Rester assis au travail tue plus que le tabac

Par Tiphaine Honoré  |   |  888  mots
Selon l'Institut américain de la Santé, un adulte passe en moyenne 7,7 heures par jour sédentaire et 70% des employés de bureau passent plus de cinq heures par jour assis à leur bureau. (Illustration : Wikimedia / Angus McIntyre et Mattthew Brauer) (Crédits : DR)
De plus en plus d'experts, qu'ils soient français ou américains, s'alarment sur les dangers de la position assise prolongée sur la santé des travailleurs. Quelques entreprises commencent à adopter des bureaux modulables pour se tenir debout quelques heures.

Douleurs au dos, dégénérescence musculaire, maladies cardiaques, diabète, cancer du colon et même décès prématuré sont quelques-uns des risques qu'encourt le travailleur sédentaire. Si l'on en croit plusieurs études parues ces derniers temps, il ne fait pas bon rester trop longtemps assis devant son ordinateur. Rob Danoff, médecin et membre de l'association des ostéopathes américains (AOA) expliquait à l'AFP que le travail sédentaire : "On se prépare, assis, à en mourir". 

Sans mouvement, l'organisme "s'encrasse"

Même constat chez les experts français. Le cardiologue et médecin du sport François Carré, expliquait déjà en janvier dans un entretien au Monde : 

"La sédentarité tue plus que le tabac. C'est prouvé. Plus le temps journalier passé en position assise est élevé et plus courte est l'espérance de vie. La sédentarité favorise le développement de facteurs de risque cardiovasculaire comme l'hypertension artérielle, le diabète, le cholestérol, l'obésité... Mais surtout, la sédentarité « encrasse » notre organisme qui va  moins bien fonctionner avec un niveau d'inflammation et de stress oxydatif trop important. Ces perturbations favorisent le développement des cancers".

Ces heures de plus en plus longues passées sur une chaise s'expliqueraient par une raison simple : "la sédentarité croissante est liée à la mauvaise utilisation que l'on fait du progrès" explique François Carré, également cofondateur de l'Observatoire de la sédentarité

Près de 8 heures par jour sédentaire en moyenne

Pour l'américain Rob Danoff, les origines de ce "mal" sont aussi sociologiques. "Nous sommes une société qui s'avachit, on est assis avachi la plupart du temps au bureau et quand on rentre à la maison, on s'avachit sur le canapé devant la télévision. La combinaison peut être mortelle".

Selon l'institut américain de la Santé, un adulte américain passe en moyenne 7,7 heures par jour sédentaire et 70% des employés de bureau passent plus de cinq heures par jour assis à leur bureau. Or plus on est assis, plus le sang circule mal, explique Rob Danoff, provoquant des risques pour la santé. Et aller au club de gym après le travail ne compense pas, dit-il.

Selon une étude publiée dans The Archives of Internal Medicine, il y a une augmentation de 15% de risque de décès prématuré pour la moyenne des sédentaires (huit heures par jour) et de 40% pour les plus statiques (11 heures) par rapport à ceux assis moins de quatre heures.

Des bureaux modulables et des sièges ballons

L'Association Médicale américaine (AMA) a même adopté l'an dernier une recommandation appelant "employeurs et employés à trouver des alternatives à la position assise, comme les bureaux en hauteur et les sièges ballons".

Le message commence à passer et les appels à "se lever" sont de plus en plus nombreux, avec l'utilisation de "bureau debout", ou "standing desk", devant lequel on se tient debout. "Ils sont connus depuis une vingtaine d'années en Europe, mais aux Etats-Unis, on trouvait ça bête", dit à l'AFP Jeff Meltzer dont la société à Lincolnwood dans l'Illinois (nord), Applied Ergonomics, crée des espaces de travail.

"J'ai vu un énorme changement l'an dernier", ajoute le président de cette société où la vente de ces bureaux a augmenté de 50% en un an. La Californie et ses Google, Facebook et autres Twitter toujours prompts à donner la tendance, les utilisent déjà. A Washington, Kathleen Hale, 34 ans, fondatrice de "Rebel Desks", en vend à des avocats, professeurs d'université ou professionnels de santé qu'elle assortit quelquefois de "treadmills", un tapis roulant sur lequel on marche à faible allure. "Les gens veulent maintenant un espace de travail sain. Ils y passent plus de temps qu'avec leurs familles", dit la jeune femme.

Un reportage de La Tribune montrait l'été dernier comment une start-up de la Silicon Valley avait investi dans ces "bureaux roulants", plus économiques qu'un abonnement en salle de gym.

Bilaal Ahmed, 34 ans, fondateur de la start-up Linktank, a adopté le bureau réglable, même s'il est en excellente santé: "C'est à titre préventif, je veux rester en forme et actif quand je travaille", dit-il. "Mais il faut avoir l'écran à la bonne hauteur, avec les bras perpendiculaires au corps", dit-il, "et quand je suis fatigué, je m'assois".

C'est ce que préconise Kathleen Hale: "Il faut diversifier. On reste debout, on marche, et quand on en ressent le besoin, on s'assoit, on prend une pause. Nous encourageons nos clients à penser que s'asseoir, c'est prendre une pause", dit-elle. "Je suis plus actif physiquement, et donc mentalement plus actif, et plus productif", assure Bilaal Ahmed, confirmant ainsi les résultats de certaines études.

Ne pas aller d'un extrême à l'autre

Mais attention, lance l'ostéopathe Rob Danoff, si "nous ne sommes pas faits pour être assis toute la journée, nous ne sommes pas faits non plus pour être toujours debout", ce qui peut aussi provoquer des problèmes. "Il ne faut pas aller d'un extrême à l'autre", dit-il.

Se lever une minute toutes les demi-heures, marcher dans le couloir, prendre l'escalier plutôt que l'ascenseur, aller voir son collègue au lieu de lui envoyer un courriel, "il y a beaucoup de solutions de bon sens qui ne demandent pas l'acquisition d'équipements sophistiqués", dit-il.