Le secteur du bâtiment va-t-il être « uberisé » ?

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La future loi Noe d'Emmanuel Macron pourrait chambouler le secteur du bâtiment
La future loi Noe d'Emmanuel Macron pourrait chambouler le secteur du bâtiment (Crédits : REUTERS/Charles Platiau)
Les artisans du bâtiment craignent que la Loi Macron 2 affecte leur profession.

Une forme d'« uberisation » du secteur du bâtiment est peut-être en marche. Et cela inquiète beaucoup les petites entreprises du secteur. Lors de la présentation de la note de conjoncture trimestrielle de la confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), son président Patrick Liébus a averti contre des mesures contenues dans un rapport de Catherine Barbaroux, la présidente de l'Adie - une institution de micro-crédits -, chargée par Emmanuel Macron de réfléchir aux freins à entrepreneuriat individuel. Ce rapport est censé aider à l'élaboration de sa prochaine loi sur les « nouvelles opportunités économiques » (Noe).

Il a en effet été rapporté à Patrick Liébus que certaines mesures du rapport concernent son secteur. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas apprécié leur teneur. « Concrètement, ce qui nous déplait, c'est que ce rapport stipule que pour travailler dans les métiers du bâtiment, il n'y a pas besoin de qualification », s'indigne le président de la Capeb. L'idée du gouvernement serait de donner à chacun l'opportunité de créer sa propre activité, ce qui aiderait à réduire le chômage.

Double discours

Pour le président de la Capeb, le gouvernement s'embourbe ici dans un double discours : alors que du côté du ministère de l'Ecologie et du Développement durable, on demande aux professionnels du bâtiment d'être de mieux en mieux formés à la rénovation énergétique pour faire face aux défis environnementaux, à Bercy en revanche, on réfléchit à introduire dans une prochaine loi des mesures visant à faciliter l'accès aux métiers du bâtiment pour des entrepreneurs sans qualification. « Comment peut-on d'une part nous demander de monter en compétence, et d'autre part nous dire qu'il n'y a pas besoin d'être qualifié pour créer son entreprise dans le bâtiment ? », s'indigne Patrick Liébus. « S'il n'y a pas de qualifications dans nos métiers, il faut oublier par exemple la mention RGE (Reconnu garant de l'environnement, qui permet d'attester des compétences des professionnels du bâtiment ndlr) », ajoute-t-il.

Le président de la Capeb a pourtant rencontré à trois reprises le ministre de l'Economie lors des dernières semaines. « Pour Monsieur Macron, faire des stages préalables à l'installation d'activités artisanales, c'est trop long. Pour lui, une entreprise doit pourvoir être créée en 24 heures... c'est complétement déraisonnable ! S'installer, c'est connaître son métier », regrette-t-il. « De fait, tout métier qui vise à produire des biens qui touchent à la santé et à la sécurité des personnes devrait demander une qualification, que l'on obtient soit grâce à un diplôme, soit par le biais d'une expérience suffisante », ajoute Patrick Liébus.

Pas d'assurance

Ce rapport tombe mal pour la profession qui pensait entrevoir la sortie de crise : l'activité dans l'artisanat du bâtiment devrait se stabiliser en 2016, après quatre années compliquées où le secteur a perdu en tout 52.000 emplois.

Patrick Liébus a par ailleurs exprimé son inquiétude sur les intentions prêtées au ministre de l'Economie de rehausser le plafond de chiffre d'affaires pour être auto-entrepreneur, un statut qui cause des problèmes de concurrence déloyale aux artisans du bâtiment. Si tel était le cas, le président de la Capeb craint que beaucoup d'entreprises classiques du bâtiment basculent sous le régime d'auto-entrepreneur, soumis à moins de charges. Ce qui pose des questions macroéconomiques. « Comment assurer dans ce cadre le financement de nos retraites ? Quel sera l'état de la protection sociale en France ? Comment financera-t-on ceux qui resteront au chômage ? », s'inquiète-t-il. Nous ne sommes ni Etats-Unis ni en Angleterre où en plus du chômage, beaucoup de jeunes sont en situation de précarité. Si c'est ce que l'on veut en France, alors il faut changer totalement de système ».

Un autre facette de l'uberisation

Cette nouvelle polémique est aussi révélatrice de la tendance du gouvernement à penser que si chacun voulait être son propre patron, le chômage diminuerait d'autant. Cette croyance est une autre facette de ce qui est appelé "uberisation" de l'économie, dont la vision va au-delà de la seule création des plateformes digitales.

Or, dans un secteur du bâtiment où, déjà, l'emploi est très cyclique et donc de fait assez flexible, on peut se poser la question de l'utilité de telles mesures visant à individualiser la prise d'initiative, et qui, in fine, pourraient avoir pour effet de dégrader la qualité des services rendus aux clients.

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Commentaires
a écrit le 06/05/2016 à 19:44 :
Le véritable problème est qu'il n'y a pas de tiers de confiance permettant de juger de la qualité ou non d'un "entrepreneur en bâtiment".

Une fois tous les risques couverts [assurances décennales et civiles obligatoires pour tous], comment le consommateur doit-il faire pour s'y retrouver, entre 2 prix [différentes charges - pas de TVA pour les uns] et des qualifications différentes [expertise/formation]

Cela s'appelle construire dans les règles de l’art, encore faut-il les apprendre !

Et puis le terme Ubérisation est mal utilisé dans cet article. On confond avec Uber POP (utilisation d'autoentrepreneur particulier pour remplacer de vrai chauffeur VTC)

M. Burin CEO : https://www.travauxlib.com/
a écrit le 21/01/2016 à 9:05 :
« Concrètement, ce qui nous déplait, c'est que ce rapport stipule que pour travailler dans les métiers du bâtiment, il n'y a pas besoin de qualification », s'indigne le président de la Capeb.

Pour certains corps de métiers généralement liés au gros oeuvre (maçonnerie, charpente, électricité ...), il a raison d'exiger des qualifications.

En revanche, il est injuste et stupide d'empêcher, par corporatisme ou peur de son ombre, d'empêcher des travailleurs en créer leur propre emploi sous le statut d'auto-entrepreneur pour faire du jardinage ou des travaux de bricolage (changer une vitre, réparer un robinet qui fuit, donner un coup de peinture dans une pièce ou changer la moquette ...).

C'est pourtant ce que les syndicats d'artisan et des entreprises du bâtiment ont obtenu !!!
a écrit le 16/01/2016 à 19:12 :
Bonjour il faut arrêter dire des bêtises sur l auto entrepreneur
Nous avons autant de charge qu'un artisant qu en ont calcul
Rapel charge rsi
Impôt sur notre chiffre
Aucune récupération de TVA

Et nous payons les assurances décennales
Le seul avantage tu travail tu payés tes charges tu boss pas t en payé pas
Ça devrais êtres pareil pour tout les artisans
a écrit le 15/01/2016 à 10:36 :
Article incroyable, qui montre que le corporatisme est impressionnant en France.
Les mêmes qui revendiquent la liberté d'entreprendre, l’excès soi-disant de charge, le poids des réglementations, démolissent tout leurs beaux principes quand il faut les appliquer à eux-mêmes. .

Pourtant, ils n'hésitent pas à acheter des vêtements de mauvaise qualité produits au Vietnam dans des conditions indignes, des grosses voitures allemandes, des téléviseurs fabriqués en Chine (patrie des droits de l'Homme) etc...

Le libéralisme, c'est pour les autres. Que Dieu nous préserve de cela.
a écrit le 15/01/2016 à 9:13 :
Une grande partie du pb vient de la loi de juin 2014 qui a durci les conditions d'installation des AE et qui sous la pression des organisations professionnelles a introduit des conditions de qualifications imbéciles (ex un maçon qui auparavant pouvait faire du carrelage ne peut maintenant le faire s'il n'a pas de qualification en carrelage!)
Les organisations professionnelles du bâtiment en particulier la CAPEB sont obnubilées par les AE (oubliant au passage la concurrence beaucoup plus pénalisante des travailleurs détachés de l'est). Ces mêmes organisations ont voulu freiner le développement des installations avec la qualification par métier et le gouvernement sans réfléchir a bêtement acquiescé ce qui amène la situation actuelle.
Résultat la position corporatiste de la CAPEB risque de déboucher paradoxalement sur une loi beaucoup plus permissive. Quand au RGE c'est une rente pour les organismes certificateurs (contrôlés par les syndicats professionnels) qui assurent la formation et perçoivent chaque année une cotisation. Quant au consommateur il doit supporter ces coûts supplémentaires donc des tarifs plus élevés au nom du développement durable et c'est le contribuable qui finance tout cela au travers des primes et exonérations fiscales!
a écrit le 14/01/2016 à 19:28 :
Cela fait 10 ans que je chipote des chantiers pour le compte de clients, mais comme je n'ai qu'un bac+5 dans l'immobilier, je n'ai pas le droit d'avoir une entreprise du bâtiment !
Et oui, il faut un CAP.
Les ouvriers que je dirige en rigolent...
Il faut arracher ces chaînes qui entravent l'activité de notre nation.
Réponse de le 14/01/2016 à 23:42 :
Votre arogance en tous les cas est au sommet
Réponse de le 15/01/2016 à 6:49 :
Cela est une réponse d'esprit simple qui a encore besoin de lire des
centaines de livres dans tous les domaines ...
Depuis quand un bac +5 dans est une preuve de culture
dans un domaine comme la maçonnerie . Rabâcher des phrases par
coeur pour obtenir un diplôme serait un gage d'omniscience ...
La maçonnerie comme les autres métiers sont des arts que l'on
maîtrise à force de moultes expériences personnelle ou cultures
personnelles dans le domaine en question .
Avoir un diplôme dans un domaine : a condition que l'on aie compris ce que l'on a appris ne représente rien face à l'immensité
du savoir : au contraire plus on se spécialise bac + 10 etc plus
on devient niais et inculte et prétentieux dans les autres domaines .
Si vous voulez connaître ce qu'est la véritable culture : regardez
les 12 coups de midi et voyez combien de temps durent les bac + 12
alors apprenez à utiliser la truelle avec modestie et courage ...
a écrit le 14/01/2016 à 17:54 :
Après "l'autoentreprisation" voici venu le temps de "l'ubérisation"de toutes les activités économiques. Le terme générique est en fait "l'esclavagisation", c'est le nouveau mot, plus moderne, qui remplace "l'esclavage", avec une nuance, c'est la possibilité de "s'esclavagiser" tout seul dans un cadre légal. Macron, l'oreille du Medef, l'homme
qui aura permis un retour au XIXème siècle, début du XXéme, des années folles, du paradis perdu de la Grande et Moyenne Bourgeoisie.
Il n'aura bientôt plus que 2 alternatives pour la piètaille, la Révolution ou (et) la guerre civile. A moins que ce soit la guerre tout court. Les puissants de ce Monde ne s'embarassent pas de scrupules quand il s'agit de sauvegarder leurs intérêts.

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