Quand l’agroalimentaire irlandais veut devenir champion du développement durable

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L'Irlande exporte 85% de sa production en viande, notamment vers le Royaume-Uni.
L'Irlande exporte 85% de sa production en viande, notamment vers le Royaume-Uni. (Crédits : Reuters)
La filière agroalimentaire irlandaise change de peau pour mieux s'adapter aux demandes du marché en aliments fabriqués de manière plus "responsable". D'ici à 2016, l'organisme national qui la pilote ambitionne de rassembler 100% des exportations de nourriture et de boissons dans son programme de développement durable Origin Green. En 2014, elle devrait déjà dépasser les 85%...

Si le développement durable est aujourd'hui plébiscité dans toute l'Union Européenne, l'agroalimentaire irlandais a décidé de mettre sérieusement les pieds dans le plat... et de s'en servir comme d'un levier pour ses exportations. Le pays a fait le choix depuis deux ans de miser sur ce créneau pour faire valoir sa filière à l'international. Une manière de faire face à des marchés volatiles et de se démarquer de la concurrence.

Bord Bia, l'équivalent irlandais d'UbiFrance et des Chambres d'agriculture, s'est ainsi attelé à la tâche en lançant en 2012 le programme Origin Green à l'échelle nationale. Il doit accompagner tous les acteurs du secteur à améliorer leur approvisionnement en matières premières et leurs procédés de fabrication, avec un objectif de réduction des émissions de CO2, de consommation d'eau et d'électricité. L'ambition se limite néanmoins à des plafonds au cas par cas, loin d'un cahier des charges exigeant comme pour l'agriculture biologique par exemple. Chaque entreprise s'engage à la hauteur de ses moyens à progresser. Danone Nutricia, Heineken, et des centaines de PME et de fermes sont déjà de la partie.

Un secteur en expansion

Un changement de cap pour ce secteur, connu pour ses faibles coûts de production, analyse Fabien Trihan, conseiller en gestion spécialiste du milieu agricole au CER France : "Des produits avec peu de valeur ajoutée, c'était l'un des points faibles de l'agro-alimentaire irlandais. Ce genre de programme pourrait l'améliorer."

Pour peser au niveau mondial, lorsqu'on est un petit pays, il faut en effet "concentrer ses efforts sur des aliments à forte valeur ajoutée plutôt que sur des produits de base à faible rentabilité et à grande volatilité", confirme David Bell, professeur à la Harvard Business School, qui s'exprimait début septembre lors d'un séminaire de Bord Bia.

Il faut dire que ce n'est sûrement pas un mauvais pari. Avec une valeur approchant les 10 milliards d'euros en 2013, les exportations d'aliments et de boissons irlandaises devraient continuer à progresser pour atteindre les 12 milliards d'euros d'ici à 2020. La viande et les produits laitiers en sont le moteur, avec 500.000 tonnes de bœuf vendues à l'étranger en 2014 et la deuxième place mondiale sur le marché de la poudre de lait.

Une stratégie bien rodée

"Ce positionnement en faveur du développement durable est important pour le marketing et l'image de marque de notre filière", explique Una Fitzgibbon, directrice marketing de Bord Bia. Pour appuyer ce choix, elle s'est basée sur l'étude menée auprès de leurs acheteurs étrangers ainsi que sur des données macro-économiques, comme la part croissante des classes moyennes au pouvoir d'achat et aux exigences plus élevés.

"L'impact économique n'est pas encore mesurable, mais de nombreux membres nous ont déjà assuré avoir gagné des clients grâce à leur adhésion au programme" assure Una Fitzgibbon.

Bord Bia ne lésine donc pas sur les moyens alloués à Origin Green. En 2014, l'organisme a investi 3,5 millions d'euros rien que pour la campagne de communication promouvant le programme. La star Hollywoodienne, Saoirse Ronan, originaire d'Irlande, a été mise à contribution (à titre gracieux) pour présenter le concept, et l'intérêt de protéger la nature verdoyante du pays - couvert à 80% par des prairies-.

Une charte "sur-mesure" pour chaque entreprise

Si l'opération est déjà un succès avec plus de 356 entreprises adhérentes, qui représentent près de 85% des exportations de la filière agroalimentaire, il y a encore du chemin à faire indique Michael Murphy, directeur des marchés à Bord Bia :

" L'Irlande n'était pas forcement au premier plan jusqu'à maintenant, on veut à présent se construire une réputation aussi bien auprès de nos premiers débouchés comme l'Angleterre, l'Allemagne et la France, mais aussi sur les marchés en pleine croissance en Asie".

Concrètement, Origin Green en est à une phase d'évaluation et de planification. Les émissions de gaz carbonique, la consommation d'eau et d'électricité, la production de déchets, sont mesurés pour chaque entreprise. De là, les dirigeants rédigent en collaboration avec Origin Green un plan quinquennal pour s'améliorer dans ces grands domaines afin de réduire l'impact écologique de leur processus de fabrication mais aussi de progresser dans leur gestion sociale du personnel. Le plan est ensuite évalué par l'agence indépendante SGS, pour convenir d'objectifs sur cinq ans adaptés à chaque entreprise. Certaines sont déjà bien avancées : le spécialiste du bœuf Slaney Foods a réduit de 9% sa consommation d'électricité depuis 2012.

L'occasion de devenir plus performant

Etre plus efficace, réduire les coûts, concentrer les efforts... Le groupe Irish Distillers, propriété de Pernod-Ricard et membre du programme assure que les nouvelles exigences demandées par Origin Green lui ont permis de centraliser leurs initiatives déjà existantes et de renforcer leur stratégie :

"On améliore notre réputation : on pourra dire que le Whiskey irlandais est le plus durable du monde! Mais surtout l'adhésion au programme met en lumière tout ce qu'on a déjà fait dans le sens du développement durable, comme les investissements dans une nouvelle distillerie moins gourmande en eau et en électricité" explique Sarah Connolly, directrice communication d'Irish Distillers.

Une stratégie similaire en France

Mais par comparaison, de notre côté de la Manche l'agroalimentaire français n'est pas non plus à la traîne. Si les initiatives sont peut être moins médiatisées par le secteur, le maître mot du ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll ces deux dernières années c'est "agro-écologie". Un contrat de filière a ainsi été signé en juin 2013 entre les professionnels et le ministère, qui vise justement à réduire les intrants utilisés sur les cultures (pesticides, herbicides...) et le gaspillage énergétique.

Didier Majou, directeur de l'Association de coordination technique pour l'industrie agro-alimentaire (Actia) française confirme cette tendance. "La durabilité est un point clé pour notre compétitivité. Comme le décline le programme Origin Green en Irlande, elle repose sur trois piliers : l'environnement, les performances économiques et l'aspect social lié à nos territoires. Le défi vert, c'est aussi le défi pour nos exportations aujourd'hui".

Alors, l'agroalimentaire irlandais pionner du développement durable? Pas sûr, mais certainement parmi les plus organisés dans cette course au long terme, à la durabilité.

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Commentaires
a écrit le 03/10/2014 à 14:01 :
Grace a la FNSEA, nous, on aura un beau barrage dans le Tarn.

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