Crédit auto américain : un nouveau risque de "subprime" ?

 |   |  575  mots
85% des achats automobiles de particuliers sont financés par des prêts.
85% des achats automobiles de particuliers sont financés par des prêts. (Crédits : reuters.com)
L'agence de notation financière Fitch s'est officiellement inquiétée de l'état des encours des prêts automobiles. Elle juge que les créances à risque sont particulièrement élevées et font courir un risque majeur sur le secteur bancaire américain. Mais le statu quo monétaire vers lequel semble se diriger la Réserve fédérale américaine pourrait limiter les dégâts.

Le système bancaire américain serait-il menacé par le syndrome "mêmes causes, mêmes effets" ? L'agence de notation financière Fitch s'est en tout cas inquiétée, dans une note, de l'envolée des prêts automobiles aux États-Unis qui atteindraient 1.060 milliards de dollars, alors qu'ils ne pesaient que 700 milliards de dollars fin 2010. Elle estime que l'encours à risque concernerait 20% du total (soit près de 220 milliards de dollars) et que près de 5% des prêts présentent déjà des retards de remboursements supérieurs à 60 jours, soit un soit un taux jamais enregistré depuis septembre 2009 au faîte de la crise financière. Fitch juge que ce taux pourrait approcher le seuil des 10% d'ici la fin de l'année.

Des achats financés à crédit

La chute des cours du pétrole a poussé les ménages américains à acheter une voiture et les taux d'intérêt extrêmement attractifs les ont encouragés à passer par un crédit. Les taux en vigueur actuellement oscillent autour de 4% soit moitié moins que son niveau d'avant-crise.

Ces facilités de financement ont d'ailleurs été un moteur pour le marché automobile américain qui est revenu à son niveau d'avant-crise bien avant le marché européen. Il faut dire que le taux de pénétration des financements bancaires a atteint 85% des achats automobiles en 2014 tandis qu'il ne représentait que 74% des achats en 2009.

Déjà début 2015, les analystes avertissaient contre un emballement des prêts à risque. Khalid Aït-Yahia, économiste à la Coface, expliquait alors à La Tribune :

"L'inquiétude, c'est que, en 2014, quatre nouveaux prêts sur dix étaient classés subprimes, c'est-à-dire que l'emprunteur présente un risque de défaut non négligeable".

Paul Chollet, également économiste à la Coface, abondait en s'inquiétant des effets d'un resserrement monétaire :

"Avec la volonté de la Réserve fédérale américaine d'augmenter ses taux d'intérêt, on peut craindre que les taux réels de ces prêts puissent augmenter de 3 à 4 points sur cette période", nous expliquait-il alors.

Ce qui aurait comme conséquence d'augmenter les mensualités de remboursement des ménages.

L'attitude déterminante de la Réserve fédérale

Et depuis, la Réserve fédérale américaine est effectivement passée à l'action en enclenchant en décembre 2015 une première hausse de 0,25 point de ses taux. Fitch constate que cette perspective avait été anticipée par les banques qui tentent de se débarrasser de leurs créances douteuses en les titrisant... Ce qui n'est pas sans rappeler la crise des subprimes en 2007.

Pour Stéphanie Villers, économiste chez Humanis, il n'y a pas de quoi s'alarmer : "la Fed devrait conserver le statu quo sur l'ensemble de l'année, et au-delà son objectif est un taux d'intérêt de 1,25% ce qui est très faible. En résumé, le contexte devrait rester très favorable aux emprunteurs", explique-t-elle à La Tribune.

Cela permettrait de ne pas accentuer la pression sur la capacité de remboursement des consommateurs.

En revanche, il est à craindre que les banques décident d'être plus sélectives dans les octrois de prêt, ce qui impacterait immanquablement l'industrie automobile américaine, et potentiellement créer une réaction en chaîne. Une chose est sûre, désormais, les investisseurs vont regarder de plus près cette donnée maintenant que Fitch s'en est publiquement inquiétée...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 26/03/2016 à 18:48 :
Si se produit un nouveau krach, y en a qui vont encore en profiter pour critiquer l'Amérique et le capitalisme ! Quelle tristesse...
a écrit le 26/03/2016 à 10:55 :
...reste le risque lié à l'encherissement des mensualité à la suite d'une hausse des taux sur des credits qui ,dans les pays anglo saxons sont à taux variable contrairement à nos pratiques( dont on veut au demeurant imposer le changement aux banques europeennes) .Sur des credits par definition courts une hausse progressive ne devrait pas produire une catastrophe comparable et de beaucoup à celle des subprimes
a écrit le 26/03/2016 à 10:49 :
je crois qu'une fois de plus on melange tout .Les "subprimes" concernent des credits immobiliers fondés sur la valeur du bien et le plus souvent augmentés à proportion de la valorisation sur le marché du bien .Dés que le marché baisse voire s'ecroule ,l'edifice s'effondre car la prise en compte des capacités de remboursement (les revenus rapportés aux charges ) est dans ce systême secondaire .Ce n'est pas le cas des préts immobiliers en France qui se fondent essentiellement sur cette capacité de remboursement et assez peu (sauf cas particulier ) sur la valeur du gage .
Pour le credit auto ,je pense qu'aux US comme en France la valeur du vehicule par definition trés fluctuante entre peu en consideration et que la capacité d'endettement prevaut or celle ci ,en macro ,est lié au niveau du chomage lequel est correct aux US
a écrit le 26/03/2016 à 6:32 :
Et vous ne parlez pas des prèts étudiant, bizzare????
a écrit le 25/03/2016 à 20:18 :
Bon bah apparemment l' industrie automobile ne va pas tarder à débaucher . Dans le même registre l' immobilier au Ru....mais ça nos économistes locaux , sont plutôt muets
et préfèrent parler de miracle .
a écrit le 25/03/2016 à 19:07 :
Il ne faudrait pas que ce risque devienne réel en même temps que le risque sur les 1.200 milliards de dollars de crédit étudiant...
a écrit le 25/03/2016 à 17:06 :
qui de l'oeuf ou de la poule?
le status quo de la bce n'est pas une bonne nouvelle et elle est a l'origine des bulles diverses qui ne vont pas manquer de gonfler
le cout du risque etant nul, on fait n'importe quoi - ce qui relance l'economie), puis on se rend compte du vrai cout lors des defauts....

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :