Domotique : « L'arrivée de nouveaux acteurs est une chance » (Benoît Watrigant, Legrand)

 |   |  722  mots
Benoît Watrigant, directeur digital et e-commerce chez Legrand. / DR
Benoît Watrigant, directeur digital et e-commerce chez Legrand. / DR (Crédits : DR)
Benoît Watrigant est directeur digital et e-commerce chez Legrand, l'un des leaders dans la fabrication de matériel électrique et d'automatisme.

LA TRIBUNE - Toutes les études promettent à la domotique un grand succès dans les années à venir. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

BENOÎT WATRIGANT - Le marché et les mentalités semblent enfin mûrs pour que la domotique touche un public plus large. Mais la domotique d'aujourd'hui n'est pas celle d'il y a vingt ans. Avant, le mot désignait l'automatisation des tâches répétitives et rébarbatives du quotidien : fermer les volets en appuyant sur un bouton, éteindre toutes les lumières en une seule fois...

Depuis quelques années, il recouvre une tout autre réalité. Il ne s'agit plus seulement de rendre le quotidien plus agréable, mais de contrôler son environnement grâce à des objets connectés entre eux. Le rôle des smartphones puis des tablettes dans cette évolution est considérable car ces nouveaux outils per mettent à l'utilisateur de gérer de manière très simple, parfois à distance, sa maison, sa sécurité, son équipement électroménager ou sa consommation d'énergie. Les objets sont rendus intelligents grâce à la programmation logicielle que nous fournissons.

Pour les fabricants de matériel électrique et d'automatismes comme Legrand, la domotique est un prolongement naturel de nos activités. Lorsque je suis arrivé dans l'entreprise il y a quinze ans, on en parlait déjà.

Justement, de nombreux nouveaux acteurs se mettent à concevoir et à commercialiser des offres domotiques. En tant qu'acteur historique, comment vivez-vous cette concurrence ?

Le marché est en pleine transition. Tout le monde a compris que la domotique représentera un formidable levier de croissance. Ces acteurs contribuent à construire le business model en portant de nouveaux services, comme l'aide à la personne, le maintien à domicile... C'est une chance car ils élargissent le marché et touchent de nouveaux publics. Mais nous ne nous sentons pas menacés car chacun garde son expertise.

Les télécoms, par exemple, ont une carte à jouer pour démocratiser la domotique. Leur force est leur relation avec 60 millions de consommateurs, qui payent une facture chaque mois pour un ensemble de services qui comprendront demain la domotique. En revanche, leur modèle économique s'appuie sur leur capacité à proposer des solutions de base, simples d'in tégration et de mise en oeuvre. Ils n'ont pas forcément la légitimité et la crédibilité au niveau technique.

L'avenir se joue donc dans la capacité des acteurs traditionnels à conclure des partenariats avec ces nouveaux opérateurs de services ?

Pas seulement, car il y a plusieurs marchés dans la domotique. Nous gardons la main dans l'imotique [l'équipement domotique pour le tertiaire et l'industrie, ndlr] et dans le haut de gamme, qui représente encore l'essentiel du marché des particuliers. Mais nous sommes aussi intéressés par la domotique grand public. C'est pourquoi Legrand a établi un partenariat avec SFR. Nous fournissons les solutions de contrôle des ouvrants et de l'éclairage incluses dans leur pack domotique Home by SFR.

Nous travaillons avec les téléassisteurs (Présence verte, Europe assistance...) qui font appel à nous pour leurs produits dédiés aux personnes âgées et dépendantes Nous équipons aussi les enseignes de bricolage comme Leroy Merlin ou Castorama. Ces nouveaux acteurs sont des canaux alternatifs, qui viennent s'ajouter à nos canaux traditionnels : les distributeurs professionnels, les installateurs, les électriciens...

Les Français considèrent toujours la domotique comme un gadget technologique très onéreux. Comment faire évoluer les mentalités ?

Laisser entrer les nouvelles technologies dans son quotidien peut effrayer. Beaucoup de gens n'ont pas envie d'automatiser leur vie. Ils gardent en tête des références comme la maison imaginée par Jacques Tati dans Mon oncle [film de 1958 qui dénonçait la fascination pour les gadgets technologiques].

En réalité, c'est exactement l'inverse : la domotique libère l'individu de certaines contraintes du quotidien et lui permet de mettre la technologie au service de son bien-être, pas d'être esclave de la technologie. Les fabricants, les opérateurs de services, les installateurs doivent mener un travail de pédagogie pour convaincre les réticents. Chez Legrand, plusieurs lieux d'exposition, situés à Limoges et à Pantin, se chargent de faire découvrir la domotique aux clients. L'image qu'ils en ont change du tout au tout lorsqu'ils découvrent ce qu'elle apporte.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 06/05/2014 à 23:31 :
"Nous équipons aussi les enseignes de bricolage comme Leroy Merlin ou Castorama"
C'est bien pour démocratiser la domotique comme un gadget de bricolage!

"la domotique libère l'individu de certaines contraintes du quotidien et lui permet de mettre la technologie au service de son bien-être, pas d'être esclave de la technologie."
Et pourtant Legrand reste figé sur un protocole de communication domotique, le MyHome qui n'est aucunement ouvert... ou comment etre esclave d'un fabricant
a écrit le 06/05/2014 à 14:43 :
Le "digital" d'aujourd'hui n'est pas celui d'il y a vingt ans. Avant, le mot désignait en bon français ce qui se rapportait aux doigts.

Depuis quelques années, il recouvre une tout autre réalité sémantique. Il ne s'agit plus seulement de désigner ce qui se rapporte aux doigts, mais, suivant une mode moutonnesque et anglo-servile, de remplacer le terme "numérique", afin de créer de la confusion dans l'esprit du public, en le forçant à subir un terme anglo-saxon tellement plus branchouille que le terme correct.

Le rôle des professionnels puis des "journalistes" dans cette "évolution" est considérable : participer à l'effort général visant à transformer la langue française en langue morte et imposer la "franglobish-attitude" libère l'individu de certaines contraintes linguistiques du quotidien et lui permet de mettre le "causer moche" au service de sa propre médiocrité, pas d'être esclave du sens et de l'étymologie.

Les fabricants, les opérateurs de services, les installateurs doivent mener un travail de pédagogie pour convaincre les réticents...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :