Les ventes de Falcon battent de l'aile, Dassault tient bon le manche

 |   |  1189  mots
Le PDG de Dassault Aviation Eric Trappier n'attend pas de reprise du marché des avions d'affaires avant 2018
Le PDG de Dassault Aviation Eric Trappier n'attend pas de reprise du marché des avions d'affaires avant 2018 (Crédits : dassault Aviation)
Dassault Aviation souffre sur le marché de l'aviation d'affaires. La plupart de ses indicateurs économiques et financiers sont en baisse en 2016.

Dassault Aviation plie, mais ne rompt pas. Si les ventes des avions d'affaires Falcon battent de l'aile depuis deux ans, le constructeur du Rafale fait face aux vents contraires avec beaucoup de solidité. Les "fondamentaux" de Dassault Aviation, comme les appelle le Délégué général de l'armement Laurent Collet-Billon, restent bons même s'ils sont pour la plupart en baisse. Le chiffre d'affaires a reculé à 3,5 milliards en 2016 (contre 4,1 milliards en 2015) tout comme le résultat net à 384 millions (482 millions en 2015) et la marge nette à 10,7% du chiffre d'affaires (11,5% en 2015). Clairement, il n'y pas encore le feu mais la situation pourrait devenir très préoccupante dans deux ans si le marché des jets d'affaires restait toujours aussi atone.

Le carnet de commandes des Falcon diminue comme neige au soleil depuis plusieurs années. Ainsi, les ventes de Falcon ont toujours été inférieures aux livraisons depuis 2008 à l'exception de 2014 (66 Falcon livrés, 90 commandés). 2016 n'a pas dérogé à la tendance : 49 Falcon livrés et 21 appareils commandés. Le carnet de commandes s'est donc beaucoup effrité passant à près de 500 fin 2008, à 63 Falcon à fin 2016 (contre 91 à fin 2015 et 121 à fin 2014). C'est un défi très ambitieux pour Dassault Aviation de rebâtir un carnet de commandes solide. Le lancement d'un nouveau Falcon, en cours de réflexion, et la mise en service du 5X en 2020, pourraient y aider.

A quand la reprise du marché des avions d'affaires

Aujourd'hui, la préoccupation de Dassault Aviation est clairement sur le civil. Mais son PDG Eric Trappier n'attend pas d'ailleurs de reprise du marché des jets avant 2018. "Le marché des jets reste bas, faible, peu dynamique", a-t-il résumé. Et l'avionneur a précisé anticiper 45 livraisons en 2017 après 49 en 2016 et 55 en 2015. Deux années déjà en deçà de ses objectifs sur fond de ralentissement économique dans les pays émergents, de guerre des prix "intense" sur le marché de l'aviation d'affaires et de "disparités concurrentielles" avec les constructeurs installés aux États-Unis. Ce qui a contribué en grande majorité à faire  baisser de 2,5 points le résultat opérationnel, a expliqué le patron de Dassault Aviation.

"Dans les avions d'occasion, toujours un marqueur pour le dynamisme de ce marché, c'est difficile (...) et il y a une forte pression sur les prix", a-t-il ajouté, précisant que cela avait une répercussion sur les prix des avions neufs.

Dassault Aviation pâtit également du retard du 5X, l'un de ses deux nouveaux jets, dont le moteur Silvercrest développé par Safran est prévu pour lui être livré en 2018 au lieu de fin 2013 en vertu d'un nouveau calendrier communiqué il y a un an. Les modifications du moteur sont en cours de développement. Le premier moteur avec toutes les corrections sera testé en 2017 par Safran au sol et en vol sur un avion en banc d'essais au préalable de la campagne d'intégration en 2018. "Safran met les watt depuis deux ans", a expliqué Eric Trappier.

Ce dernier discute également des compensations financières avec le motoriste. "Les compensations de Safran (sur le retard du Silvercrest, ndlr) n'ont pas été soldés à ce jour", a-t-il affirmé. Dassault Aviation revendique un manque à gagner en raison des annulations de ventes de 5X et de surcoûts liés au retard de la livraison du moteur. Le 5X devrait entrer en service début 2020 au lieu de 2017. "Nous travaillons (sur cet agenda, ndlr) avec Safran tous les jours", a assuré Eric Trappier. Seule belle éclaircie, la mise en service en octobre 2016 du 8X, qui a été toute de suite mature, selon le PDG de Dassault Aviation.

Spécialisation industrielle par site

Pour rester compétitif en matière de coûts, de qualité et d'avantages concurrentiels, le constructeur poursuit son plan de transformation "Piloter notre Avenir". Ainsi, tous les sites industriels du constructeur vont être spécialisés à l'image de Seclin (pièces métalliques) ou encore Argenteuil (tronçons avant de fuselage des avions militaires et des Falcon, aménagement fuselage du Rafale, assemblage revêtements équipés, tuyauteries complexes, emports). Eric Trappier a confirmé que ce plan n'entrainait "pas de fermeture de sites", ni "de plan social".

En revanche, Dassault Aviation, qui a provisionné 39 millions d'euros en 2016, a mis en place des mesures incitatives pour faire partir des "centaines de salariés" sur la base du "volontariat", a expliqué Eric Trappier, qui n'a pas souhaité donner de chiffre précis. "L'industrie doit rester en France mais il n'est pas facile de faire de l'industrie en France", a regretté le PDG de Dassault Aviation.

Rafale, un carnet de commandes bien rempli

Les activités défense de Dassault Aviation sont en forme. Ainsi, le carnet de commandes Rafale s'élève à 110 avions de combat grâce au contrat indien signé et mis en vigueur en 2016 (36 appareils). Au total, le carnet de l'avionneur s'élève en valeur à 20,3 milliards (y compris Falcon). Le constructeur s'est également vu notifier par la direction générale de l'armement (DGA) un contrat pour un marché de modernisation des Mirage 2000 D. Une rénovation "très légère", selon les termes d'Eric Trappier. Il a signé un nouveau contrat avec les gardes-côtes japonais, qui porte sur la commande d'un troisième Falcon 2000 dédié à la surveillance maritime.

Le constructeur, qui est passé à une cadence de production de deux avions par mois, a remis l'an dernier six Rafale aux forces armées françaises, ce qui porte à 148 avions de combat livrés au total sur les 180 commandés par la France. En outre, deux Rafale Marine rétrofités au standard F3 ont été remis à la Marine nationale. En valeur, Dassault Aviation a reçu 651 millions d'euros de la DGA en 2016, dont 57 millions au titre de la R&T (recherche et technologie). Soit environ 20% du chiffre d'affaires de l'avionneur. Trois autres Rafale ont été également livré à l'Égypte.

Pas de livraison de Rafale à la France en 2019 et 2020

Pour les prochaines années, Dassault Aviation doit livrer un Rafale à la France en 2017, puis trois en 2018. L'armée de l'air française, qui ne recevra aucun avion de combat en 2019 et 2020, attendra à partir de 2021 la livraison de 28 Rafale. Ce qui était prévu par l'actuelle loi de programmation militaire (LPM) en cas de contrats à l'exportation. Enfin, le constructeur attend le début des négociations pour le développement du  standard F4 du Rafale et d'une nouvelle commande (5ème tranche) pour atteindre la cible de 225 Rafale fixée par la Livre blanc de la défense. Soit 40 appareils supplémentaires.

A l'export, Dassault Aviation prévoit de livrer huit nouveaux Rafale à l'Égypte cette année. A ce titre, l'avionneur anticipe une hausse du chiffre d'affaires 2017 compte tenu des livraisons du Rafale à l'exportation. Les premières livraisons au Qatar interviendront en 2018 tandis que celles en Inde fin 2019, début 2020. Dans ce pays, Dassault Aviation a de "bonnes chances" dans l'appel d'offres pour 57 avions de combat destinés à la marine et poursuit ses discussions sur une nouvelle tranche de Rafale, cette fois construit en Inde, dans la continuité des négociations exclusives avortées au bout de trois ans en 2015. A suivre.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 10/03/2017 à 16:57 :
Les 39 millions provisionnés n'ont pas pour but de financer les mesures de "Congés de Fin de Carrière" puisque ces salariés en "CFC" sont encore inscrits à l'effectif et donc payés sur la masse salariale.
La question est donc : A quoi vont servir ces 39 millions ???
a écrit le 09/03/2017 à 13:59 :
Quel manche ? Telle est la question ;-)
a écrit le 09/03/2017 à 7:38 :
La situation serait meilleure si on finançait les retraites par une taxe sur la consommation d'énergie. Que nos économistes étudient cette possibilité. Et rapidement avant la chute finale.
Réponse de le 09/03/2017 à 8:02 :
He papy, faudrait te réveiller ! Cette taxe existe déjà. Elle s'appelle la TIPP.
Réponse de le 09/03/2017 à 12:19 :
En faite, la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE, anciennement « taxe intérieure de consommation sur les produits pétroliers » ou TIPP).
Plusieurs taxes et contributions sont appliquées sur les factures d’énergie : CTA, CSPE, TCFE, TICGN et TVA.. il me semble qu'il y en a assez.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :