Pourquoi Safran mise sur le Mexique

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Le directeur général de Safran Philippe Petitcolin installe une nouvelle usine à Querétaro au Mexique
Le directeur général de Safran Philippe Petitcolin installe une nouvelle usine à Querétaro au Mexique (Crédits : Charles Platiau / Reuters)
Safran lance la construction d'une onzième usine au Mexique. En 10 ans le groupe aéronautique et de défense a investi plus d'un milliard d'euros dans le pays.

Au Mexique, Safran est maintenant un peu chez lui. Le groupe aéronautique a inauguré ce jeudi sa dixième usine à Querétaro et en a profité pour annoncer la construction d'une onzième dans cette ville située au nord de Mexico, devenue l'un des berceaux de l'industrie aéronautique mexicaine. Cette décision "illustre l'importance du Mexique dans la stratégie de développement international de Safran", a estimé le directeur général de Safran, Philippe Petitcolin.

A l'origine de la première implantation de Safran au Mexique en 1996, Philippe Petitcolin, a précisé que cette troisième usine à Querétaro, lancée en partenariat avec le fabricant de textile Albany, sera mise en service dès la fin de 2017. Elle produira des pièces en matériau composite pour le successeur du moteur CFM56, le Leap et emploiera à terme près de 500 emplois. L'investissement s'élève à 74 millions de dollars pour les deux partenaires.

Au cours des dix dernières années, la croissance moyenne au Mexique du groupe aéronautique tricolore, qui s'est implanté en 1996 à Chihuahua avec une production de câblage aéronautique, s'élève à 20% par an en termes de chiffre d'affaires et d'employés (6.000 au total). Safran revendique être le premier employeur et le premier investisseur (plus d'un milliard d'euros en 10 ans) de l'industrie aéronautique mexicaine. Depuis 2007, il a inauguré ou agrandi douze sites.

Pourquoi au Mexique?

Cette force de frappe industrielle au Mexique n'est pas le fait du hasard. Principal atout du pays, le coût horaire de ses ouvriers qui est de l'ordre de près de 5 dollars l'heure charges comprises. Philippe Petitcolin ne s'en cache d'ailleurs pas. Pourquoi une nouvelle usine à Querétaro? "Un des intérêts de cette opération, c'est de réduire le coût moyen de production des aubes de l'ordre de 20% à 30% sur la part de la main d'œuvre", a-t-il expliqué.

Safran profite également d'une "excellente main d'œuvre jeune et qualifiée", notamment formée par l'université UNAQ de Querétaro qui est adaptée au marché aéronautique. Ces jeunes diplômés sont très motivés, note le président de Snecma, Olivier Andriès. "Nous embauchons des jeunes très volontaires et très créatifs dans l'amélioration des coûts dans leur travail", précise-t-il. Environ 100.000 ingénieurs mexicains arrivent chaque année sur le marché du travail.

Enfin, il y a bien sûr la proximité avec le marché nord-américain et des clients comme Boeing et Bombardier ainsi que le marché latino-américain comme Embraer ou la compagnie aérienne Lan.

Pourquoi Querétaro?

Le choix de Querétaro n'est pas non plus le fruit du hasard, Safran disposant déjà de deux sites performants dans la ville : Snecma Mexico qui fabrique des pièces critiques de moteurs pour le CFM56 principalement et Messier-Dowty, qui usine des pièces pour les trains d'atterrissage des avions Airbus et Boeing. "J'ai été conquis par Querétaro", a expliqué Philippe Petitcolin. La ville mexicaine a gagné une double compétition, d'abord au niveau mondial (des pays comme l'Inde ou la Malaisie notamment intéressés Safran) puis au niveau local face à Chihuahua.

Au final, Querétaro a offert les meilleures conditions d'installation au groupe français, qui a dû accélérer son investissement compte tenu des 10.000 commandes du moteur Leap engrangées dans son carnet et de la montée en cadence exigée par Boeing pour le 737 MAX (57,7 avions par mois en 2019). Sur trois moteurs CFM56 et bientôt Leap fabriqués par Safran, deux sont destinés à Boeing et un seul à Airbus. La montée en cadence des moteurs Leap sera d'ailleurs principalement absorbée par les pays low-cost pour réduire les coûts.

La montée en cadence du Leap

Après de longues discussions approfondies notamment avec Airbus (60 A320 neo en 2019), Safran a donc pris à la fin de l'été dernier la décision de construire une troisième usine de production d'aubes de soufflantes en matériau composite tissé 3D pour le Leap au Mexique. Elle sera basée sur le modèle des deux précédentes usines installées à Rochester (New Hampshire aux Etats-Unis qui a été inaugurée en mars 2014) et de Commercy (Meuse, inaugurée en novembre 2014). En outre, selon Safran, l'implantation de cette nouvelle usine à Querétaro favorisera "un fonctionnement plus efficace de la chaîne logistique globale".

Les pièces produites sur ce nouveau site seront destinées au marché américain, notamment pour le 737 MAX de Boeing que le Leap motorise en simple source, alors que la production de l'usine de Commercy est plus particulièrement destinée aux moteurs d'Airbus, essentiellement en Europe. "Le nouveau site bénéficiera également de la proximité de Snecma Mexico et du site industriel d'Albany à Cuautitlan (Etat de Mexico)", explique Safran.

Les volumes de production augmenteront très fortement dès 2018 pour atteindre en 2021 une production annuelle de plus de 20.000 aubes. Un défi industriel de taille que souligne Philippe Petitcolin, avec l'objectif est de livrer une centaine de moteurs en 2016, 500 en 2017, 1.200 en 2018, et 1.800 en 2019 et 2.000 en 2020, dont des moteurs Leap destinés au C919 du chinois Comac.

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Commentaires
a écrit le 13/02/2016 à 13:43 :
Si le rapprochement de GE avec United Technologie puis la reprise de Rolls-Royce se font, la JV avec Safran sera abandonnée et visiblement les usines (et coûts des retraites) américaines seront conservées par l'américain. Safran a donc besoin de reconstruire sa présence sur le continent, proche des USA. Ce serait une très bonne nouvelle pour l'industrie française qui conforterait son rang de super géant mondial dans le secteur.
a écrit le 13/02/2016 à 7:24 :
C'est la force de l'industrie aéronautique européenne : savoir s'implanter dans le monde sans faire de délocalisations. Preuve que les acteurs économique son conscient que le dumping social par les délocalisations a toujours eu des effets contre-productifs.
Réponse de le 14/02/2016 à 17:07 :
ben 6000 emplois créés en dehors de la France au Mexique... c'est pas une délocalisation ?!?
c'est 6000 français qui ne trouveront pas de travail chez Safran !

c'est ça la vérité !

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