La Tribune

Pénalisés, les Bordeaux ne profitent pas de l'attrait croissant des Chinois pour les (bons) vins

"Boire du vin est une forme de revalorisation sociale", explique le fondateur de Patriwine. En effet pour eux, "les grands crus du Bordelais, ce n'est plus du vin, c'est du luxe".
"Boire du vin est une forme de revalorisation sociale", explique le fondateur de Patriwine. En effet pour eux, "les grands crus du Bordelais, ce n'est plus du vin, c'est du luxe". (Crédits : reuters.com)
Mounia Van de Casteele  |   -  807  mots
L'enquête anti-dumping diligentée par Pékin sur les vins européens a entraîné un ralentissement des exportations françaises vers la Chine. La consommation devrait toutefois y augmenter de plus de 30% d'ici 2017.

Depuis quelques mois, les exportations de Bordeaux diminuent. Tel est l'amer constat du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux, qui déplore, par ailleurs, un net repli de leurs récoltes 2013 (-27%) par rapport à l'année précédente, à cause des mauvaises conditions climatiques. Fin 2013, elles se sont ainsi élevées à 2,31 millions d'hectolitres (-2% par rapport à fin 2012) pour une valeur de 2,14 milliards d'euros (-6%).

À l'origine de ce ralentissement, l'enquête ouverte en juillet dernier par la Chine sur les conditions d'exportation des vins européens, afin de savoir si les (trop) bas prix pratiqués par l'UE découlaient de subventions publiques. Une décision qui a été considérée en Europe comme une réplique aux mesures douanières contre les panneaux solaires chinois, bien que Pékin ait assuré que ces deux problèmes n'avaient rien à voir l'un avec l'autre.

>> Après la taxe sur son industrie solaire, la Chine enquête sur les vins européens

La Chine, 1ère destination des vins de Bordeaux

Quoi qu'il en soit, la ministre française du Commerce extérieur, Nicole Bricq a récemment affirmé que l'Union européenne et la Chine étaient "en bonne voie" pour parvenir à un compromis, grâce à "un dialogue constructif".

Pour autant, Bernard Farges, le Président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux, craint de se voir "pénalisé". Il rappelle à cet égard que "la Chine est la première destination des vins de Bordeaux". Avec Hong-Kong, le pays représente un quart des exportations. Aussi estime-t-il qu'une épée de Damoclès planera au-dessus de la France, tant que la décision ne sera pas tombée.

Au total, l'Europe a exporté 257 millions de litres de vin vers la Chine en 2012, hors Hong Kong, pour une valeur de près d'un milliard de dollars. Plus de deux tiers proviennent de France, premier producteur mondial de vin en valeur. Deux tiers des exportations sont faites par Bordeaux, Bourgogne, Champagne et Cognac.

Le vin, 2e poste excédentaire de la balance commerciale

Notons à cet égard que le vin reste le deuxième poste excédentaire de la balance commerciale (+9,5 milliards d'euros), derrière l'aéronautique (+22 milliards d'euros) et devant les produits chimiques, parfums et cosmétiques (+9,4 milliards d'euros), précise la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS). Exemple éloquent: depuis 10 ans, en moyenne, les vins et spiritueux exportent en valeur l'équivalent de 140 Airbus par an.

Problème: la Chine, 7e pays producteur mondial de vin (2,6% de la production mondiale en 2010), en produit de plus en plus. De quoi inquiéter les professionnels français. "La production chinoise sera une concurrence pour tous les producteurs de vin", lance Bernard Farges. Avant de tempérer: "mais s'ils produisent d'avantage, on peut penser qu'ils vont consommer plus".

Et justement. Contrairement à celle des Français, qui, selon le cabinet britannique IWSR (International Wine and Spirit Research), marque le pas (-18% entre 2007 et 2013), la consommation de vin des Chinois suit une courbe ascendante. Elle devrait ainsi augmenter de 33,8% entre 2013 et 2017.

Boire du vin, consommer du luxe

Ajoutée à cela l'appétence grandissante des Chinois pour le nectar divin, Franck Nogues, du site Patriwine, qui gère le vin comme un placement, ne se fait pas trop de souci pour la filière. Selon lui, ils délaissent leurs alcools forts comme le "baijiu" au profit du vin, et développent même leurs connaissances en prenant des cours d'œnologie. "Boire du vin est une forme de revalorisation sociale", explique-t-il. En effet pour eux, "les grands crus du Bordelais, ce n'est plus du vin, c'est du luxe". Aussi n'est-il pas rare de voir un Chinois offrir une caisse de Château Laffite à un ami pour lui témoigner son estime. Et même à 1.000 euros la bouteille, ils n'hésitent pas à mettre le prix, qui, par conséquent continue à augmenter, assure-t-il.

"Cette évolution dans la culture du vin est-elle très favorable aux grandes régions historiques comme la Bourgogne et le Bordelais, puisqu'un amateur chinois goûtera obligatoirement un de ses crus classés dans sa vie. Quand on sait que les richesses augmenteront au point d'atteindre trois millions de millionnaires en dollars à l'horizon 2015, nous ne pouvons que nous réjouir de l'intérêt de la Chine pour le vin rouge"

>> Près de la moitié des milliardaires se trouve en Asie

Toutefois, les Chinois n'ont pas encore détrôné les Français en matière de lever de coude. Ainsi selon les chiffres de FranceAgriMer, les Français consommaient 61,1 litres de vin par an par habitant en 2012, contre environ 7 pour les Chinois. Sachant que selon Xerfi, la consommation individuelle de vin dans l'Hexagone a été divisée par deux (!) depuis la fin des années 1970. C'est dire si la barre est haute...

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Commentaires

Malacay  a écrit le 16/03/2014 à 4:11 :

Bon article. Par contre, c'est "baijiu", sorte de vodka chinoise.

evolution  a écrit le 15/03/2014 à 18:37 :

Les producteurs de "grand vin" bordelais se sont habitués a produire avec des marges monstrueuses. A tel point qu'ils sont incapables de rogner leur marge pour faire du vrai commerce. Ils oublient avant tout que les chinois ont une forte culture du commerce et veulent negossier au mieu leur pouvoir d'achat.

CLERAMBAR  a répondu le 16/03/2014 à 10:07:

Et en faisant monter le taux d'alcool avec du vin made in algerie

Normal  a écrit le 15/03/2014 à 16:25 :

D'abord les chinois achètent le vin avec la meilleur réputation ( ils ne sont pas connaîsseurs), ensuite ils cherchent le meilleurs vin au meilleurs prix ( ils deviennent connaîsseurs) et ils le trouvent un peu partout dans le monde (Espagne, Chili, Australie et en Chine...) . Il faudrait que les vignerons du Bordeau se remette en question et produise à nouveau de la qualité!!! à bon prix.

Manipulation  a écrit le 15/03/2014 à 9:38 :

Il a suffit a la Chine d'accuser l'Europe (irresponsable) de "dumping" pour avoir toute "les informations" gratuitement. L'Europe (chaque pays) a dépenser des sommes énormes pour prouver sa bonne foi!

leonetti  a écrit le 14/03/2014 à 23:03 :

257 millions de litres pour moins d'un milliard de dollars? donc environ 4 dollars le litre...donc 2,88 euros. Soit environ 2 euros la bouteille en moyenne.... le luxe n'est pas très cher...

mk  a répondu le 16/03/2014 à 1:17:

excellente remarque!!!Ce serait interessant de voir le prix moyen...en France & aussi l'evolution de ce prix moyen sur les 2 dernieres decennies!

optimisation fiscale  a répondu le 18/04/2014 à 17:54:

il s'agit de la valeur déclarée / sachant que les taxes à l'importation 48% sont basées sur cette valeur, celle-ci est donc minorée.