La Tribune

Le Bordelais met son vin à l'heure des "applis"

L’application mobile « Smart Bordeaux » permet de tout savoir sur un vin, y compris son authenticité./ DR
L’application mobile « Smart Bordeaux » permet de tout savoir sur un vin, y compris son authenticité./ DR
Nicolas César, à Bordeaux  |   -  814  mots
Le numérique est en passe de révolutionner le monde prestigieux des grands vins de Bordeaux. En trois ans, pas moins de 13 start-up proposant des applications dédiées au secteur sont nées sur les bords de la Garonne.

Vingt-trois bouteilles de vin de Bordeaux se vendent chaque seconde dans le monde. Dont 42% à l'étranger et 58% en France. La filière vinicole bordelaise pèse 4,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Pour préserver son leadership mondial, alors que la concurrence internationale est féroce, le Bordelais, épaulé par les collectivités locales, investit donc allègrement dans les nouvelles, technologies, à commencer par le numérique.

En juin dernier, afin de structurer la filière, a ainsi été lancé « Wine Startups », un réseau composé de 13 jeunes pousses bordelaises proposant des services numériques liés au vin et représentant déjà 80 emplois.

Parmi elles, Qual'ID a développé un système de traçabilité unique de lutte contre la contrefaçon pour les grands vins, qui fonctionne avec la technologie NFC (Near Field Communication). Ses nouveaux outils sont vite devenus indispensables.

À l'image de « Wine Services », qui offre aux propriétaires de grand cru classé (Yquem, Cheval Blanc, Angelus...) un suivi précieux de leurs produits dans le monde entier (sont-ils à la carte des meilleurs restaurants internationaux ? prix moyens dans les pays, etc.).

« Nous sommes les seuls à produire nos propres données, en allant les collecter dans les restaurants et caves du monde entier », souligne Guillaume Forcade, directeur des opérations.

Une croissance de 250% en un an !

Autre innovation, « Max », le sommelier virtuel, capable de choisir le meilleur vin en fonction de vos envies, de vos mets, dans un rayon de supermarché de 600 vins, et en 30 secondes. La société Vinoreco a fait fureur avec cette idée. L'application a séduit Carrefour et Leclerc. Dans le même registre, « Smartcave », gère votre cave et vous donne les vins à boire chaque soir parmi 50.000 références.

Beaucoup de ces start-up sont de véritables « pépites ». À l'instar de Mabouteille.fr, jeune pousse d'à peine deux ans, qui propose un service en ligne de personnalisation de bouteilles de vins et emballages.

« Nous vendons plus de 100 bouteilles par jour, dont 80 % à des particuliers », explique, Édouard Bournac, 27 ans, qui dirige la société avec son père, Hubert.

De grandes entreprises, Dior, Winamax et les laboratoires Pierre Fabre se sont laissées convaincre par le concept. La société, leader en France du secteur et déjà rentable, a connu une croissance de 250 % en un an. Elle vise un chiffre d'affaires d'un million d'euros en 2014.

Sur le plan technique aussi, les choses bougent. Aujourd'hui, la société Vitivista est capable d'analyser la vigueur de la végétation de la vigne avec un drone. Demain, on pourra détecter le stade de maturation de la vigne, les maladies...

D'autres exemples de technologies promues depuis 2010 par le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) avec son « Smart Bordeaux ? En photographiant avec son iPhone l'étiquette ou le codebarres d'une bouteille, on obtient des informations sur son histoire, cépage, accords mets/vin et... on s'assure de son authenticité. Développée par Kasual Business, société de huit salariés, cette application a, depuis, séduit sept interprofessions viticoles : le Beaujolais, la Bourgogne... La base de données compte l'équivalent de 150.000 étiquettes.

« Nous voulons répertorier toutes les étiquettes françaises pour la mi-2014. L'application sera développée en 13 langues et dans 82 pays », annonce David Ducourneau, qui entend multiplier son chiffre d'affaires - 700.000 euros actuellement - par deux en 2014 et en 2015.

Moteurs de cette filière numérique encore émergente, le CIVB et la région Aquitaine ont lancé en septembre dernier un serious game pour les réseaux sociaux et smartphones, « Château academy », immergeant les jeunes dans la gestion d'une propriété viticole, depuis la taille de la vigne jusqu'à la commercialisation.Objectif : susciter des vocations, car la viticulture risque de manquer de bras dans les années à venir.

« Une dynamique numérique est née ici. Bordeaux entend devenir la Silicon Valley du vin », avance Gilles Brianceau, directeur du cluster Inno'vin, créé en 2010 et financé à parts égales par des fonds publics (région Aquitaine) et privés, dont l'une des missions est de développer le réseau « Wine Startups ».

Seule la Californie a un potentiel comparable

Inno'vin, c'est désormais 70 adhérents fédérés autour des enjeux liés à la recherche et au développement, 1300 emplois et 250 millions d'euros de chiffre d'affaires.

« Nous avons tous les atouts : un super-écosystème, des entreprises numériques innovantes, poussées par les pouvoirs publics et une filière du vin puissante », estime Édouard Bournac.

De fait, dans le monde, seule la Californie a un potentiel comparable. Toutefois, pour créer des centaines d'emplois demain dans le numérique dédié au vin, « il faudra aller chercher des marchés partout où il y a des producteurs », prévient Gilles Brianceau. Une étape capitale pour que les vins de Bordeaux parviennent à préserver leurs 65000 emplois directs et indirects dans la région.

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Commentaires

YooPi  a écrit le 15/11/2013 à 16:09 :

arrêtez de médire sans creuser le sujet: oui, nos sols sont plombés depuis une centaine d'années !
mais cela touche toutes la production agricole, bio y compris !! pour autant, je vous présente des dizaines de viticulteurs de Bordeaux, de Bourgogne, de Vallée du Rhône, etc... qui produisent des merveilles à des prix raisonnables !!! le terroir est notre richesse, battons nous pour le mettre en valeur, et oui, battons nous pour faire progresser une Agriculture raisonnée !!!

C'est tout nouveau !  a écrit le 15/11/2013 à 15:20 :

Voilà que le Bordelais se mettrait à faire du vin ??!! Alors que jusqu'à présent cette région (et d'autres régions viticolesfrançaise aussi, d'ailleurs) ne produisaient que de spiquettes intoxiquées aux suldates et autres dangereuses substances toxico-chimiques. Ca vaut bien la pein de se mettre "à l'heure des applis" !..

@C'est tout nouveau  a répondu le 15/11/2013 à 16:40:

Continuez à boire du Coca, c'est sans produit chimique !

Plutôt ...  a écrit le 15/11/2013 à 15:00 :

... que de se mettre à l'heure des applis, les viticulteurs de cette région (comme d'ailleurs beaucoup d'autres) devraient tenter de se mettre à l'heure de la qualité plutôt que de fourguer aux gogos des vins minables, bourrés de sulfates et d'toxiquesautres produits chimiques, vendus à des prix indécents qui confinent au vol. A de rarissimes exceptions près, les vins français sont merdiques et ne valent même pas les bouteilles qu'ils polluent.