Pourquoi Safran envisage de vendre ses activités de sécurité

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Safran va-t-il rester dans la sécurité? Pas sûr. En tout cas, l'équipementier, qui souhaite se recentrer sur l'aéronautique et la défense, se pose fortement la question
Safran va-t-il rester dans la sécurité? Pas sûr. En tout cas, l'équipementier, qui souhaite se recentrer sur l'aéronautique et la défense, se pose fortement la question (Crédits : © Gonzalo Fuentes / Reuters)
Le directeur général de Safran Philippe Petitcolin a lancé une étude afin d'examiner les options possibles (vente, adossement ou développement) pour le futur des activités de sécurité de son groupe.

Safran va-t-il rester dans la sécurité? Pas sûr. En tout cas, l'équipementier, qui souhaite se recentrer sur l'aéronautique et la défense, se pose fortement la question. Il a d'ailleurs lancé une étude pour examiner toutes les options possibles sur le futur de ses activités sécurité, regroupées dans la filiale Morpho, leader mondial de l'identification biométrique, des documents officiels, des cartes à puces et de l'identification automatisée par les empreintes, l'iris et le visage. Elle emploie 8.600 salariés pour un chiffre d'affaires de 1,9 milliard d'euros à fin 2015. Soit 10% des ventes du groupe. La décision sera prise avant la fin de l'année, a indiqué à Londres à des journalistes français le directeur général de Safran, Philippe Petitcolin.

"Nous nous posons la question et nous regardons toutes les options qui se présentent en ouvrant le spectre le plus large possible. C'est pourquoi nous lançons une étude sur le futur des activités identité et sécurité", a expliqué le patron opérationnel de Safran.

Trois options se présentent en fait à Safran. Le groupe va-t-il continuer à se développer sur ces segments de marché (identité et sécurité) et donc investir, via des acquisitions. Ou bien Safran va-t-il vendre ou encore s'allier avec un autre groupe. "La palette est totalement ouverte", a précisé Philippe Petitcolin, qui s'était interrogé sur les activités de sécurité dès son arrivée à la tête de Safran.

Pour autant, la tendance serait de vendre cette activité dans lequel Safran a beaucoup investi ces dernières années, via des acquisitions d'un montant d'environ 2 milliards d'euros en rachetant plusieurs activités : cartes à puces, pièces d'identité, détection. Car selon lui, "les métiers et même les technologies sont loin d'être aussi proches qu'on ne pouvait l'imaginer au départ avec les autres activités du groupe". A suivre.

Trop de différences entre la sécurité et l'aéronautique/défense?

Pourquoi Safran ne sent plus aussi bien dans la sécurité? "Les marchés sont très différents" entre la sécurité d'une part, et d'autre par l'aéronautique et la défense, estime Philippe Petitcolin. "Nous estimions à l'époque que nos activités avaient un ADN à peu près équivalent dans l'aéronautique et la sécurité. C'est faux pour moi. Les ADN sont très différents", explique-t-il. Pour plusieurs raisons. Ainsi, il estime que dans ces métiers, il y a "toutes les semaines de nouveaux entrants, qui arrivent dans le domaine de la sécurité. Des entreprises se créent et développent soit une technologie, soit un produit, soit des algorithmes qu'elles espèrent vendre". Ce qui augmente les risques pour une société comme Safran.

En outre, souligne-t-il, "les cycles des produits sont également très, très différents de ce qu'on trouve dans l'aéronautique. Les produits à base de logiciel vivent deux ans et, après les entreprises sont obligées de lancer une nouvelle version alors que dans l'aéronautique, les cycles sont plus longs". Enfin, Philippe Petitcolin fait observer que "les compétences sont différentes" entre ces métiers. "C'est ce qui aujourd'hui me fait vraiment réfléchir, assure-t-il. Je ne suis pas arrivé jusqu'à maintenant à créer des tremplins pour faire passer nos talents de la sécurité vers l'aéronautique et défense et vice-versa. Je n'y arrive pas".

Un premier pas vers un désengagement

Ce qui est sûr, c'est que Safran a déjà lancé la vente des activités de détection. "Nous sommes actuellement en train de discuter avec des acquéreurs potentiels, assure le patron opérationnel de Safran. Il y a plusieurs marques d'intérêt d'industriels. Ce ne sont pas des financiers". Il n'est pas encore au stade de l'exclusivité. La filiale détection, Morpho Detection (MDI), a été rachetée à General Electric (GE) en 2009. Elle est spécialisée dans la sécurité aéroportuaire (contrôle des bagages en soute). "Nous n'avons pu trouver aucune véritable synergie avec le reste de la sécurité, c'est pourquoi nous avons décidé de mettre cette activité en vente", justifie Philippe Petitcolin.

"Comme MDI est un acteur de niches, s'est posée à un moment la question de savoir si cette activité était entre de bonnes mains ou valait-il mieux la vendre à une autre entreprise. Nous sommes arrivés à la deuxième conclusion".

Pour Safran, la vente de MDI est la conséquence d'un constat d'échec. Au départ le groupe pensait pouvoir "créer ce qu'on appelle l'aéroport du futur". Dans sa réflexion initiale, Safran avait estimé qu'entre ses activités d'identité, de détection et de sécurité, il pouvait proposer "un ensemble très homogène de solutions". Mais malheureusement cela n'a pas été le cas. Car avec seulement deux produits (tomographe et des systèmes de recherche de traces d'explosif), Safran, présent uniquement dans le domaine aéroportuaire, est resté un acteur de niches. "Nous sommes très, très cantonnés", a reconnu Philippe Petitcolin.

"Il y a des interlocuteurs différents qui ne se sont pas alignés sur les mêmes objectifs. La police aux frontières, les douanes, le gestionnaire de l'aéroport et les compagnies aériennes ont chacun des objectifs propres. Nous ne sommes pas arrivés à mettre en œuvre ce potentiel autour d'une combinaison de différentes technologies pour fluidifier les aéroports".

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Commentaires
a écrit le 16/03/2016 à 10:59 :
La même connerie qu'avec la CGE, c'est devenue Alstom trop petit pas assez diversifié.

GE, Toshiba, Siemens des holdings au profil équilibré dévorent notre industrie bouffée par les managers énarques et polytechniciens incompétents
a écrit le 16/03/2016 à 9:43 :
La biométrie ridiculisée par une enquête de Cash Investigation : http://www.faceaurisque.com/index.php/Accueil/Actualites/Echos/Faut-il-croire-en-la-securite-des-aeroports?pk_campaign=inews_19102015
a écrit le 15/03/2016 à 18:19 :
l'industrie de défense est une industrie de long terme , l'option de vente des activités de sécurité n'est pas incohérente avec cette vision
a écrit le 15/03/2016 à 13:47 :
L'américain GE, malgré ses multiples transactions, est en situation de faillite avancée. La société fera demain une conférence pour expliquer encore et encore son plan stratégique de moins en moins clair, en présence du directeur de la section santé, précise-t-on. Tout cela suppose de nouvelles annonces. Pour le moment l'objectif des dirigeants est de faire passer les résultats annuels comme corrects et de restaurer la confiance par les annonces d'un futur meilleur. L'une des options revient à vendre la joint venture avec Safran pour continuer à assainir les comptes, (contrepartie probable à la vente Alstom qui a sauvé le groupe américain) puis de s'allier en fusion ou achat avec un autre géant : United technologies, qui s'est déjà préparé pour l'événement. Les deux reprendraient ensuite Rolls-Royce qui est à vendre, donnant une lecture parfaite de l'orientation principale de l'entreprise. Pour safran il s'agit donc de se préparer à cet investissement qui non seulement propulsera son chiffre d'affaire mais demandera pour tout le reste du groupe des résultats proportionnels pour les années suivantes, d'autant que le groupe peut réclamer des compensations aux mouvements en cours, pour peut qu'il puisse les recevoir financièrement. Il est urgent pour lui de donner à son important flottant d'actionnaires la vision d'une gestion efficace, à l'écoute des clients et surtout rentable ... car il risque de lui demander quelques efforts d'augmentation de capital. C'est la bonne démarche.
Réponse de le 15/03/2016 à 23:42 :
GE sauvé par Alstom ? GE proche de la faillite ? GE qui vend ses réacteurs à Safran ? Faut arrêter les substances illicites, Corso.
Réponse de le 02/04/2016 à 18:45 :
Lorsqu'une société américaine ne fait plus de retour sur investissement sur plus de 10 ans, @Olivier, elle ne tarde pas à faire rapidement faillite car désertée par ses actionnaires qui vont voir ailleurs. La qualité ancienne de GE (et ses bons dividendes) fait que cet arbitrage peut être temporisé mais il a bien et depuis longtemps largement dépassé les bornes. Alors, oui GE est en situation de faillite, ce qui justifie l'obligation présente de restructurer à la hache. Pour la partie dite industrielle la compagnie se livre depuis longtemps à un ballet d'achats et d'échanges de telle sorte qu'elle se trouve en perpétuel mouvement et différente chaque année. Il est donc fort probable que pour acheter par exemple Rolls-Royce ou fusionner avec un autre groupe, GE soit contrait de vendre la partie de la Joint Venture qu'il détient avec Safran dans les moteurs(et non réacteurs). .Par ailleurs en acceptant cette vente aux multiples conditions secondaires, Safran a donné à GE une crédibilité actuelle dans sa capacité de retournement industriel -qui est la cible désormais unique- mais aussi dans une opération relutive pour ce dernier, et donc l'on peut dire que la manoeuvre tire GE d'un très mauvais pas. Désolé de vous surprendre sur un dossier que nous ne connaissez peut être que de façon superficielle. Nous verrons d'avantage de développements pour GE en cours d'année.
a écrit le 15/03/2016 à 11:06 :
Merci de me dire pourquoi mes commentaires ne sont plus validés par la modération ou les quelques uns qui passent collés par des gros trolls à la con. Vous avez mon mail en attendant je ne commente plus par contre je répéterais sans cesse ce message tant que je n'aurais pas de réponses, merci.

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