Pourquoi Air France se sépare de ses Boeing 747

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Aujourd'hui, deux des trois derniers B747-400 vont retourner chez leur loueur d'avions qui en ont la propriété, tandis que le troisième, propriété d'Air France, sera vendu pour quelques millions d'euros.
Aujourd'hui, deux des trois derniers B747-400 vont retourner chez leur loueur d'avions qui en ont la propriété, tandis que le troisième, propriété d'Air France, sera vendu pour quelques millions d'euros. (Crédits : Air France)
Après 45 ans de présence dans la flotte d'Air France, le Jumbo Jet effectuera ce jeudi deux derniers vols spéciaux au-dessus de l'Hexagone. L'appareil tire sa révérence à Air France au moment où la chute du prix du baril lui redonnait une forte compétitivité. Explications.

La « der des der » pour le Boeing 747 à Air France. Après son dernier vol commercial pour la compagnie lundi entre Mexico et Paris, le Jumbo Jet va voler ce jeudi pour la dernière fois aux couleurs de la compagnie française à l'occasion de deux vols spéciaux au-dessus de l'Hexagone réservés aux passionnés de cet avion de légende. La fin d'une histoire qui a commencé en 1970 avec l'arrivée du premier des 68 B747 qu'a exploité le transporteur, et qui a été partagée par 250 millions passagers.

Lufthansa, British Airways conservent leurs 747

Aujourd'hui, deux des trois derniers B747-400 vont retourner chez leur loueur d'avions qui en ont la propriété, tandis que le troisième, propriété d'Air France, sera vendu pour quelques millions d'euros. Avec un prix du baril de pétrole qui flirte avec les 30 dollars, certains observateurs s'interrogent sur le timing de sortie de ces avions, certes âgés de près de 25 ans, qui pourraient « être rentable sur de nombreuses lignes, notamment vers les destinations soleil des Caraïbes et de l'Océan Indien», selon un pilote. D'autant que nombre de compagnies comme British Airways ou Lufthansa continuent d'exploiter le quadriréacteur américain, même si ce dernier consomme davantage que des avions plus récents. Notamment les biréacteurs comme le B777-300ER.

Le B747 devait sortir de la flotte d'Air France en 2012

Directeur de la flotte long-courrier d'Air France, Nicolas Bertrand rejette l'argument. «Nous ne calons pas notre politique de flotte sur le prix du carburant. Il y a un an, le baril dépassait les 100 dollars », rappelle-t-il. Et de préciser : «Avoir un secteur avion qui compte moins de 10 appareils est compliqué en termes de coûts, d'infrastructures et de spare (avions de réserve) ». Air France ne compte plus en effet que 3 exemplaires. Et si certains exploitants du B747 les conservent encore, tous ont des intérêts différents : certains ont des 747-8 (la dernière version du géant américain). D'autres (British Airways), installés sur des aéroports congestionnés, ont besoin d'avions de grande capacité en attendant l'arrivée des gros biréacteurs tels que l'A350-1000 et le B777X. D'autres encore qui ont des B747 en pleine propriété ne veulent pas s'en séparer au regard de la perte de valeur résiduelle de ces appareils, tandis que certains ont des actionnaires qui ne veulent pas investir dans le renouvellement de la flotte (Corsair).

C'était d'ailleurs le cas d'Air France, il y a quelques années. Le B747 quitte aujourd'hui la flotte d'Air France parce que la compagnie n'était pas en mesure de financer son remplacement plus tôt. En 2010, la décision de sortir le B747 en 2012 était prise. Mais le décalage de nombreux investissements a contraint la direction à repousser la date de sortie de quatre ans.

Par ailleurs, les B747-400 d'Air France sont anciens. L'un des deux qui volera ce jeudi a près de 25 ans et plus de 100.000 heures de vols. Ce qui suppose des entretiens coûteux (grandes visites) qu'Air France ne souhaitait pas engager mais aussi des équipements de divertissement dépassés qui ne sont plus au niveau des exigences des passagers.

Enfin, la fermeture d'un secteur avion ne se fait pas en claquant les doigts. « Cela s'anticipe », explique Nicolas Bertrand. Celle du B747 était préparée depuis longtemps ». Air France a travaillé pendant deux ans avec les sociétés de leasing pour faire en sorte que les contrats de location s'achèvent tous au même moment. Côté pilotes, un accord sur les modalités de sortie des B747 a été signé en 2015. Les pilotes voleront sur 777.

Les trois derniers B77-300 ER arrivent au printemps

Si les lignes exploitées en B747 le sont aujourd'hui en A380 ou en B777, Air France va remplacer (en nombre d'avions) les trois derniers B747 par trois B777-300 ER qui seront livrés au printemps. Ce seront les trois derniers B777-300 ER achetés par Air France, compagnie de lancement en 2004 de cet appareil qui s'est vendu comme des petits pains depuis. Air France comptera donc cet été 70 B777 dont 43 777-300ER.

Et la suite ? L'A340, au nombre de 12 aujourd'hui, sera le prochain avion à sortir de la flotte d'Air France. Le futur de la flotte long-courrier passera donc par les B787, l'A350, l'A380 et, à terme, par l'avion que choisira Air France pour remplacer les B777 (B777X, voire l'A350-1000). Pour autant, la croissance de la flotte, et notamment l'arrivée des B787, reste suspendue à un accord de productivité avec les syndicats.

Plan de croissance?

Depuis des mois, la direction propose un plan de croissance comprenant la réception des 5 premiers B787 à partir de janvier 2017 en contrepartie d'efforts du personnel. A l'occasion d'un comité central d'entreprise extraordinaire, la direction doit présenter ce vendredi un plan de croissance ambitieux selon les termes de son Pdg, Frédéric Gagey. Début octobre 2015, après l'échec des négociations, le conseil d'administration d'Air France-KLM avait annoncé le retrait de la flotte de 5 avions à partir d'avril 2016 et de 9 autres en 2017. Si le processus est irréversible pour cette année, il serait annulé pour 2017 en cas d'accord. Les 2.000 suppressions de postes également selon des syndicats.

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Commentaires
a écrit le 18/01/2016 à 19:05 :
Exposé clair et raisons compréhensibles. Quand on n'a plus que 3 (très) vieux B747 alors qu'on a 70 B777 en service, ça parait logique de programmer la sortie des B747.
Le syndicalisme et la politique n'ont rien à voir là dedans.
a écrit le 18/01/2016 à 9:10 :
@ jul. Commentaire complètement inutile on avait pas besoin de votre savoir. On avait compris tout seul. Vos collègues ne doivent pas rire avec vous ce doit être un calvaire pour eux. On a une pensée amicale envers eux.
a écrit le 15/01/2016 à 16:59 :
On se sépare d’avions et on ne soutient pas l’industrie comme nos voisins ? Les Etats-Généraux ont-ils produit des effets notables ? Si nous allons sur le site Banque Mondiale, on trouve que la valeur ajoutée au PIB en 2014, voire 2013 est de : Allemagne 30,3 Japon 26,2 RU 21 Italie 23,5 Grèce 15,2 Brésil 23,4 Espagne 22,4 Australie 27,1 Belgique 22,1 USA 20,5 France 19,4. La France grande nation industrielle, n’est-ce pas une farce quand on disait que l’Angleterre n’a pas d’industrie ? N’avons-nous pas un souci avec la notion de développement économique ? On publie aussi que : «c’est d’abord dans la zone euro que la France décroche –les parts de marché françaises dans le total des exportations intra-européennes sont passées de 13% en 2000 à 9% en 2010». La France aurait un souci de parts de marché dans la zone, donc relativement à la monnaie… On trouve que le coût du travail serait supérieur à notre voisin outre-Rhin pour une valeur ajoutée plus faible… L’Etat français est-il contre l’industrie alors qu’on dit qu’elle a effet d’entrainement sur l’emploi ? http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NV.IND.TOTL.ZS
Réponse de le 16/01/2016 à 13:04 :
Tout a fait d'accord avec vous, la France est dirigée par des technocrates coupés du monde et imbus de leur petite personne, pour certains même d'une mauvaise foi et d'une malhonnêteté sans bornes puisqu'ils vivent dans l’impunité la plus totale, bien qu'ils dilapident a tout va, tout en s'enrichissant personnellement. J'ai fait toutes mes études supérieures et une partie de ma carrière en France, mais depuis 5 ans je travaille a l’étranger pour des sociétés étrangères sans jamais avoir pu revenir en France: lorsqu'on a un profil atypique et que l'on a travaillé a l’étranger, on n'entre plus dans le "moule" de ces bien-pensants qui dirigent ce pays. Dommage & tant pis.
a écrit le 15/01/2016 à 16:42 :
Dommage, c'était un excellent avion et surtout très fiable qui doit avoir le plus faible taux d'accidents rapporté à la distance parcourue.
a écrit le 14/01/2016 à 10:53 :
Les journalistes relaient les dires de la direction en affirmant que depuis octobre, cette dernière propose un plan de croissance... Mais ce que cette dernière ne précise pas, c'est que cette "croissance" est quasi exclusivement portée par des partages de code avec d'autres compagnies et à de la sous-traitance. Ce qui se traduit par moins d'avions et donc de personnels Air France pour plus de destinations effectivement. Libre à vous de vous faire votre propre opinion.
Réponse de le 14/01/2016 à 16:21 :
Le gouvernement ne protege pas la France. Virer les cies lowcoast gb devrait etre fait sans menagement.
Réponse de le 14/01/2016 à 19:11 :
Une compagnie lowcoast est-elle une compagnie proche des côtes? Jusqu'à présent, je pensais que c'était des compagnies Low-cost...
Réponse de le 06/04/2016 à 15:08 :
hihi !
a écrit le 14/01/2016 à 7:30 :
Quelle folie de voir les syndicats imposer leur choix à la direction

Lénine serait heureux de voir que ces idees sont toujours la

Mais pour combien de temps ???
Réponse de le 14/01/2016 à 15:57 :
C'est ce qu'il appelait la dictature du peuple.Nous y sommes en plein
Réponse de le 15/01/2016 à 5:07 :
Et oui, quelles idées que de vouloir que les français puissent parler.
Tu as raison Polo, il faut les faire taire !

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