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L'Etat et les industriels s'unissent pour financer les "start up" de la santé

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Audrey Tonnelier  |   -  562  mots
Inserm Transfert Initiative, un fonds qui soutient les biotechnomogies en phase de démarrage, annonce ce jeudi la levée de 33,5 millions d'euros auprès de la Caisse des Dépôts, de l'Inserm et de sept laboratoires français et étrangers.

C'est une seconde naissance pour Inserm Transfert Initiative (ITI). Cette filiale de l'Inserm, créée en 2005 pour financer les premières années de vie des sociétés de biotechs - la période dite d'"amorçage" - ne disposait jusqu'ici que de 4,2 millions d'euros pour investir dans les "start up" issues de la recherche académique hexagonale. Elle annonce ce jeudi la levée de 33,5 millions supplémentaires. Un montant apporté par le Fonds national d'amorçage (15 millions), géré par la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), dont c'est la première opération, la CDC elle-même au titre du FSI (5 millions), l'Inserm (5 millions) mais aussi sept laboratoires privés associés à l'assureur Sham, pour un total de 8,5 millions. Parmi ces derniers, de grands groupes français (Sanofi, Ipsen et le LFB) et des étrangers (les américains Abbott et Merck, le britannique GSK et le fonds de capital-risque de l'allemand Boehringer Ingelheim). "Cette levée nous place à égalité de moyens avec les fonds de capital-risque positionnés en amorçage dans la santé", s'est félicité le directeur des investissements d'ITI, Matthieu Coutet, lors d'un entretien exclusif à La Tribune.

Car l'argent est le nerf de la guerre pour les biotechs. Il n'est pas rare qu'entre l'idée d'un chercheur et la commercialisation d'un traitement une dizaine d'années s'écoule, sans revenus fixes pour la société. La phase d'amorçage, qui précède les essais cliniques, est la plus critique. "Elle coûte cher, présente un risque maximal et est perçue comme très technique", explique Cécile Tharaud, présidente du directoire d'Inserm Transfert, la structure dédiée à la valorisation des découvertes de l'Inserm. Le phénomène est aggravé par le retard structurel de la France en matière de capital-risque. "Sur un portefeuille de dix à quinze sociétés, on peut s'attendre à ce qu'un tiers reste bloqué dans son développement ou disparaisse faute de financement", regrette Matthieu Coutet.

Se rapprocher des cibles

Avec moins de 25% de la mise, les "big pharma" font toutefois pâle figure dans cette opération. C'est que l'industrie préfère investir en direct dans des sociétés, plutôt que dans des fonds gérés par un tiers. Quant aux suisses Roche ou Novartis, ils disposent de leurs propres fonds de capital-risque. Les laboratoires qui ont répondu à l'appel y voient, eux, l'opportunité de se rapprocher de cibles potentielles. D'autant qu'ils joueront aussi un rôle de conseil opérationnel des "start up". "Nous avons intérêt à voir se développer autour de nous un écosystème de biotechs de qualité", indique le responsable des affaires scientifiques d'Ipsen, Christophe Thurieau. "La France reste attractive pour notre maison mère même si la complexité de l'univers académique hexagonal nous est encore reprochée", fait valoir le patron France d'Abbott, Denis Hello.

Avec cette recapitalisation, ITI, qui dispose d'un portefeuille de quatorze sociétés, compte investir dans quinze à vingt nouvelles "biotechs" dans la pharmacie, le diagnostic ou les services de santé. Les tickets moyens seront de 2 millions d'euros sur cinq ans. "Nous investirons cette somme progressivement, d'abord en consolidant l'équipe managériale et le plan de développement, et en partenariat pour des tours de tables de 5 à 6 millions au total", explique Matthieu Coutet.

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