La Tribune

France : le prix de certains paquets de cigarettes en baisse

(Crédits : © 2009 AFP)
latribune.fr  |   -  650  mots
Profitant d'une récente décision de la Cour de justice européenne, certaines marques baissent le prix de leur paquet de 20 à 25 centimes en France. La ministre de la santé, Roselyne Bachelot, rappelant dimanche les impacts du tabac sur la santé publique, s'est déclarée "absolument scandalisée" et entend bien répondre à cette baisse des prix par une hausse des taxes sur le tabac à la rentrée.

D'après un arrêté au Journal Officiel, le prix de quelques paquets de cigarettes va baisser à partir de ce lundi. Certains paquets de Rothmans et de Lucky Strike, marques du groupe British American Tobacco (BAT), seront désormais vendus 5,30 euros au lieu de 5,50 euros. La baisse concerne également le prix des paquets de tabac à rouler Drum, marque du groupe britannique Imperial Tobacco, il passe de 7 à 6,65 euros. Les prix du tabac avaient augmenté en novembre dernier de 6%.

Interrogée dimanche sur RTL, Roselyne Bachelot s'est déclarée "absolument scandalisée" et a dénoncé une "initiative délibérée des industriels du tabac pour attirer de nouveaux fumeurs, tout spécialement des jeunes et des femmes", avant de rappeler que plus de 60.000 personnes décèdent chaque année de maladies liées au tabac. Cette baisse des prix résulte selon elle "d'un certain nombre de décisions prises en matière de droit communautaire".

Il faut rappeler qu'en ce qui concerne la fixation des prix, c'est la loi de la concurrence qui doit primer. Ce principe a du mal à être respecté par la France, condamnée par le Cour de justice européenne, le 4 mars dernier, pour avoir imposé des prix minimums sur les paquets de cigarette et le tabac à rouler. La baisse des prix qui survient ce lundi est donc tout à fait légale.

En réaction, la ministre entend augmenter les taxes afin de maintenir un "prix dissuasif" et d'éviter que sa politique de santé publique ne soit "battue en brèche par cette initiative des industriels". Cette augmentation doit s'opérer via la loi finance initiale ou la loi de finance de sécurité sociale, qui doivent être présentée à la rentré par le gouvernement. La proposition aura notamment le soutien du député Yves Bur, qui fait part ce lundi de sa vive indignation et critique le "cynisme" des fabricants de cigarette.

La réponse de l'industrie du tabac et des buralistes

En réponse, Yves Trévilly, porte parole du groupe BAT, a jugé la réaction de la ministre "un peu surjouée", étant donné que la demande pour la baisse des prix des Lucky Strike a été déposée il y a plusieurs mois. Il a ainsi rappelé que la liste des prix du tabac est publiée par le ministre du Budget tous les quatre mois : "les fabricants doivent proposer les prix auxquels ils veulent vendre leurs cigarettes et c'est étudié par l'administration des douanes, transmis au ministère du Budget. Le ministre du Budget signe l'arrêté et c'est publié au JO".

Pour le porte-parole de British American Tobacco, c'est une réponse à la baisse "ces deux dernières années" du prix de cigarettes produites par leurs concurrents (cigarettes Winston du groupe Japan Tobacco International et Chesterfiels du groupe Philip Morris). La baisse des prix français traduit aussi la volonté, par BAT, de réduire la différence de prix entre l'Espagne (3,85 euros pour un paquet de Lucky Strike) et la France (5,30 euros)

De son côté, Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes, parle de cette baisse comme d'une "stratégie idéale" pour mettre en colère la ministre de la Santé. Il rappelle par ailleurs que l'augmentation en 2003/2004 des taxes sur le tabac avait entrainé la hausse des achats à l'étranger et "la disparition de milliers de bureaux de tabac".

Un essoufflement des politiques anti-tabac 

L'Observatoire français des drogues et des toxicomanies rapporte un certain essoufflement des effets des politiques anti-tabac en 2009. Il fait état d'une baisse générale des traitements d'aide à l'arrêt du tabac, ainsi que d'un retour à la hausse des ventes de cigarettes.

Pour redonner du souffle à sa politique, le gouvernement va s'appuyer sur un arrêt imposant dans maximum un an, l'apposition d'une "image choc" sur chaque paquet vendu.

Réagir