La Tribune

L'intransigeance d'Ikea menace 122 emplois en France

Copyright Reuters
Copyright Reuters
Geneviève Hermann (à Lille)  |   -  521  mots
Le fournisseur du géant de l'ameublement, Green Sofa Dunkerque, vient de déclarer se déclarer en cessation de paiement.

L'usine de fabrication de canapés Green Sofa Dunkerque (GSD) n'arrive pas à mener à bien la fin de son histoire avec Ikea, son client unique depuis le début des années 2000. Mercredi 14 mars, son PDG Jean-Charles Parisot, cousin de la présidente du Medef Laurence Parisot, a déclaré son entreprise en cessation de paiement au tribunal de Lille, qui prendra position mardi prochain.« Quand j'ai racheté l'entreprise au groupe Parisot en septembre 2010, l'entreprise était saine et j'avais la trésorerie pour la faire vivre le temps de sa reconversion vers d'autres clients. Mais nos prix de revient ont grimpé sans que nous puissions répercuter cette hausse à Ikea. Son inflexibilité nous met à mort alors que l'usine tourne à plein ».

Jean-Charles Parisot ne mâche pas ses mots. Pour lui, l'enseigne suédoise est seule responsable de la mise en péril des 122 emplois de Green Sofa Dunkerque. De 23 millions d'euros en 2008, le chiffre d'affaire de la PME est passé à 10 millions d'euros en 2011. Sur la même période, les marges chutaient de 17 % à 4 %, principalement suite à la hausse du coût des matières premières, selon le PDG.

Contrat dégressif jusqu'à fin 2012

Dunkerque avait bien obtenu d'Ikea un contrat dégressif à courir jusqu'à décembre 2012. De quoi se retourner normalement. Mais c'était sans compter avec cette augmentation du prix de revient qu'Ikea refuse de prendre en compte. L'enseigne a juste accepté de prendre en charge la hausse des prix du cuir et de l'emballage. « Mais c'est lui qui nous impose notre fournisseur de cuir et qui a modifié les conditions d'emballage », précise Jean-Charles Parisot.

Fin 2011, soutenu par le ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, Jean-Claude Parisot lançait une action juridique contre son client lui demandant le versement de dommages et intérêts. En janvier 2012, le tribunal de commerce de Lille déboutait la PME dunkerquoise, qui a depuis fait appel. Dans un communiqué, la direction d'Ikea rappelle avoir « versé 1,385 million d'euros en 2009 et 2010 au Groupe Parisot pour aider Green Sofa Dunkerque». Pour Jean-Charles Parisot, 800.000 euros étaient dus car il y avait rupture de contrat avec Green Sofa Roumanie, une autre de ses usines reconvertie depuis avec succès dans la fabrication de canapés low-cost. Et les 580.000 euros restant ne seraient qu'une compensation de la baisse brutale d'activité imposée par Ikea à l'usine de Dunkerque.

Fournisseur stratégique

Chacun campe sur ses positions. Jusqu'en 2000, l'usine fabriquait la totalité des fameux canapés Ektorp vendus en France. Considéré comme fournisseur stratégique, elle participait à la conception des produits et les livrait directement aux magasins en fonction de leurs besoins. Aujourd'hui, les ateliers dunkerquois fabriquent sur plans d'Ikea et ce sont les camions de l'enseigne qui viennent chercher la marchandise.

Le site de Dunkerque est devenu un simple sous-traitant. Au grand dam des syndicats qui s'étonnent de la reconversion réussie de l'usine roumaine. D'après eux, elle a vu son chiffre d'affaires progresser depuis 2010 de 11 millions à 18 millions d'euros. Alors que Dunkerque reste soumis à la loi d'un client unique même s'il tente aujourd'hui de diversifier son activité vers davantage de valeur ajoutée.
 

Réagir

Commentaires

caste  a écrit le 19/03/2012 à 10:52 :

On en parle parceque "Parisot". C'est un non-evenement.

Toto  a écrit le 19/03/2012 à 9:41 :

Alors là je dis good game. Mono client et ne comprend pas qu'il se fasse pressuré...La hausse des coûts non répercutés n'explique pas la chute du CA de 5°% en 3ans. Bref cette affaire est la blague du jour. On en veut encore!

JB38  a écrit le 18/03/2012 à 23:09 :

Il a du échouer au certificat d'études ce Parisot , où alors il a été mis là à dessein pour couler la boîte. Travailler pour un seul client, et de la taille d'Ikéa en plus est suicidaire.
Ikéa pouvait le "travailler au corps" en permanence sans qu'il ne puisse rien faire. Le conte de fée est terminé, faute d'avoir anticipé, le patron boit la tasse, les salariés trinquent. Cas courant du patron, né avec dans la bouche, une cuillère en argent.

Pascal C  a écrit le 18/03/2012 à 7:15 :

Le vrai "fautif" dans cette affaire (où le fournisseur a les mains liées contractuellement avec son client, qui lui impose des conditions démentes) serait plutôt le client final, qui veut toujours plus en payant toujours moins. D'où le succès d'Ikea et GMS similaires.
D'autre part, dans ce beau pays de France, on a du mal à penser les marges en termes de montants au lieu de les penser en termes de pourcentages. Avec l'effet d'échelle, une augmentation de MP doit se répercuter en montant uniquement. Ici, le fabricant dunkerquois ne peut même pas répercuter les montants, car il est plafonné par son client, l'affaire est donc très probablement au bout de l'impasse. Triste.

Log  a écrit le 18/03/2012 à 4:50 :

Pas beaucoup d idee ce chef d entreprise!!
Vends tes produits en direct, tu auras des centaines de clients...

Pascal C  a répondu le 18/03/2012 à 7:05:

Il est probable qu'Ikea lui interdise...

mic13016  a écrit le 17/03/2012 à 17:10 :

1ère règle de l'industrie ou du commerce : NE JAMAIS DEPENDRE D'UN SEUL ET UNIQUE CLIENT !!!
Ensuite, pourquoi Ikea renégocierait-il le contrat (forfait) signé pour un simple sous-traitant ? Parce que son PDG fait partie de la famille du patron du MEDEF, syndicat franco-français ?!?
De plus, Ikea ayant investit dans la mise à niveau d'une usine, de ce même sous-traitant, en Pologne, ne va surement pas aller "au secours" d'une usine obsolète dans un pays ou les coûts du travail et risques syndicaux (CGT, FO, Sud, etc.) sont beaucoup plus élevés !!!
Il ne faut pas rêver !
La rentabilité ne s'embarrasse pas de ce genre d'arguments !
Mr Parisot, allez prendre des cours d'économie et de management !

Pascal C  a répondu le 18/03/2012 à 7:06:

Il est probable qu'Ikea l'y oblige...

gerard.g  a répondu le 18/03/2012 à 19:12:

alors le français ne doit plus travailler.

samarinda  a écrit le 17/03/2012 à 14:50 :

Encore un bon français qui trouve l'excuse de son client UNIQUE voilà l'erreur de ce Monsieur donc on peut douter de ses capacités. Au fait ce Monsieur a-t-il innové? il a vu son CA chuter et qu'a-t-il fait, chercher d'autres clients ou se diversifier, NON un procés. Mais pas de souci l'Etat toujours aussi petit va demander au fond souverain français d'intervenir ou peut-être à un autre ami.Allez M. Besson un petit tour de passe passe nous sommes en période électorale et dans la famille du MEDEF. Une solution sera trouvée au moins provisoirement. Le plus triste les salariés qui auraient mérité mieux sur le plan directionnel.

churchill  a écrit le 17/03/2012 à 12:44 :

quand il y a un pb dans une boite francaise, c'est tjs la faute des autres............. la reaction du chef d'entreprise est hallucinante....... moi ca ne m'etonne pas qu'ils aillent au tas !

Fabrice  a écrit le 17/03/2012 à 9:59 :

Facile d'accuser Ikea. C'est surtout une erreur majeure de stratégie du groupe Parisot qui a conduit à cette situation. Dépendre d'un client unique, comme dépendre d'un fournisseur unique ne peut que faire prendre des risques à l'entreprise. Les grands groupes liquident parfois leur propres filiales avec ce mécanisme de dépendance (en leur coupant les carnets de commandes et en asséchant la trésorerie), alors il n'est pas difficile d'anticiper qu'on va au devant des problèmes quand on est un simple sous-traitant sans lien capitalistique avec le client.

gerard.g  a répondu le 18/03/2012 à 19:19:

le problème ses cette magouille du groupe parisot qui par ce qu'il va ouvrir une entreprise dans les Vosges et qu(il ferme une en Roumanie on luis dit rien on laisse un parisot endosser le souci met le groupe non personne ne peux parler du groupe alors que ses le groupe qui a signer avec IKEA.

Cyril  a écrit le 17/03/2012 à 8:11 :

Premiere regle qu'on nous apprend lors de la formation de creation d'entreprise artisanale : ne pas avoir un client unique

bill  a écrit le 16/03/2012 à 20:09 :

Et les politiques, ils y vont ou pas

pmxr  a écrit le 16/03/2012 à 18:26 :

autant ryanai fait de la pub avec les polémiques (pub gratuites) ... c'est pas le cas d'IKEA !