Voiture connectée : les équipementiers français font une croix sur le big data

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Le marché de la voiture connectée est estimé à 42 milliards de dollars à horizon 2025 par le Boston Consulting Group.
Le marché de la voiture connectée est estimé à 42 milliards de dollars à horizon 2025 par le Boston Consulting Group. (Crédits : © Eduardo Munoz / Reuters)
Faurecia et Valeo ont profité du salon de Francfort pour dévoiler leurs ambitions dans la connectivité, véritable vivier de croissance pour l'industrie automobile. Mais ils restent encore à l'écart du big data, terrain miné des géants du net, certes lucratif, mais qui nécessite de nouvelles compétences...

L'avenir de l'automobile tient en deux mots : connectivité et autonomie. De ces deux mots naissent les perspectives les plus folles, à tout le moins les plus ambitieuses. Il suffit d'annoncer un projet de développement dans un de ces domaines pour susciter l'intérêt, notamment des investisseurs qui croient dur comme fer en ces relais de croissance, gros pourvoyeurs de rentabilité. Une étude du Boston Consulting Group publié en mai dernier avait estimé à 42 milliards de dollars le marché potentiel de la seule connectivité à horizon 2025.

Faurecia et Valeo se veulent à l'avant-garde

Et les équipementiers automobiles sont les plus attendus sur ces nouvelles frontières. Pour Valeo, l'affaire est entendue depuis longtemps. "En matière d'autonomie, nous sommes parmi les meilleurs parce que nous avons pris ce sujet avant les autres", assure à la presse Jacques Aschenbroich en marge du salon automobile de Francfort. Sur la connectivité, les deux équipementiers français, Valeo et Faurecia, se veulent également à l'avant-garde. Au salon de Francfort, ils ont multiplié les annonces.

Des nouveaux produits présentés à Francfort

Valeo lance ainsi Remote Clean4U, un système qui permet d'activer à distance un système de dégivrage logé dans les essuis-glaces. L'année dernière, ils avaient présenté un système de clé de démarrage virtuelle installée sur un smartphone. Et il y a Mobius, cette console de bord qui permet d'aménager divers univers de conduite en fonction du climat et des préférences installées sur son mobile.

Faurecia mise davantage sur l'interactivité entre les différents éléments de la voiture afin d'organiser un rapport plus intuitif entre le conducteur et son environnement de conduite. Le smartphone, connecté grâce au système sans fil NFC, est au cœur de ce dispositif. Trois écrans différents permettent de gérer les applications mobiles ou d'autres fonctions comme la climatisation et les différentes ambiances intérieures.

Conflit d'intérêts avec les propres clients?

Mais les deux équipementiers ne vont pas plus loin dans le développement de leurs projets de connectivité. Ainsi, leurs produits restent connectés dans l'espace fermé entre conducteur et le smartphone dans l'automobile. Pour l'heure, il n'est pas question de récolter les informations à des fins de traitement, ce qu'on appelle le big data. "Nous ne pouvons pas concurrencer nos propres clients", explique Jacques Aschenbroich.

Pourtant, les constructeurs automobiles ne seront pas les seuls sur ce terrain. "Les clients chercheront des solutions multimarques", explique Hadi Zablit directeur associé au Boston Consulting Group et spécialisé dans l'industrie automobile. Du coup, ce sont des milliers de start-up qui réfléchissent à s'accaparer des services innovants et qu'ils espèrent, in fine, monétisables.

"Le big data ouvre le champ au développement très vaste  de nombreux services avec à la clef un marché potentiellement gigantesque. La question sous-jacente c'est la capacité à monétiser cette valeur ajoutée, soit par la vente de services ou dans l'intégration dans le prix de vente du véhicule par exemple", explique Guillaume Crunelle, associé chez Deloitte et spécialiste de l'industrie automobile.

Google et Apple en embuscade?

Des données de maintenance à la gestion de flotte, des habitudes de conduite aux préférences musicales, les possibilités sont immenses. Et les services existent déjà. L'enjeu de leur monétisation n'est toujours pas résolu, mais le terrain est fertile. D'ailleurs, Google et Apple ne vont pas chercher autre chose lorsqu'ils annoncent des projets de voitures connectées. Ils maitrisent la partie logicielle, et davantage pour Google, la science des algorithmes, véritable martingale du big data.

Mais les constructeurs comme les équipementiers ont une expertise, eux, sur toute la partie mécanique. Qui est mieux placé pour établir un diagnostic de maintenance automobile ? Les équipementiers présentent aussi l'avantage d'être multimarques.

Cela impliquerait pour eux d'acquérir de nouvelles compétences liées au software. Pour des groupes habitués à de lourds investissements industriels en R&D, le défi ne parait pas insurmontable. D'ailleurs, sans le savoir (ou presque), Faurecia a commencé à réfléchir au sujet. Avec son siège capable de jauger l'état de santé du conducteur à partir d'un certain nombre de capteurs sensoriels et de proposer un programme de relaxation mixte entre massage et siège chauffant, Faurecia traite des données. En orientant son développement sur le big data, il pourrait développer des services monétisables.

Le big data, une opportunité industrielle

En réalité, les équipementiers investissent le terrain du big data à des fins industrielles et logistiques : améliorer les process de production, de livraison de pièces ou la gestion prédictive de maintenance. Au final, les équipementiers semblent développer les canaux qui offriront l'opportunité à d'autres de développer l'économie du big data et d'en récolter les fruits. Cela revient-il à servir la soupe aux autres ?

"La vraie question qui se pose à chacun est la place qu'il doit prendre dans le futur écosystème de la mobilité connectée. Les équipementiers ont une place naturelle à occuper dans la mise en place d'équipements dans les voitures permettant la collecte et la transmission des informations. Dans une économie de l'information être celui qui permet à l'écosystème de fonctionner n'est pas un rôle ingrat du tout", répond Guillaume Crunelle.

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Commentaires
a écrit le 18/09/2015 à 11:36 :
Tout cela n'a aucun sens. Qu'on améliore la sécurité en ajoutant des dispositifs comme les régulateurs adaptatifs, le confort avec la climatisation, les essuies glaces auto, des aides comme les GPS et bien d'autres fonctions OK. Mais là ou va t-on? On n'a pas besoin de tout cela. Ce qu'on veut c'est des voitures fiables, confortables et a des prix abordables. Coté tarif, c'est l'inflation. Il ne faut pas s'étonner du succès des voitures à bas couts.
ET concernant la sécurité tous ces nouveaux outils ne vont pas dans le bon sens. Il ne faut pas téléphoner (je suis d'accord avec ce principe) et on va ajouter des services similaires a ce qu'on trouve sur nos smartphones tablettes et PC. Il y a quelque chose qui ne va pas.
a écrit le 17/09/2015 à 23:18 :
Ou alors on se fera hacker par des terroristes... Un petit carambolage de masse à 130km/h ou plus (250km/h en Allemagne), ça vous tente? Il y a déjà des "gentils" hackers aux USA qui ont piraté un modèle de chez Jeep/Chrysler...
a écrit le 17/09/2015 à 19:27 :
Chouette, grâce à la voiture connectée, on pourra augmenter le temps de cerveau disponible pour vendre de la boisson gazeuse...
Réponse de le 17/09/2015 à 20:22 :
Bah non...

On se fera hack par un quidam ou par des garagistes ou les marques et hop un petit accident et des dépenses !

Rendre vulnérable les choses sont leurs crédo, comme l'obsolescence programmé...

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