années la stratégie romantique de la France en matière de coopérations européennes. Une stratégie qui en général, se fracasse sur la dure réalité de la compétition entre pays européens. L'exemple d'Airbus en est l'exemple le plus probant. Où est la France au sein du constructeur aéronautique? Et si nous prenions enfin exemple sur les Allemands pour qui une alliance 50-50 est déjà un 51-49...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 01/10/2017 à 10:33 :
Il me semble que STX n'était plus francais depuis longtemps, car il avez été vendu à une entreprise nords coréenne.... Bon ensuite nous voulons én Europe les fussions acquisition des entreprises concurante ...donc tous vas bien.
a écrit le 28/09/2017 à 22:59 :
Macron a dans la droite ligne des dirigeants qui travaillent pour le capital international. Connaissant bien l'industrie italienne et francaise, l'italie a reussi a garder son industrie nationale. Et nous? Macron est l'eleve de Hollande, un petit éleve qui n'a pas réussi à s'emanciper intellectuellement. La meme politique de soumission aux interets des étrangers. Il a signé la vente d'Alstom Power , fait la vente d'Alstom Transport et maintenant STX ; Bientot quoi? Nexans, Renault deja en dehors de la France pour ses impots... J'ai honte de nos politiques comme enfant des années 70 80 avec une fierté de la France. Et maintenant, ... Macron sera riche comme consultant une fois fini son mandat... et Philippe un executant naif et un peu simplet.voir ce soir sur la tv
Réponse de le 29/09/2017 à 8:29 :
Pour info les chantier ont était vendues en 2006 aux chantiers navals norvégiens Aker Yards2. En 2008, Aker Yards est racheté par le coréen STX Offshore & Shipbuilding devenant STX Europe, et en 2010 les 16 % de parts qu'Alstom détient encore sont cédées à STX Europe, donc raconter que c'est maintenant que nous perdons un pan de notre industrie c'est pure démagogie et mensonge. Vous paraissez par contre, contrairement à vos assertions, peu connaitre l'industrie Italienne : 48 milliards d'euros d'achat par les français en dix ans, avec, à la clef, l'acquisition de 156 entreprises.
Rachat de Moncler par Eurazeo, celui de Parmalat par Lactalis, et les 4,3 milliards d'euros dépensés par LVMH pour finaliser l'acquisition de Bulgari. Vivendi en a mis presque autant pour s'offrir 24,9 % de Telecom Italia etc...
a écrit le 28/09/2017 à 21:31 :
Chez Fincantieri, dans le dédale des organigrammes, des partenaires, des sous-traitants...(des politiques?) il y a aussi à regarder en direction de la mafia.
Réponse de le 28/09/2017 à 23:03 :
La mafia est plus subtile a Paris dans les ministeres et s'appelle reseau d'interet . La mafia réussit à sauvegarder l'industrie italienne et je connais tres bien cela. En France 20 M€ pour la vente d'Alstom power à Kron. En Italie, il serait en jugement pour collusion avec l'acheteur. Et maintenant? Poupart La Farge? qui chez STX pour la prime pour la vente? Quoi pour les amis de Macron? Les enquetes peuvent demarrer et les condannations pleuvoir
a écrit le 28/09/2017 à 21:02 :
Tout pour masquer les subventionnes illegales de l'etat sur les contracts des croissieres.
a écrit le 28/09/2017 à 20:46 :
honteux, scandaleux de voir ces gouvernants vendre (plutôt brader) notre pays, nos fleurons,, nos richesses, nous réduire à néant et devenir un paus pauvre, sous développé et ce pour satisfaire la finance et d'autres personnes dont je ne peux citer
Réponse de le 29/09/2017 à 8:30 :
Pour info les chantier ont était vendues en 2006 aux chantiers navals norvégiens Aker Yards2. En 2008, Aker Yards est racheté par le coréen STX Offshore & Shipbuilding devenant STX Europe, et en 2010 les 16 % de parts qu'Alstom détient encore sont cédées à STX Europe, donc raconter que c'est maintenant que nous perdons un pan de notre industrie c'est pure démagogie et mensonge. Pour inforation : 48 milliards d'euros d'achat par les français en dix ans, avec, à la clef, l'acquisition de 156 entreprises.
Rachat de Moncler par Eurazeo, celui de Parmalat par Lactalis, et les 4,3 milliards d'euros dépensés par LVMH pour finaliser l'acquisition de Bulgari. Vivendi en a mis presque autant pour s'offrir 24,9 % de Telecom Italia etc...
a écrit le 28/09/2017 à 17:55 :
indignés et de nombreux journalistes s interrogent ..la FRANCE est elle a vendre
Réponse de le 28/09/2017 à 18:57 :
"la FRANCE est elle a vendre "

Comme disent les LREM sur chaque sujet :" Mais, mais c'était dans notre programme", les français le savaient..
a écrit le 28/09/2017 à 16:25 :
pour que ces technologies soient vendues aux chinois ou aux russes par l'équipe italienne ?
https://www.meretmarine.com/fr/content/stx-france-decroche-une-nouvelle-commande-pour-leolien-offshore
https://www.lesechos.fr/12/06/2017/LesEchos/22463-116-ECH_stx-france-reinvente-la-sous-station-eolienne-offshore.htm
a écrit le 28/09/2017 à 16:15 :
Je ne vois pas la coopération entre Naval-DCNS et Fincantieri. FC a piqué le marché des corvettes Quataries pour 6 milliards d'€uros avec une offre très médiocre. FC est qualifié pour les frégates Australiennes ( avec les Britanniques de BAE et les ESpañols de Navantia ), mais pas ...Naval-DCNS. Un marché plus gros que les sous-marins océaniques !
a écrit le 28/09/2017 à 13:35 :
Hier soir en regardant BfmTV , j'ai été surpris de l’ignorance des journalistes ,et surtout avec quel aplomb un d'entre eux nous racontait que STX fabriquait des portes-avions et sous-marins nucléaires , il n’y avait personne pour le reprendre , ma conclusion : il ne faut écouter tous ces bonimenteurs qui pour faire de l'audience raconte n'importe quoi . D'ailleurs beaucoup d'articles de ces mêmes journalistes sont complètement erronés et à coté de la plaque .
Réponse de le 28/09/2017 à 17:10 :
Ils s'en foutent ,peu de gens iront chercher la vérité ailleurs, et ils le savent bien.Les gens rentrent du taf, la fatigue, les gosses qui gueulent , les problèmes du quotidien etc.. Une petite bière, le canapé , le diner ,deux, trois conneries à regarder sur la TNT , 10mn de journal vite fait , la météo et hop au lit après le film .
Réponse de le 28/09/2017 à 19:21 :
Quelle idée de regarder BFM TV Ils sont uniquement en quête d'indice d'écoute et ne préparent pas leurs sujets, sauf durant le temps de transport. Pas du journalisme, çà !
Réponse de le 28/09/2017 à 21:35 :
BFM applique à la lettre les "10 commandements de la manipulation des masse" de Noam Chomsky. Ne pas s'étonner que leurs "journalistes" (pseudo) se foutent de faire de l'information, de la vérifier. Ce n'est pas leur but.
a écrit le 28/09/2017 à 10:11 :
Les plus beaux fleurons Français passe sous pavillons étranger l'un après l'autre avec ce nouveau gouvernement.
Réponse de le 28/09/2017 à 13:28 :
Oui enfin, ça appartenait à des Coréens y a encore pas si longtemps....
a écrit le 28/09/2017 à 9:42 :
Espérons que l'activité brestoise dépendante directement des chantiers de St Nazaire sera préservée, l'avantage c'est qu'ayant un ami qui y bosse je le saurai rapidement.
Réponse de le 28/09/2017 à 23:09 :
breton tete de ...? vous n'avez pas vu que c'est la mort des chantiers? à un moment, dans 10 ans , il n'y aura plus de bateau de croisiere à construire; Et de toute facon, les bretons ne veulent pas travailler dans l'industrie; trop dur. ils ont des tourneurs polonais dans leur usine par manque de jeunes qui veulent travailler trop dur dans une usine. Vive les cochons
Réponse de le 29/09/2017 à 9:52 :
"Et de toute facon, les bretons ne veulent pas travailler dans l'industrie; trop dur"

Faux mon copain n'est pas haut cadre comme vous, ce n'est donc pas un feignant, il bosse sur les chantiers et ils sont nombreux français à y bosser.

"ils ont des tourneurs polonais dans leur usine par manque de jeunes qui veulent travailler trop dur dans une usine"

Encore faux puisque c'est surtout parce que ça permet de payer des gens 500 euros par mois corvéable à merci de la part d'entrepreneurs qui ont des gros réseaux et qui se font un max de blé sur le dos de l'état français et de ses citoyens.

C'est seulement une question de marge bénéficiaire de l'actionnaire et vous le savez très bien.

La prochaine fois que vous propagez ce type de mensonge je signale votre réponse.

Descendez de votre emploi fictif et venez bosser avec les vrais gens pour voir, ça m'étonnerait qu'après vous les haïssiez tout le temps de la sorte.

ET oui mon gars quand je parle d'un sujet je le connais bien mieux que toi donc tu peux définitivement me lâcher et continuer de prêcher ta messe néolibérale dans le vide, merci.
a écrit le 28/09/2017 à 9:26 :
C'était stratégique, mais cela ne l'est plus ! Politique de la girouette qui tue la France depuis des décennies :-)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :