Alliance Renault-Nissan : vers un rééquilibrage en douceur ?

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Carlos Ghosn quitte la direction de Nissan mais a pris soin de placer des gardes-fous afin de pérenniser l'alliance.
Carlos Ghosn quitte la direction de Nissan mais a pris soin de placer des gardes-fous afin de pérenniser l'alliance. (Crédits : Reuters)
L'annonce du départ de la direction exécutive de Nissan de Carlos Ghosn a sonné comme la fin d'une parenthèse pour le constructeur automobile japonais, dirigé depuis 17 ans par ce cadre venu de chez Renault. Elle donne également un nouvel indice sur la tentation de rééquilibrer une Alliance où le rapport de force s'est nettement inversé, tandis que les termes du pacte managérial et décisionnaire sont restés identiques. Or, depuis la montée en puissance de l'Etat français dans le capital de Renault, les Japonais sont de plus en plus impatients de rééquilibrer le centre de gravité de cette alliance dont le bilan s'avère, somme toute, positif.

L'Alliance Renault-Nissan survivra-t-elle à Carlos Ghosn ? Cette question va désormais pouvoir être testée avec le départ de celui-ci de la présidence exécutive du japonais Nissan, qu'il dirige depuis quinze ans maintenant. Certes, il ne quitte pas définitivement le navire, et il a pris soin de placer de solides et nombreux garde-fous. Il reste président du conseil d'administration du constructeur nippon, il garde la main sur l'Alliance, son successeur à la tête de Nissan est, certes, japonais, mais c'est avant tout un cadre supérieur tout acquis à la cause de l'alliance. Le discours officiel veut aussi que tous les partenariats et collaborations entre les deux groupes soient les meilleurs garants de la pérennité de l'alliance.

Les synergies sont structurantes

Il est vrai qu'aujourd'hui les deux groupes sont capables de développer de très nombreux modèles à partir d'une même plateforme. Ainsi, l'Alliance est capable de déployer ses marques désormais nombreuses (Renault, Nissan, Dacia, Infiniti, Datsun, et bientôt Lada, Mitsubishi). Mieux, il est possible de développer plusieurs modèles d'une même marque sur une même plateforme (Espace, Talisman, Mégane et Kadjar ont été développés sur la même plateforme côté français). Autrement dit, les gains en coûts sont substantiels et désormais structurants pour les deux groupes. Impossible de faire marche arrière.

Jusqu'ici, l'Alliance vivait sur un pacte qui date du début des années 2000 selon lequel Renault possède 44% du capital de Nissan, et celui-ci détient 15% du précédent. Le second, en vertu du droit boursier japonais, ne peut avoir de droits de vote chez le premier puisque celui-ci détient une part plus importante. Ce qui revient à placer le groupe français au cœur du dispositif exécutif et décisionnaire de l'Alliance. Les Japonais se sont peu plaints de cette donne. Au contraire ! Ils n'ont pas oublié qu'en 1999 Renault a purement et simplement sauvé la marque de la disparition de la carte mondiale des constructeurs automobiles. En réalité, ils mettent ce redressement spectaculaire sur le compte de Carlos Ghosn pour qui ils vouent une véritable admiration. Grâce à ce franco-libano-brésilien, Nissan est devenu non seulement très rentable, mais a grossi au point de devenir deux fois plus gros que Renault. Mais aujourd'hui, l'équilibre capitalistique de 1999 ne traduit plus la réalité opérationnelle de 2017.

Après le coup de force de l'Etat français, les langues se sont déliées

Si jusqu'ici, les Japonais ont su ronger leur frein, l'affaire de la montée de l'Etat dans la capital de Renault a délié les langues. Au printemps 2015, le gouvernement français décide de monter dans le capital de Renault afin de contraindre celui-ci d'adopter les droits de vote double (loi Florange). Ce coup de force lui arroge 5% du capital de l'ex-régie pour culminer à 21%. Pour Nissan, cette décision était tout à fait inacceptable et le constructeur a jugé que l'Etat français avait enfreint les règles qui régissaient le pacte d'actionnariat croisé, au moins dans l'esprit. C'est là que le conseil d'administration de Nissan (dirigé par Carlos Ghosn) va commencer à s'interroger sur l'opportunité de renégocier les termes de l'Alliance. "Nissan n'a pas de problèmes avec Renault, mais avec son actionnaire de référence", lâche un haut cadre du groupe japonais. En d'autres termes, si Nissan quitte l'alliance à cause de l'Etat français, c'est Renault qui en sera la victime collatérale.

Car si Nissan a eu besoin de Renault, aujourd'hui, c'est bien l'inverse. D'abord, les 44% détenus chez Nissan renforce le bilan du groupe français. Lors de la crise, cet actif valait autant que la valorisation boursière de Renault. Ensuite, Nissan contribue largement aux bénéfices de la marque au losange avec ses généreux dividendes. Enfin, la marque japonaise a été un véritable facilitateur d'implantation en Chine pour Renault qui a construit et mis en service son usine en un an seulement. Le premier lui ayant apporté son tissu de fournisseurs et d'intégration locale. Idem côté technologies, les ingénieurs de Renault se sentent "nissanisés", selon le néologisme de l'un d'entre eux.

Deux groupes, deux zones géographiques respectives

Les volumes de vente, l'ingénierie... Nissan a l'avantage, c'est certain. Et en 2016, deux événements vont encore faire évoluer cet équilibre. D'abord, le rachat de Mitsubishi par Nissan. Pas par l'Alliance, par Nissan ! Ce dernier ajoute ainsi un million de voitures à sa puissance de feu commerciale, se consolide en Asie du Sud-Est et trouve une marque très forte dans les SUV mais également dans l'électrique, et qui s'est largement restructuré ces dernières années affichant une marge supérieur à 6%. De son côté, Renault, lui, finance l'augmentation de capital d'Avtovaz qu'il consolide désormais dans ses comptes. Il intègre un groupe qu'il a péniblement restructuré, en prise avec un marché très compliqué et volatil, et qui est également sous l'œil du très puissant Vladimir Poutine, le président russe. Nissan voit sa participation diluée dans le fabricant russe de Lada. Ainsi, les deux groupes alliés se renforcent dans leur zone géographique respective d'une manière assez exclusive. On est loin de la fusion avec un siège mondial en France dont rêve l'Etat français.

Carlos Ghosn ne cesse de marteler qu'il est à la tête d'une structure proche des dix millions de voiture. En réalité, l'Alliance est tout sauf un groupe intégré. Elle a certes mis en place des synergies très poussées sur le partage de plateformes industrielles, dans la direction des achats... Le montant des synergies culminera à 5,8 milliards d'euros par an en 2018. Mais Nissan est plus fort que jamais et Renault est encore aux balbutiements en Chine, absent des Etats-Unis et du Japon. Carlos Ghosn reste la pierre angulaire d'un édifice qui, certes, ne menace pas de s'effondrer, mais qui appellera un jour à un rééquilibrage des forces. Et pour l'instant, Renault est loin de pouvoir réellement peser. Impossible de ne pas voir dans le départ de Carlos Ghosn de l'exécutif de Nissan, le premier acte d'une redistribution des cartes. Elle blessera probablement la fierté nationale, mais elle sera surtout salutaire pour l'Alliance.

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a écrit le 01/03/2017 à 20:32 :
C'est marrant c'est avec la prise de participation de Renault dans Nissan que le losange à pu nommer C.Ghosn à la tête de Nissan. C'est avec l'argent et les ressources humaines de Renault que Nissan s'est restructuré à marché forcée.
Pire à l'époque ça ne dérangait personne que l'état soit alors actionnaire de Renault à 25% (oui loin des scandaleux 21% d'aujourd'hui)

Que Nissan verse un dividende à ses actionnaires est normal et n'est pas une faveur faite à Renault.

Bref alors que Renault avait placé "ses hommes à la tête de Nissan" et que les deux firmes avaient à fini par avoir le même PDG. Il semble que Ghosn Nissan ne s'entendait pas avec son homologue de Ghosn Renault, puisqu'il a pris soin en 2016 d'engager Renault à ne plus nommer ou agir sur les destinés de Nissan alors même qu'il s'agit de prérogatives légales du fait des 44% de prise de contrôle du japonais.

L'après Ghosn sera ingérable avec un propriétaire de référence qui ne peut agir sur sa filiale

C'est la première fois qu'un investissement qui permet de prendre le leadership sur une autre société se retourne contre elle avec l'assentiment de son PDG qui pilote pourtant les deux firmes.

Il n'est pas question d'équité dans le monde des affaires et si Renault a pris le risque de relever Nissan il y a 17 ans c'est logique qu'il en retire les bénéfices après.

Si le PDG de Renault à été moins performant que le PDG de Nissan et fait qu'aujourd'hui Nissan vend plus que sa société mère cela ne change pas les règles juridiques et ne contraint pas à revoir les terme imposés par Renault lors du rachat partiel de Nissan.

Je me répète mais c'est étonnant cette soit disant "défiance" de Nissan où se rachat de Mitsubishi sans inclure Renault via l'Alliance alors que Renault possède presque la moitié du Japonais, siège au conseil d'administration et possède le même PDG.....

Honteux.
a écrit le 01/03/2017 à 20:23 :
C'est marrant c'est avec la prise de participation de Renault dans Nissan que le losange à pu nommer C.Ghosn à la tête de Renault. C'est avec l'argent et les ressources humaines de Renault que Nissan s'est restructuré à marché forcée.
Pire à l'époque ça ne déranger personne que l'état soit alors actionnaire de Renault à 25% (oui loin des 21% scandaleux de l'après Florange d'aujourd'hui)

Que Nissan verse un dividende à ses actionnaires est normal et n'est pas une faveur faite à Renault.

Bref alors que Renault avait placé "ses hommes à la tête de Nissan" et que les deux firmes avaient à fini par avoir le même PDG. Il semble que Ghosn Nissan ne s'entendait pas avec son homologue de Renault Ghosn Renault, puisqu'il a pris soin en 2016 d'engager Renault à ne plus nommer ou agir sur les destinés de Nissan alors même qu'il s'agit de prérogatives légales du fait des 44% de prise de contrôle du japonais.

L'après Ghosn sera ingérable avec un propriétaire de référence qui ne peut agir sur sa filiale

C'est la première fois qu'un investissement qui permet de prendre le leadership sur une autre société se retourne contre elle avec l'assentiment de son PDG qui pilote pourtant les deux firmes.
a écrit le 01/03/2017 à 17:24 :
Ghosn à mis beaucoup d'énergie à faire de Nissan ce qu'il est aujourd'hui. Il a volontairement déplacé le centre de gravité vers le Japon, notamment avec le rachat de Mitsubishi, dont Renault a été le grand absent. A côté de ça, Renault a supporté pratiquement seul le risque financier lié à l'électrique, est resté pendant longtemps le grand absent en Chine et s'est vu englué dans le bourbier russe ( dans lequel Nissan s'est laissé diluer). Et ça ne date pas de la montée de l'État dans le capital de Renault. Inutile de trouver des prétextes qui ne tiennent pas debout. Ghosn est certainement un des plus grands patrons que la France ait connu et je ne fais pas partie de ceux qui critiquent son salaire. Mais au delà de ça, je ne lui fais aucune confiance pour défendre les intérêts de Renault.
Réponse de le 01/03/2017 à 22:32 :
la Nissan Leaf, techniquement très semblable à la Zoé et ayant de nombreux éléments communs, a été conçue et distribuée avant celle-ci. Les risques liés à l'électrique ont été largement mutualisés.
a écrit le 01/03/2017 à 16:44 :
Une grande victoire de Macron qui a initié la montée de l'Etat au capital: résultat, les japonais sont braqués contre la France et Renault va être obligé de négocier avec eux. Piètre ministre.
Réponse de le 01/03/2017 à 20:35 :
En 1999 l'état possédait un quart de Renault. Renault possède la moitié de NISSAN comment cela est il possible sincèrement ?
Réponse de le 01/03/2017 à 22:33 :
ce fut effectivement de la politique anti-Ghosn de bas étage.
a écrit le 01/03/2017 à 15:12 :
Reconnaissons à Nissan de savoir construire dans l'air du temps, de nombreux et beaux 4+4 et pickups vrais (inconnus chez Renault) , des véhicules sportifs clones des Subaru (vues en Rallye) absents aussi chez Renault, et une fiabilité reconnue (elle est devenue tout aussi bonne ces 10 dernières années chez Renault mais après plus 50 ans de bouses) et la difficile de se faire une réputation du jour au lendemain, une swatch c'est pas une rollei.
Maintenant Renault est devenu éxigeant avec ses sous-traitants à la limite de la paranoïa, normal il a revendu tous les siens, la qualité est la.
Il y a même des progrès dans le design, 60 ans après la floride et la dauphine, le retour de belles lignes fluides et belles qui vont encore progresser avec le tout électrique: aucune contingeance mécanique, le dessin que le dessin!
Réponse de le 01/03/2017 à 22:37 :
Les Renault et les Nissan sont techniquement très voisines, quasi identiques en termes de motorisations, normal que les fiabilités soient semblables. Bien malin qui pourrait voir les différences techniques entre un Qashquaï et un Kadjar.
a écrit le 01/03/2017 à 11:16 :
La vérité c' est que Ghosn a fait de la Chine la chasse gardée de Nissan pendant 20 ans. Nissan seul a emmagasiner d' énormes profits sur un marché archi rentable. VW a fait le même constat et il a engranger lui aussi des milliards sur un marché où tout le monde était gagnant. Aujourd'hui le gouvernement chinois est beaucoup plus regardant et veut développer ses propres constructeurs.
Réponse de le 01/03/2017 à 13:54 :
L'autre vérité est que les français ne sont pas pris très au sérieux par les chinois. Par exemple le seul EPR qui soit en état de fonctionner au monde est construit en Chine, mais ne peut démarrer à cause d'une malfaçon des cuves fournies par la France.
Réponse de le 01/03/2017 à 17:13 :
c' est vrai que les allemands qui ont vendu des milliers de moteurs diesel truqués à des consommateurs d'un un pays envahi par la pollution sont beaucoup plus sérieux.
Réponse de le 02/03/2017 à 9:03 :
@sérieux
ben pour nous c'était un secret pour personne, les Volkwagen et certains monospaces Renault on les appelle les poulpes pour la grande traînée noire.
L'habitude chez-moi sur une essence à injection c'est de dépasser en côte après un virage à radar du couple maximum ~ 2400trs, à puissance maximum ~6400trs sans changer de vitesse.
C'est inattendu et imparable de l'imbécile dépassé persuadé d'en avoir sous le pied pour empêcher ça et ça se traduit par un infect nuage qui suit le poèle à fuel.
Evidement après alors que je suis à ma vitesse de croisière le kéké redouble mais à une vitesse débile furieux de s'être laissé avoir, pour le plus grand bonheur des bleus à jumelles.
Car un défaut collatéral du diésel c'est de perdre des points ou son permis.
a écrit le 01/03/2017 à 10:17 :
L'État français qui a besoin d'argent devrait vendre ses 5 % , sortir du capital et cesser de se mêler des affaires industrielles privées. L'état français devrait mieux s'occuper de gérer le pays qui va très mal, endetté comme jamais avec un chômage de masse. C'est d'ailleurs à cause de nos politiciens dogmatiques ,que nous n'avons pas de fonds de pension français , capables de soutenir nos entreprises et que nous avons une fiscalité de l'épargne dissuasive qui fait fuir les capitaux.
Réponse de le 01/03/2017 à 16:10 :
Si l'Etat vend sa participation, il n'y a plus d'actionnaires de références et ghosn (il l'a dit) se dépêchera de faire la fusion. Une fusion au profit de Nissan puisqu'il pèse deux fois le poids de Renault en terme de volumes de vente et de chiffre d'affaires.
Les usines deviendront des NISSAN-RENAULT, la marque Renault une sous marque dans la même situation que Seat au sein du groupe VAG

Je doute que des fonds de pension français permettent d'éviter ce que je viens de dire !
Réponse de le 01/03/2017 à 16:16 :
Pour ce qui est de la situation de Renault au sein de l'alliance, à voir cette excellente vidéo ( à 14 mn Jean-Luc Barberi ) :

https://www.youtube.com/watch?v=QvhbgySLI_0&t=1858s
a écrit le 01/03/2017 à 9:31 :
"Si Nissan quitte l'alliance à cause de l'Etat français, c'est Renault qui en sera la victime collatérale." Comment ? Renault possède 44 % du capital de Nissan, impossible pour Nissan de quitter l'alliance si Renault ne veut pas.
Réponse de le 01/03/2017 à 13:47 :
Il suffit d'une loi. La France socialiste connaît bien la question : menace de nationaliser Mittal France, menace de nationaliser Fincantieri France, loi Florange, etc.
Réponse de le 01/03/2017 à 20:41 :
Malheureusement lors de la dernière AG des actionnaires le PDG de Renault à fait voter un engagement de sa société à ne plus nommer, proposer, révoquer au conseil de Nissan. S'il le fait Nissan aura la liberté de monter au capital de Renault pour en prendre le contrôle.

Depuis Renault ne fait plus que de la figuration au conseil d'administration et n'agit plus sur la politique de Nissan qui a retrouvé toute son indépendance.

Le but de cette démarche était de calmer le Japonais (donc la moitié des actionnaires qui n'est pas française ?) Suite à la montée à 21% du capital de l'état.

Sauf que pendant longtemps l'état avait 25% de Renault et ça ne dérangait alors personne...

Pourquoi le patron de Renault à fait ce cas au patron de Nissan ?

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