PSA : les dessous de l'opération de sauvetage

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PSA Peugeot Citroën et Dongfeng ainsi que l'Etat français doivent annoncer leur accord mercredi
PSA Peugeot Citroën et Dongfeng ainsi que l'Etat français doivent annoncer leur accord mercredi (Crédits : DR)
Alors que PSA annoncera la semaine prochaine les modalités de sa recapitalisation de 3 milliards d’euros et de son accord avec le chinois Dongfeng, ce dernier et l’Etat français devraient injecter 800 millions d’euros chacun, les Peugeot moins de 100 millions, le reste devant être levé sur le marché. Des BSA (bons de souscriptions par action) exerçables sur deux ou trois ans par les actionnaires actuels (mais pas les Peugeot) pourraient permettre de lever un milliard de plus. Le choix du président risque de ne pas être annoncé la semaine prochaine.

Une semaine décisive pour l'avenir de PSA Peugeot Citroën. "Nous allons faire plusieurs annonces le mercredi 19 février, sur Dongfeng, l'augmentation de capital, le calendrier du changement de présidence du directoire entre Philippe Varin et Carlos Tavares", affirme-t-on chez PSA. A l'occasion de la présentation des résultats financiers 2013, l'actuel président du directoire Philippe Varin devrait enfin annoncer "une grande offensive de PSA, avec des moyens cette fois".

Au 75 avenue de la Grande-Armée, siège parisien du groupe automobile tricolore, on semble soulagé, la confiance et l'enthousiasme tranchant avec l'abattement de ces derniers mois. Carlos Tavares, l'ex-bras droit de Carlos Ghosn chez Renault devenu membre du directoire de PSA, doit prendre pour la première fois officiellement la parole, lors de cette conférence de presse, en avant-première de sa nomination comme patron opérationnel à la tête du groupe.

Les avocats rédigent les termes du contrat

Les trois protagonistes du dossier, l'Etat, la famille Peugeot et le groupe automobile chinois Dongfeng ont trouvé un accord sur les modalités de l'augmentation de capital qui fera entrer l'Etat français et Dongfeng dans le capital de PSA. Les avocats sont en train d'en rédiger les termes.

L'augmentation de capital s'élève à 3 milliards d'euros. Selon un proche du dossier, elle "comporte une partie réservée de un milliard d'euros à l'Etat français et au groupe public chinois Dongfeng (500 millions d'euros chacun), à laquelle s'ajoute une opération de marché de 2 milliards dont une quote-part sera attribuée à l'Etat (un peu moins de 300 millions), Dongfeng (300 millions) et à la famille Peugeot (moins de 100 millions)".

800 millions pour l'Etat et Dongfeng

En résumé, l'Etat et Dongfeng vont débourser près de 800 millions d'euros chacun, les Peugeot moins de 100 millions. Le solde (près de 1,4 milliard) sera levé sur le marché, le tout au prix de 7,50 euros l'action.

PSA pourra même "lever jusqu'à 4 milliards puisque des BSA (bons de souscriptions d'actions), réservés aux actionnaires actuels, pourront permettre de lever un milliard d'euros supplémentaire", selon nos informations. Elles seront "exerçables sur deux ou trois ans", d'après un proche du dossier. Surtout, les Peugeot ne devraient pas les exercer. "Ils se sont engagés à ne pas le faire", assure-t-on à La Tribune.

Au final, l'Etat, Dongfeng et la famille Peugeot - aujourd'hui actionnaire à hauteur de 25,4% du capital et 38,1% des droits de vote - détiendront chacun 14% du capital de PSA avec le même nombre d'administrateurs (3).

Louis Gallois soutenu par l'Etat

Reste à régler la question de la présidence du conseil de surveillance. Si Thierry Peugeot, représentant de la famille fondatrice, devrait céder sa place, reste à savoir qui le remplacera. L'Etat veut imposer Louis Gallois, l'ancien président d'EADS, aujourd'hui à la tête du commissariat général à l'investissement, et membre du conseil de PSA. Or, ce choix ne correspond par selon les Peugeot et Dongfeng au critère d'indépendance du président du conseil, un principe sur lequel ils se sont en effet accordés.

Louis Gallois est aujourd'hui administrateur de PSA "en lien avec l'Etat". Selon certaines sources, "les Peugeot soutiendraient Gérard Hauser, l'ancien PDG de Nexans, et Dongfeng Philippe Varin". Vu les difficultés sur ce point, la nomination du futur président du conseil de surveillance ne devrait pas être annoncée la semaine prochaine.

Un volet industriel sera inclus dans l'accord pour approfondir la coopération existante entre PSA et Dongfeng en Chine. Les deux groupes sont liés depuis le début des années 90 en Chine, Dongfeng étant le partenaire du français dans sa co-entreprise locale DPCA. Mais ce partenariat va s'élargir.  Les deux groupes devraient ainsi explorer en commun d'autres marchés en Asie-Pacifique, où PSA est aujourd'hui très peu présent. Dongfeng pourrait aussi coopérer avec PSA dans ses futures technologies à bas rejets de CO2,  comme l'"Hybridair"

Troisième année de baisse des ventes

Après avoir échoué dans un premier projet d'alliance avec le japonais Mitsubishi puis dans un deuxième avec l'américain GM, PSA se retrouve isolé, alors même qu'il a besoin d'argent frais pour renouveler ses gammes, lancer de nouvelles technologies et s'implanter sur des marchés extra-européens où il demeure faible. Les volumes mondiaux du groupe auto tricolore ont reculé de 4,9% l'an dernier à 2.819.000 unités. C'est la troisième année consécutive de baisse. On est loin des  3,6 millions de 2010.

Dans sa division automobile, au coeur de ses activités, PSA était encore lourdement déficitaire au premier semestre 2013, avec une perte opérationnelle de 510 millions d'euros. Ses usines tournent en Europe à 74% à peine de leurs capacités, et même à 61% seulement sur la seule France. C'est peu. Sa production en France a été divisée quasiment par deux en dix ans. Le taux d'endettement a grimpé au 30 juin à 35%, contre 23% en 2011. Les capitaux propres ont continué à dégringoler.

Le groupe aura encore consommé a priori plus d'un milliard d'euros de cash sur l'année 2013, après 3 milliards en 2012. Et Philippe Varin ne confirme plus l'objectif d'un retour à l'équilibre fin 2014. Il ne s'engage d'ailleurs plus sur un flux de trésorerie équilibré en 2015... PSA avait carrément affiché une perte nette de plus de 5 milliards d'euros en 2012.

Excellents produits dans la gamme

Pourtant et heureusement, PSA dispose dans sa gamme de quelques excellents produits. Le "crossover" urbain 2008, extrapolé de la 208, a enregistré plus de 82.000 commandes entre son lancement au printemps dernier, et la fin décembre 2013, ce qui est au-dessus des objectifs. La berline Peugeot 308 II compacte, à peine lancée,  avait recueilli plus de 35.000 commandes au 31 décembre dernier. Cette excellente voiture, très sûre, confortable et dotée de bons diesels, a été très bien accueillie. De nouvelles motorisations complémentaires arrivent. La production atteint à Sochaux les 700 par jour et les capacités permettraient d'en faire 900.

Une version break SW sera lancée à la fin du printemps et une version à quatre portes rallongée pour le marché chinois, la 408, sera présentée au prochain salon de Pékin en avril. Citroën propose pour sa part un monospace inédit, le Picasso (et Grand Picasso) C4 II, avec 58.000 ventes au 31 décembre. Un véhicule également réussi, qui partage la toute nouvelle plate-forme modulable allégée avec la 308 II. Enfin, en juin, Peugeot et Citroën lanceront leurs mini-citadines co-produites en République tchèque avec Toyota.

Un million de voitures en France

Histoire de rassurer les sceptiques et les détracteurs du projet d'alliance avec le chinois Dongfeng, PSA a annoncé en tous cas, mercredi dernier, qu'il s'engageait "à produire 1 million de véhicules en France en 2016", ce qui représente un maintien des niveaux de fabrication des deux dernières années. L'an passé, PSA a produit 939.483 unités dans l'Hexagone.... contre 1,88 million en 2005 ! 

"Avec près de 100.000 salariés répartis au travers de cinq usines de montage automobiles et onze usines de pièces mécaniques et brutes, PSA Peugeot Citroën est le premier employeur industriel de France et la locomotive de la filière automobile française", souligne le consortium, lequel affirme s'engager "au lancement d'ici à 2016 d'au moins un nouveau modèle dans chacune de ses usines de montage en France".

Il rappelle également qu'il compte  "investir 1,5 milliard d'euros en France sur la période 2014 - 2016 et y réaliser plus de 75% du volume d'activité en recherche et développement à l'horizon 2016". PSA indique en outre qu'il a "contribué positivement, à hauteur de 4,5 milliards d'euros, à la balance commerciale" de la France en 2013, soit notamment un solde de "317 000 véhicules" auxquels il faut ajouter l'exportation de pièces détachées.

Accord en vue pour Banque PSA Finance

PSA Peugeot Citroën est par ailleurs proche d'un accord en vue d'une alliance entre sa filiale bancaire et la banque espagnole Santander, qu'il espère annoncer aussi la semaine prochaine. PSA et la banque Santander créeront un réseau de co-entreprises à parité dans le financement automobile, qui pourrait à terme se substituer à la garantie publique dont bénéficie Banque PSA Finance (BPF) depuis fin 2012 et qui peut aller jusqu'à 7 milliards d'euros.

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Commentaires
a écrit le 22/02/2014 à 12:31 :
... la famille Peugeot planque ses lingots en Suisse, où elle est exilée fiscale !
5.5 milliards de pertes en 2012, 2.3 milliards en 2013 !
Qui va payer ? L'état français, donc le contribuable français, maintenant actionnaire d'une entreprise qui serait déjà en faillite, s'il n'avait déjà apporté sa garantie bancaire !
a écrit le 17/02/2014 à 19:42 :
Si je comprends bien , c'est à cause du consommateur...c'est à cause de lui que PSA va très mal...
Je propose de punir les gens qui n'ont pas acheté ces " excellentes " autos de chez PSA.
Il faut faire un exemple.
a écrit le 17/02/2014 à 11:04 :
vu sur le site "les echos": "le nom de Philippe Varin circulait ces derniers jours, mais l’entourage du patron de PSA a démenti sa candidature. Et Carlos Tavares s’y opposerait de toute façon" Cela semble net mais plus que 2 jours à attendre le calendrier.Dans un communiqué il avait été dit que Carlos Tavares prenait la division automobiles pour soulager P Varin qui négociait à plein temps....d'après le même site l'annonce serait faite le 19/02/2014....Patience ....
a écrit le 16/02/2014 à 15:37 :
Parlez de la banque ibérique SANTANDER elle y prend part a l'investissement ils se redressent rapidement ,au golf de BARCELONE les chef d'entreprises sont très confiant surtout les FRANÇAIS instllalles
a écrit le 16/02/2014 à 12:00 :
Je n’ai rien compris au texte : le chinois Donfeng soutient la candidature Varin au poste de président du conseil de surveillance de PSA, alors qu’il aurait demandé son remplacement du poste de Président du Directoire ???? ….Si cela s’avérait exact c’est la preuve qu’il a livré PSA aux chinois : à car après avoir cassé PSA en dénouant les liens avec BMW , FIAT en ratant 2 alliances dont GM et oubliant ses objectifs financiers je ne vois pas ce qu’il peut faire pour PSA
a écrit le 16/02/2014 à 8:58 :
Est ce que ce sera le fils d'un haut cadre dirigeant du parti communiste Chinois roulant en Ferrari qui prendra au final la décision de fermer des sites employant pour certains une majorité de salariés syndiques CGT ?
Non parce qu'un dirigeant communiste chinois qui vire des salaries communistes français, cela risque de faire tâche d'huile quand même. PSA comme le PCF va très mal aujourd'hui : l'Huma, Libération, PSA....
Réponse de le 17/02/2014 à 16:03 :
Très inquiétant, vous...m'inquiétez...!!!
a écrit le 15/02/2014 à 22:33 :
la famille Peugeot, exilée fiscale en Suisse, fait tranquillement du ski du côté de Lausanne...
Réponse de le 17/02/2014 à 16:04 :
et un dénommé Snocky manoeuvre le remonte pente...!!!!
Réponse de le 19/02/2014 à 14:04 :
la famille Peugeot n/est pas expatriée en Suisse !
a écrit le 15/02/2014 à 9:52 :
Gallois est un très mauvais choix des politiques minables !
a écrit le 14/02/2014 à 23:24 :
Déjà vu ou presque ! R N U P ?
a écrit le 14/02/2014 à 22:22 :
PSA a les meilleurs produits : 208, 2008, 3008, 308, 508, RCZ, C3, C4 Picasso etc... Vraiment ce qui se fait de mieux.
Réponse de le 15/02/2014 à 10:39 :
@léopold Je partage avec vous que ceux que vous citez sont d'excellents produits, comparés aux approximations que commet le groupe Volks, c'est véritablement tout autre chose...
Réponse de le 15/02/2014 à 16:19 :
PSA se vendent en France Italie Espagne : petit constructeur du sud de l'Europe
Réponse de le 16/02/2014 à 20:09 :
Dans vos têtes surement, dans la réalité PSA est pénalise par ces pb de FAP et d injectecteur
Réponse de le 17/02/2014 à 16:07 :
@@godrev En ce début de février, 303 fait plus 8 %, golf - 10 %, la messe est dite...!!!
a écrit le 14/02/2014 à 20:03 :
Viendra tôt ou tard sur la table la question des sites de production. A terme ne subsistera que Sochaux en France . Et encore..
a écrit le 14/02/2014 à 19:27 :
Tout cela semble brouillon et on voit déjà un Etat qui veut contrôler PSA et refuse d'appliquer l'accord de base sur une tête indépendante. Si ce type de petite action minable menée déjà par le politique venaient à persister l'avenir de Peugeot serait bien sombre. Investir chez PSA oui mais pas avant d'avoir une vraie vision industrielle, financière ce qui ne semble pas acquis actuellement en dehors des intentions sur l'avenir et une certaine indépendance vis à vis de l'Etat. On peut considérer en fonction de cet article que l'avenir n'est pas bien dégagé
Réponse de le 14/02/2014 à 22:13 :
Si PSA tient encore debout c'est parce que notre "état minable" apporte sa garantie a banque PSA qui est la vache à lait du groupe...un peu de retenue dans vos commentaires. Les 800 millions d'augmentation de capital, c'est qui qui les met sur la table avec les chinois. Pardonnez donc nos politiques de vouloir mettre leur patte sur un groupe dirigé jusque là par une famille "multimilliardaire" à la française (donc planquée en suisse) dont les dissensions sont à l'origine des problèmes du groupe ! Là, notre état minable n'y est pour rien !!!
En attendant, allez le Lion.
Réponse de le 15/02/2014 à 9:35 :
Merci pour votre commentaire mais je vous renvoie à la vision industrielle de Peugeot qui a imposé aux politiques le diesel dans les années 80 le politique et largement associé à la déconfiture de ce Groupe. Le politique n'est ni un industriel ni un économiste son seul job est de géré un budget ce qu'il ne sait pas faire depuis 40 ans. Pour ce qui de ses interventions ce n'est pas le politique qui paie mais le contribuable et ma participation n'est pas négligeable j'en suis content pour nos concitoyens les plus démunis mais certainement pas pour des politiciens poches percées et sans grande vision d'une France économiquement forte oui l'Etat dans l'affaire Peugeot a une grande responsabilité comme la famille.

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