Mise en garde de Carlos Tavares sur l'électromobilité

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Pour Carlos Tavares, l'électromobilité interroge encore sur la réalité de ses vertus écologiques.
Pour Carlos Tavares, l'électromobilité interroge encore sur la réalité de ses vertus écologiques. (Crédits : Reuters)
Le patron de PSA veut interroger sur l'écosystème global de cette technologie qui pourrait ne pas être aussi vertueux qu'on le croit. Désireux de dérouler un ambitieux programme autour de la voiture électrifiée (voiture électrique, hybride...), Carlos Tavares a également insisté sur l'aspect industriel stratégique pour l'Europe qui est en jeu face à la puissance chinoise dans ce domaine.

Carlos Tavares ne souffle pas le chaud et le froid sur l'électrification automobile... Le PDG du groupe PSA a insisté pour être très clair sur cet aspect-là lors d'une conférence de presse donnée mardi au Mondial de l'automobile de Francfort.

Au contraire, il a rappelé que l'objectif de son groupe était bien d'électrifier 80% de sa gamme à horizon 2022. Une heure auparavant, le chef de l'ingénierie de PSA, Gilles Le Borgne expliquait que le groupe allait accentuer la modularité des nouvelles plateformes qui seront partagées avec les quatre marques du groupe (Peugeot, Citroën, DS et Opel), afin que celles-ci puissent accueillir une diversité de motorisations : de l'hybride rechargeable aux moteurs thermiques classiques en passant par le 100% électrique ou encore le 48 volts.

L'enquête de la DGCCRF

Le contexte est particulièrement tendu pour le constructeur automobile français. Celui-ci est au cœur d'une enquête judiciaire instruite par la DGCCRF qui l'accuse d'avoir installé un dispositif qui contrôle à des fins frauduleuses, les émissions de polluants. Une accusation démentie par PSA qui a tenté une opération de désamorçage de crise en convoquant la presse à y voir plus clair sur cette affaire. Gilles Le Borgne a commenté des extraits du rapport de l'IFPEN, un organisme d'experts, qui exonère PSA de toute action frauduleuse. Quant à Carlos Tavares, il a exprimé sa tristesse et sa colère quand une administration émet un avis scientifique qui va, selon lui, à l'encontre de l'avis déposé par une autorité scientifique.

| Lire PSA furieux après des accusations de fraude sur ses moteurs

Au-delà, c'est tout le contexte du secteur qui pousse les constructeurs à être plus ambitieux sur les voitures dites électrifiées. C'est d'ailleurs le thème incontournable de l'édition 2017 du Mondial de Francfort où les principaux groupes jouent la surenchère des effets d'annonce.

Un écosystème pas si vertueux...

Mais pour Carlos Tavares, les constructeurs ainsi que les autorités publiques auraient bien tort de faire de l'électromobilité l'alpha et l'oméga d'une automobile écologiquement vertueuse. Selon lui, de nombreux sujets n'ont pas été résolus sur la question de la voiture électrique si on se place du point de vue de l'écosystème et pas seulement de l'objet.

« Qui aujourd'hui est en train de se soucier de traiter de la question des mobilités propres dans leur globalité ? Quelles solutions pour la fabrication de batteries, le recyclage des batteries, l'exploitation mais également l'approvisionnement en terres rares, la nature de la production d'électricité... Etc », s'est-il ainsi interrogé.

Inquiet, il a estimé que l'emballement autour de l'électromobilité risquait de revenir comme un boomerang au visage des citoyens. Carlos Tavares a ironiquement imaginé sa position s'il devait revenir dans dix ans avec l'électromobilité au banc des accusés, au même titre que les moteurs thermiques aujourd'hui.

| Lire aussi À Francfort, l'industrie automobile espère trouver son salut dans l'électrique

L'aspect environnemental n'est pas le seul à avoir soulevé les réserves de Carlos Tavares. Celui-ci s'est rangé aux côtés de son homologue de chez Mercedes qui a prévenu que l'avènement de l'électromobilité allait probablement rogner les marges des constructeurs automobiles. Dieter Zetsch a estimé que la marge dégagée sur une voiture électrique serait au moins « deux fois moins » élevée que celle des motorisations classiques. Le groupe Mercedes pourrait alors être contraint de chercher 4 milliards d'euros d'économies s'il veut préserver ses marges.

La fin du règne européen sur les motorisations ?

Carlos Tavares partage cette analyse ajoutant que la question des subventions publiques sur l'électromobilité ne durerait pas, ce qui contraindra les constructeurs à se substituer à la puissance publique pour soutenir les ventes, soit un coût lourd à supporter.

Enfin, le patron de PSA juge que l'avènement de l'électromobilité pourrait signer la fin de la puissance automobile européenne au profit d'une puissance chinoise qui a d'ores et déjà acquis une position de force. « Nous sommes à la veille d'un point de rupture qui conduira l'industrie automobile chinoise à imposer au 21 eme siècle à l'Europe ce que celle-ci lui avait imposé au 20 éme siècle dans les motorisations thermiques », a-t-il ainsi prophétisé.

L'annonce, lundi, par Pékin d'en finir avec les motorisations essence, a encore ajouté de la pression sur les constructeurs. Cette annonce qui méritera d'être précisée pas seulement sur son aspect temporel, devra surtout l'être sur son périmètre puisque les voitures électrifiées englobent les motorisations hybrides qui restent encore en partie thermiques, et donc émettrice de gaz polluants...

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Commentaires
a écrit le 20/09/2017 à 17:09 :
Mr Tavares a bien raison de dire que l'électrique n'est pas forcément un truc génial : à une époque pas si lointaine que ça, c'était le diésel qui était le truc génial dans l'automobile.
a écrit le 13/09/2017 à 15:06 :
En attendant l'électrification totale ce qui n'est pas pour demain, la solution passe obligatoirement par le full hybride et l'hybride rechargeable. Le système micro et semi hybride n'étant que du Start & Stop amélioré.
a écrit le 13/09/2017 à 15:03 :
Tant qu'il ne fabriqueront pas des voitures plus légères, plus aérodynamiques, exploitant tout le solaire comme la Ligthyear One et tous les aspects de la récupération d'énergie, gestion électrique etc plutôt que de continuer de tenter de nous rendre dépendants de leur véhicules dépassés, il est certain que des groupe comme PSA qui finance des recherches sur les combustibles solides etc vont droit dans le mûr et tant pis si les chinois qui subventionnent largement l'électrique ou les indiens deviennent leader du marché sous peu. Le nombre de véhicules individuels sera réduit donc autant fabriquer directement les plus efficients possible avant les autres et se diversifier sur d'autres thèmes. Et l'aspect pollution de l'électrique est en partie de la propagande car les véhicules sont nettement moins polluants qu'en 2012 et on peut encore nettement améliorer, comme le font tous les concepteurs de véhicules électro-solaires qui n'utilisent que 60 kg de batteries et des véhicules bcp plus efficients (voir Ligthyear One, Sunswift Violet, ThyssenKrupp Suncruiser et Sunriser, Stella Solar Lux, Stella Vie etc)
Réponse de le 13/09/2017 à 17:36 :
@véhicules électro solaire
Vos argument sont convaincants, a première vue, car la réalité s’impose aux véhicules solaire ; que fait-on en l’absence de soleil ? Le solaire comme l’éolien est une énergie aléatoire. Il serait nécessaire de prévoir sur ces véhicules, une alimentation extérieure pour les jours sans soleil et la nuit !!!
a écrit le 13/09/2017 à 13:46 :
"la puissance automobile européenne au profit d'une puissance chinoise": C'est clair qu'on se saborde soit meme et ce depuis longtemps dans bien des domaines, au profits des USA, chinois, ou autres.....
a écrit le 13/09/2017 à 13:22 :
On ne va tout de même pas se plaindre des progrès technologiques et la diversification de l’offre.
Il est évident que lors de cette période, les choix stratégiques sont difficiles voire contradictoires. Les constructeurs Européens peuvent capitaliser sur leur savoir faire industriel, le risque étant de trop capitaliser sur leur savoir faire industriel présent ou passé. Le moteur a explosion a tout de même plus de 150 ans.

Il n’en demeure pas moins qu’il ne faudrait pas louper le coche.

A se demander si les transports individuels ont encore un avenir ?
La solution pourrait être dans la mutualisation des développements, ce qui amène à privilégier le collectif et le partagé.
A coup sur, cela ne va pas arranger les ventes de véhicules.
Réponse de le 13/09/2017 à 17:47 :
Mutualisation…, dans un monde, où le chacun pour soi devient la règle ! Personnellement je n’y crois pas. Le covoiturage sur des trajets réguliers c’est déjà bien. Se passer de son véhicule, en ville à la rigueur, mais il faut d’abord régler le pb des transports en commun. On en est loin !!!
a écrit le 13/09/2017 à 12:35 :
Fort le gars. En gros, il nous dit que vendre va lui coûter des sous. En attendant. le leader mondial de la voiture éléctrique est le groupe Renault-Nissan et de très loin... L'un des deux n'a rien compris.
a écrit le 13/09/2017 à 10:44 :
la haute fonction publique française qui se croient au dessus de tous et de tout
Réponse de le 13/09/2017 à 17:13 :
Portugais, élève du lycée francoportugais Charles Lepierre à Lisbonne. Centrale, toute sa carrière dans l'auto, etc...On a vu pire comme "haute fonction publique". Au moins lui il sait de quoi il parle.
a écrit le 13/09/2017 à 10:32 :
La vrai solution est l’électrique, non pas alimenté par batterie, mais alimenté par hydrogène. Cette solution combine les avantages du thermique actuel (recharge) et de l'électrique actuel (proprété présumé). Si les investissements nécessaires sont importants et l'écosystème reste à développer, ils ne sont finalement pas plus important que de développer un réseau de recharge de batteries sur tout le territoire et chez les particuliers.
Réponse de le 13/09/2017 à 12:45 :
Je crois que vous vous méprenez. Avoir un réseau de distribution d'hydrogène dans chaque maison est infaisable et extrêmement dangereux: l'hydrogène fuit, il n'existe pas réellement de réservoir capable de le contenir et encore moins de tube pour l'amener à domicile alors que l'électricité elle est déjà partout
Réponse de le 13/09/2017 à 14:35 :
L'hydrogène se produit par électrolyse, donc il faut consommer de l'électricité.
Le bilan global est donc nettement plus consommateur d'électricité (donc émetteur de CO2) que du pétrole. Cela pollue moins en ville mais cela pollue d'avantage la planète.
+les risques d'un tel carburant=>filière mort née, pour des usages de niche.
Réponse de le 13/09/2017 à 17:58 :
@wiki et brice

L es pompiers de st Lo expérimentent depuis 2 ans des véhicules hydrogène .
https://youtu.be/QNqtGkVm8w
Les japonais ont déjà commercialisé la Toyota MIRAI
https://youtu.be/ThWn0jGu1f0 Toyota « mirai ».
a écrit le 13/09/2017 à 10:24 :
C'est comme la chasse d'eau, on déplace loin des yeux ce qui nous gène!
Réponse de le 13/09/2017 à 12:39 :
Quitte à choisir, je préfère efectivement que ca soit loin des yeux. C'est à mon avis l'argument numéro 1 de la voiture élétrique. Pas de centre-villes et parkings pollués, une polution centralisée et dans la mesure du possible traitable.(Sans parler du gain en silence)
Même si au final le bilan écologique se discute, je pense qu'il y a un gain certain en qualité de vie.
Réponse de le 13/09/2017 à 12:40 :
Quitte à choisir, je préfère effectivement que ca soit loin des yeux. C'est à mon avis l'argument numéro 1 de la voiture éléctrique. Pas de centre-villes et parkings pollués, une polution centralisée et traitable sans la mesure du possible .(Sans parler du gain en silence)
Même si au final le bilan écologique se discute, je pense qu'il y a un gain certain en qualité de vie.
a écrit le 13/09/2017 à 10:15 :
Et pas un mot sur la pollution des villes ou le changement climatique.
Ni sur le prix (usine) des panneaux photovoltaïque, divisé par 8 en 10 ans (si c'était à peine rentable il y a 10 ans, imaginer ce que c'est aujourd'hui, ou que ce sera en 2025) !

Enfin rien sur la technologie V2G (véhicule vers le réseau), où la batterie de la voiture est utilisé (contre rétribution) pour lisser les pics de consommations (ou de production des énergies renouvelable) et ainsi rendre le réseau paradoxalement plus résilient (et plus il y a de véhicule électrique, mieux ça marche).

Bref le discours d'un type plus préoccupé de se poser en contradicteur de Carlos Ghosn que de comprendre les enjeux et les changements.
a écrit le 13/09/2017 à 9:19 :
Enfin les bonnes questions.
Si on avait fait pareil sur le diesel lorsque les écolos ont commencé leur barnum dans les années 70 nous n'en serions pas là.
Espérons que cette fois la voie de la raison sera entendue.
a écrit le 13/09/2017 à 9:00 :
Réflexion à prendre en compte. la vérité d'aujourd,hui n'est pas celle de demain. Il y a par exemple le bonus malus. sous la pression des écolos obsédés par le co² on a assité à un développement sans précédent du diesel ce même diesel qu'aujourd,hui les mêmes écolos abhorent!
a écrit le 13/09/2017 à 8:33 :
Il est certain que l'électromobilité doit être évaluer ouvertement en terme de protection de l'environnement. Mais il est certain que les grands de l'automobile sont face à un dilemme concernant les véhicules autonomes, car dès leur développement général, il n'y aura plus besoin de voitures individuelles. A savoir quand cette situation commencera à peser sur la production auto.

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