Œufs contaminés : la Belgique accuse les Pays-Bas, la France enquête chez les fabricants

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Les Pays-Bas savaient depuis novembre 2016 et n'ont pas transmis l'information, alors qu'ils sont un des plus gros exportateurs d’œufs au monde, accuse le ministre de la Santé belge, Denis Ducarme ce mercredi devant les députés à Bruxelles.
Les Pays-Bas savaient depuis novembre 2016 et n'ont pas transmis l'information, alors qu'ils sont un des plus gros exportateurs d’œufs au monde, accuse le ministre de la Santé belge, Denis Ducarme ce mercredi devant les députés à Bruxelles. (Crédits : Francois Lenoir)
Denis Ducarme, le ministre de l'Agriculture belge, a présenté mercredi matin devant des députés à Bruxelles le rapport rendu la veille par l'Agence belge pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) sur le circuit de contamination des œufs. Pointés du doigt, les Pays-Bas se sont défendus tandis que le ministère français de l'Agriculture a annoncé l'ouverture d'une enquête chez tous les fabricants de produits à base d’œufs.

Article publié le 09 août à 16h38 et mis à jour à 19h

L'Europe du renseignement sanitaire étale ses dysfonctionnements au grand jour, et c'est peut-être là une chance d'améliorer les choses. Ce mercredi 9 août, le ministre belge de l'Agriculture, Denis Ducarme, ne décolère pas, fustigeant les autorités néerlandaises qui selon lui savaient que du fipronil, insecticide à l'origine d'un scandale alimentaire portant sur des millions d'œufs en Europe, avait été détecté dans des œufs aux Pays-Bas dès novembre 2016, et d'avoir gardé l'information secrète.

"Quand un pays comme les Pays-Bas, un des plus gros exportateurs d'œufs au monde, ne transmet pas ce genre d'information, ça pose vraiment problème", a déclaré M. Ducarme lors d'une réunion extraordinaire devant des députés belges à Bruxelles.

Il a présenté mercredi matin aux représentants des commissions Agriculture et Santé le rapport rendu la veille par l'Agence belge pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) sur le circuit de contamination des œufs.

Lors de cette audition devant la Chambre, le ministre de l'Agriculture a déploré que la Belgique ait dû attendre un mois avant d'obtenir des réponses à des questions posées à l'Agence de sécurité alimentaire néerlandaise au sujet de la contamination d'œufs au fipronil, rapporte La Libre Belgique.

La Belgique, première à notifier la contamination à la Commission

Le rapport avait été commandé par le gouvernement belge qui souhaite lever la confusion régnant autour de l'origine de la contamination. La Belgique avait été le premier pays de l'UE à notifier le 20 juillet la Commission européenne via le système d'alerte mis en place en cas de risque pour la santé des consommateurs.

"L'Afsca, via un certain nombre de contact, s'est vu transmettre par hasard des informations internes, (...) un rapport de l'agence néerlandaise (de la sécurité alimentaire) transmis à son ministre néerlandais (...) qui fait état du constat de présence de fipronil au niveau des œufs néerlandais dès la fin novembre 2016", a expliqué le ministre belge.

Avec ces informations, "la vigilance par rapport au fipronil aurait été accrue, fortement accrue", a déploré M. Ducarme, sommé de venir s'expliquer en pleine vacances d'été, après l'éclatement du scandale des œufs contaminés le 1er août.

Les Pays-Bas nient les accusations

Les Pays-Bas ont, pour leur part, démenti l'affirmation belge. Un haut responsable de l'agence néerlandaise de la sécurité alimentaire a expliqué que cela "ne correspondait pas à la vérité". Dans un communiqué remis à l'AFP, l'inspecteur général de l'institution a expliqué :

"Le NVWA reçoit chaque année des centaines de tuyaux et de signalements de soupçons de fraude (...) Un de ces signaux est arrivé en novembre 2016 comme tuyau anonyme auprès de la NVWA sur l'utilisation illégale de biocides (fipronil) lors du nettoyage de poulaillers pour lutter contre le pou rouge (un parasite qui s'attaque aux poules, NDLR). A ce moment-là, il n'y avait aucune indication d'un risque aigu pour la sécurité alimentaire. Il n'y avait pas d'indication que du fipronil pourrait se trouver aussi dans les œufs."

Les résultats des prélèvements sont pour l'instant incertains

En lisant le rapport de l'Afsca intitulé Fipronil, résultats complémentaires (08/08/2017), dont nous reproduisons un extrait ci-dessous, on comprend la difficulté d'établir le degré de contamination des œufs. En effet, dans un premier cas, les prélèvements montrent des taux de fipronil inférieurs aux seuils européens puis supérieurs à ces taux dans une deuxième analyse:

Le 2 juin 2017, l'AFSCA a reçu la première notification issue d'une entreprise belge informant du fait que via ses propres analyses, il existait un problème potentiel avec le fipronil. Au cours de l'enquête qui a suivi, l'Agence alimentaire a bloqué 86 entreprises ainsi que tous les produits qui y étaient présents dans le respect de la procédure européenne. L'agence a également prélevé en double, conformément à la réglementation, les échantillons d'œufs afin de confirmer ou infirmer la contamination de l'exploitation.

Auprès d'une entreprise bloquée et échantillonnée le 18 juillet, le résultat initial de l'analyse a révélé un taux de 0,076 mg/kg de fipronil donc largement sous le seuil européen de sécurité. Toutefois, l'exploitant a fait usage de son droit à la contre-expertise et la deuxième analyse sur ce deuxième échantillonnage a révélé un taux de 0,92 mg/kg montrant un dépassement du seuil de sécurité européen.

L'AFSCA et les laboratoires concernés font actuellement une recherche afin de pouvoir expliquer la différence dans ces résultats d'analyse, et l'Agence espère recevoir les clarifications le plus rapidement possible.

Lire la suite du communiqué sur le site de l'Afsca

La France lance une enquête nationale

La France, par la voix de son ministre de l'Agriculture Stéphane Travert a réagi, ce mercredi, critiquant en creux la Belgique et les Pays-Bas dans leur information. Le ministre a exprimé son souhait d'avoir à l'avenir "des échanges beaucoup plus fructueux et beaucoup plus rapides" avec eux.

Dans le même temps, Stéphane Travert a annoncé l'ouverture d'une enquête nationale chez "l'ensemble des fabricants d'ovoproduits" (produits transformés à base d'œufs) agréés en France, qui sont au nombre de 80 environ.

"Nous souhaitons faire en sorte que nous puissions établir de meilleurs rapports de contrôle et de transparence avec nos partenaires, puisque les lots incriminés viennent à la fois des Pays-Bas et de la Belgique."

"La coopération doit mieux se passer à l'avenir", a insisté le ministre, qui entend présenter "une initiative européenne", fin août, lors d'un conseil européen informel de l'Agriculture et de la Pêche à Tallin, en Estonie. A cette occasion, la France entend présenter "un nouveau mécanisme pour faire en sorte que nous puissions mieux collaborer et avoir des échanges beaucoup plus fructueux et avoir des échanges beaucoup plus rapides, notamment lorsqu'il y a des cas de contamination avérés comme nous l'avons vécu".

Les résultats de l'enquête menée par l'Anses sur les lots incriminés seraient connus en fin de semaine, permettant de "retirer les lots incriminés s'il en était besoin",

(Avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 11/08/2017 à 8:50 :
Nous n'avons pas assez d'oeufs en france ?.Ils vont ou les notres ?
a écrit le 10/08/2017 à 15:27 :
Dans le même registre , le saumon Norvégien bodybuildé aux antibiotiques et très probablement de pesticides , les pauvres bêtes vivent sur des monceaux d'excréments...
a écrit le 10/08/2017 à 14:22 :
Hypocrisie majeur des autorités sanitaires complices de l'empoisonnement généralisé orchestré par l'agro-industrie, tout cela pour faire gonfler le bénéfices des actionnaires milliardaires.

Les autorités françaises et européennes savent parfaitement ce qu'il se passe c'est juste que l'oligarchie liée à l'agro-industrie est trop puissante pour pouvoir être inquiétée. Bref on va encore nous sortir un directeur ou un ingénieur sur qui on va tout mettre et l'empoisonnement généralisé continuera toujours d'exister.

Au secours.
a écrit le 10/08/2017 à 13:15 :
accepter une faible dose de ce produit? et pourquoi pas de l arsenic pendant qu on y est..quel cynisme general a quand une agence europeenne independante et sanctionnat ce genre de pratique nos politiques de toute l europe ont vendu nos bulletins de vote aux lobbys et industriels de tout poil puisque seul le vote du consommateur via son acte d achat est pris en compte moi je boycot depuis hier tout produit agricole ou transforme(biscuits gateau etc ) de ces 2 pays tricheurs et menteurs..verifiez les etiquettes d ou proviennent vos salades oignons ou tomates paquets de biscuit chocolat viennoiserie etc..
a écrit le 10/08/2017 à 12:19 :
comme l humoriste... (on ne nous dit pas tout :) l occasion d entendre le ministre de l agriculture de France ?
a écrit le 10/08/2017 à 8:39 :
Cette histoire c'est un peu comme le nuage de Tecrhnobyl , ça s’arrêtait à la frontière il y a une semaine .... plus maintenant !
a écrit le 09/08/2017 à 20:34 :
Bon, s'il y a besoin de volontaires, me contacter pour contrôler minutieusement les fabricantes d'ovocytes :-)
a écrit le 09/08/2017 à 18:56 :
On se fout de ça, mangez des produits issus de l'agriculture raisonnée à défaut de bio et on n'en parle plus.
a écrit le 09/08/2017 à 17:54 :
il est bien loin le référendum de 1992... pour en arriver la ! voila BRUXELLES et ses députés dans le pétrin..
a écrit le 09/08/2017 à 17:13 :
"Avec ces informations, "la vigilance par rapport au fipronil aurait été accrue, fortement accrue""
voire chercher d'où ça vient, pas uniquement faire des dosages pour savoir si y en a trop ou pas dans le produit final. S'il doit y en avoir zéro, c'est zéro, sauf pollution à identifier, pour la faire disparaitre.

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