Préférence européenne : le nouveau plaidoyer du patron d'Airbus Safran Launchers

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Ariane 6 arrive sur le marché commercial en 2017
Ariane 6 arrive sur le marché commercial en 2017 (Crédits : ESA)
Le président exécutif d'Airbus Safran Launchers Alain Charmeau a plaidé pour une préférence européenne en matière de services de lancement. Il a également appelé l'Europe à développer les besoins institutionnels dans le domaine spatial.

Europe, où es-tu ?, semble dire Alain Charmeau. Alors qu'Arianespace lance cette année la commercialisation du futur lanceur européen Ariane 6, le président exécutif d'Airbus Safran Launchers (ASL) est une nouvelle fois revenu à la charge lors de la présentation de ses vœux à la presse en plaidant pour une préférence européenne en matière de services de lancement. Une préférence que les autres puissances spatiales appliquent très scrupuleusement, fait-il valoir.

"Les lancements institutionnels européens ne sont pas destinés aux seuls lanceurs européens puisqu'ils sont ouverts quasiment tout le temps à la compétition. C'est donc une dissymétrie sur les marchés qui est très importante", a regretté Alain Charmeau. "Je ne demande même pas d'exclusivité, que tous les autres pays donnent à leurs industriels. Je demande d'avoir une commande qui nous permette d'avoir une visibilité pour des lancements entre 2021 et 2025", a-t-il précisé.

Sept satellites institutionnels européens par an à lancer

Que veulent les industriels européens ? Que l'Europe - Union européenne (UE), Agence spatiale européenne (ESA), Eumetsat (Organisation européenne pour l'exploitation des satellites météorologiques) et les pays membres - s'engage à faire lancer au moins cinq satellites par Ariane 6 et deux autres par Vega par an. Cela pourrait se faire dans le cadre d'une commande pluriannuelle où chacun des pays ou des organisations pourraient avoir des droits de tirage.

C'est "un enjeu majeur pour garantir la pérennité d'un accès autonome à l'espace pour l'Europe et de la compétitivité de la filière spatiale", a estimé le président exécutif d'ASL. Notamment avec l'arrivée cette année sur le marché commercial d'Ariane 6, dont le premier vol est prévu en 2020. En 2013, il faut se souvenir que le ministère de la Défense allemand avait confié, avec la complicité des constructeurs de satellites Airbus et OHB, le lancement de trois satellites identiques d'observation gouvernementaux au lanceur américain Falcon 9 de SpaceX.

Développer les besoins institutionnels

Alain Charmeau a également plaidé pour que l'Europe développe "absolument" des "lancements pour des besoins institutionnels". Il a souhaité que "l'Europe s'aligne sur les autres pays du monde en ce qui concerne l'utilisation de lanceurs européens pour les besoins européens". Selon ASL, les trois-quarts (65) des 86 lancements de satellites opérés dans le monde en 2016 étaient des lancements institutionnels, donc réservés à des lanceurs nationaux: 65% aux États-Unis (sur 22 lancements en 2016), 100% en Chine (22), 76% en Russie (18) et 85% dans les autres puissances spatiale (13), principalement en Inde (7) et au Japon (4).

"L'Europe dans ce panorama détonne de façon significative puisque seulement un quart des lancements réalisés par des lanceurs européens sont pour des lancements institutionnels", a relevé le patron d'ASL.

La filière européenne reste pourtant leader sur le marché commercial avec 38% des tirs réalisés en 2016 (sur 21 lancements ouverts au total). "Nous nous battons avec Arianespace, avec l'ensemble des acteurs industriels européens, sur un marché qui ne représente qu'un quart du marché total des lancements. Et sur ce marché (de) 21 lancements en 2016, Arianespace a encore été le leader", a fait observer Alain Charmeau. Un leadership gagné grâce à la fiabilité et à la disponibilité d'Ariane 5 qui a réalisé son 76e succès d'affilée l'année dernière avec un vol réussi en décembre. Ainsi, le lanceur lourd européen a dépassé le précédent record de 74 consécutifs établi par Ariane 4.

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Commentaires
a écrit le 24/01/2017 à 12:04 :
Il faut faire du Trump, Europe d'abord et vive la galère.
a écrit le 24/01/2017 à 10:46 :
Il a bien raison cet homme. L'Europe est très naïve et un European Buy Act serait la meilleure des choses pour ce genre de projet. Il n'y a pas que les USA qui sont protectionnistes; le Canada est aussi assez gratiné dans ce domaine et ses habitants se permettent de donner aussi des leçons de libéralisme et de libre concurrence, alors qu'il est impossible pour nous de répondre à un AO public sans avoir une société canadienne.
a écrit le 24/01/2017 à 10:45 :
Ce plaidoyer montre, après la décision de Brexit, l'affaiblissement de l'influence de la Grande Bretagne, soutien inconditionnel, depuis Thatcher, de l'ouverture aux USA contre toute tentative Franco Allemande de développer des activités concurrentes dans les domaines de la défense, de la sécurité et de l'espace.
Les decisions de Trump vont conforter cette orientation.
a écrit le 24/01/2017 à 9:15 :
L'Europe est fréquemment appelée mais hélas elle n'a plus de batterie à ses prothèses auditives.
a écrit le 24/01/2017 à 7:01 :
En d'autre terme, donner moi un chèque en blanc pour les 20 prochaine annees...... Personnellement je crois que la concurance entre les entreprises permet de maintenir les prix à plus prêt de la realitee.... Maintenant il souhaite gagnier plus d'argents, qu'ils envisagent des systeme permettant de diminuer le prix du Kg en orbite basse.... L'Europe dois à nouveau montré sa capacité à innover, tous comme le concorde avion supersonique non rivalise 30 apres sa conception....
Réponse de le 24/01/2017 à 7:46 :
Je comprends votre point de vue. Le soucis c'est que dans le spatial les volumes sont tellement faibles qu'il est impératif de s'assurer une visibilité sur le long terme (quand on a 8000 personnes à nourrir il vaut mieux savoir où l'on va...). De plus un volume de commande plus important permet (theoriquement) de faire baisser les coûts de lancement par economie d'échelle.
Cdt
Réponse de le 24/01/2017 à 10:07 :
Bonjour,
ce n'est pas ce qui est écrit.
Arianespace montre déjà que ce sont les meilleurs (cf leur position de leader sur le marché).
Seulement, les autres états ne jouent pas le jeu alors que l'Europe le fait... Pourquoi sommes-nous encore les dindons de la farce, nous européens, à faire jouer la concurrence alors que les USA, la Chine & consorts ne le font pas...
Et bien il demande aux institutions européens d'arrêter d'être naïf.
Réponse de le 24/01/2017 à 11:14 :
Oui, c'est vrai, il faut faire jouer la concurrence. Mais il a tout de même raison quand il demande un minimum de commandes à l'Europe. C'est comme ça que se construisent les champions industriels mondiaux : il y a toujours des commandes des gouvernements à la base.

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