Après la C, l'hépatite B future poule aux œufs d'or des industries pharmaceutiques ?

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Plus de 780.000 personnes meurent chaque année des suites de cette malade infectieuse.
Plus de 780.000 personnes meurent chaque année des suites de cette malade infectieuse. (Crédits : Reuters)
L'hépatite B, maladie infectieuse qui s'attaque au foie, provoque plus de 700.000 décès dans le monde chaque année. Biotechs et big pharmas font la course pour trouver un traitement capable de guérir la maladie chronique. Le marché est potentiellement énorme, mais l'arrivée d'un remède révolutionnaire ne devrait pas survenir avant plusieurs années...

Dans la course aux traitements pour trouver un remède à l'hépatite C, il y a deux grands vainqueurs aujourd'hui: Abbvie et Gilead. Grâce au Sovaldi, lancé sur les marchés européens et américains en deuxième partie de l'année 2014, les revenus de ce dernier ont grimpé de 31% à 32,15 milliards de dollars l'année dernière. Le Viekira d'Abbvie, lancé sur les marchés en 2015, est devenu le deuxième traitement le plus vendu du laboratoire cette année-là. Et les concurrents tentent avant tout de lancer des médicaments plus abordables.

L'hépatite B chronique, une infection virale qui s'attaque au foie, devient le nouveau cheval de bataille de l'industrie pharmaceutique dans le domaine des infections virales. "Toutes les équipes qui travaillaient sur l'hépatite C ont basculé sur la recherche contre l'hépatite B. Désormais, la plupart des grands laboratoires pharmaceutiques travaillent dessus", assure à La Tribune Jacky Vonderscher, ancien collaborateur de Roche, et désormais président de la biotech lyonnaise Enyo Pharma.

Des recherches plus difficiles d'un point de vue biologique

Mais pourquoi les laboratoires pharmaceutiques ont-ils d'abord focalisé leurs recherches sur l'hépatite C ? Parce que celles sur l'hépatite B "sont plus difficiles d'un point de vue biologique" que celles sur l'hépatite C, estime Jacky Vonderscher. Et d'expliquer: "Dans l'hépatite B, le virus crée son propre ADN circulaire qui se loge dans le noyau de la cellule infectée, y reste et continue à produire du virus et également des antigènes (protéines). Et cela inhibe l'immunité innée du patient".

Sa biotech lyonnaise Enyo Phama espère terminer la phase II du test clinique d'un traitement contre la maladie infectieuse avant 2019. Une approche censée être capable de perturber les interactions entre les protéines virales et les protéines intracellulaires, et ce afin d'empêcher le virus d'agir et donc de le stopper. Mais pour la phase III, dernière étape onéreuse avant un possible lancement sur le marché, la biotech pourrait accepter qu'un gros laboratoire pharmaceutique entre dans son capital.

Gilead, Roche, Johnson & Johnson à la recherche du traitement miracle

Parmi, ces derniers, Johnson & Johnson fait partie des big pharmas les plus actives dans le domaine.

"Nous avons plusieurs molécules avec différents modes d'action, qui formeront la base de nos efforts pour développer un remède fonctionnel. Elles sont entre l'étude pré-clinique et la phase 2", détaille le laboratoire américain, interrogé par La Tribune.

Le géant pharmaceutique a multiplié les acquisitions et collaborations ces derniers mois. En janvier, il a passé un accord avec le chinois Chia Tai Tianqing Pharmaceutical pour "développer, fabriquer et commercialiser des agents immunomodulateurs (une substance modifiant le système immunitaire, Ndlr) et notamment un traitement curatif des maladies chroniques du virus de l'hépatite B". Il a également conclu l'acquisition de Novira Therapeutics, une société biopharmaceutique qui propose de nouvelles thérapies pour guérir  l'infection chronique de l'hépatite B, dont le NVR 3-778, un produit qui interfère avec les protéines impliquées dans la reproduction du virus.

Roche, quant à lui, "mène un programme de développement clinique pour un traitement antiviral à action directe doté également d'immunomodulateurs. L'objectif  est de "parvenir à une perte durable de l'hépatite B", explique le géant pharmaceutique à La Tribune. Deux de ses molécules sont en phase I, et une en phase II. Pour cette dernière, Roche espère un lancement sur le marché après 2018.

Gilead, qui est rentré dans le top 10 des plus gros laboratoires pharmaceutiques en 2015 grâce à son traitement pour guérir l'hépatite C, fait également partie des géants pharmaceutiques les plus actifs. L'Américain vise une "guérison fonctionnelle", explique-t-il à La Tribune. Il travaille sur les molécules GS-9620 (phase I) et le  Tarmogen (phase II) pour développer l'immunité des cellules.

Au total, 29 molécules concernant la maladie infectieuse sont en phase clinique, selon la fondation pour l'hépatite B.

"Une place très importante dans l'agenda des industries pharmaceutiques"

"Les maladies infectieuses comme l'hépatite B occupent une place très importante dans l'agenda des industries pharmaceutiques en raison des intérêts non satisfaits", nous avance Roche. Et cela crée "une demande d'urgence pour de nouveaux traitements". "L'hépatite B chronique représente un marché très important  voire plus important que celui de l'hépatite C", renchérit Jacky Vonderscher.

Selon l'OMS, l'hépatite C touche de façon chronique 130 à 150 millions d'individus. Et toujours d'après l'organisation, 240 millions de personnes souffrent d'une infection chronique par le virus de l'hépatite B. Pis, en dépit de l'existence d'un vaccin, plus de 780.000 personnes meurent chaque année des suites de cette malade infectieuse (principalement de cirrhoses ou de cancers du foie), dont plus de 1.000 en France, souligne l'Inserm. Pour l'hépatite C, le nombre de décès dans le monde atteint 500.000.

Si le marché de l'hépatite B semble plus important que celui de l'hépatite C, il faut apporter une nuance. Pour les deux maladies infectieuses, c'est en Afrique subsaharienne et dans l'est de l'Asie que la prévalence est la plus forte. En Europe occidentale et en Amérique du Nord, régions qui promettent les prix les plus élevés pour les traitements, elle touche moins de 1% de la population.

Roche se dit néanmoins motivé par "la charge financière" qu'implique la prévalence de l'hépatite B chronique. Les traitements longs et coûteux sont en effet susceptibles de motiver les organismes payeurs à mettre le prix dans les médicaments les plus efficace, comme cela a été le cas pour l'hépatite C, avec notamment le Solvadi de Gilead dont le coût monte à plusieurs dizaines de milliers d'euros par patient dans les pays développés.

Un marché relativement faible pour le moment

En attendant, l'arrivée de traitements révolutionnaires, le marché thérapeutique de l'hépatite B est évalué à 3,5 milliards de dollars par le cabinet GBI Research en 2021, d'après une étude publiée l'année dernière, soit une croissance de 2,3% par an. Loin du marché de l'insuline, par exemple, représentant à lui seul plus de 20 milliards de dollars en 2021 pour les seules Etats-Unis.

GBI Research explique ses estimations par le manque de traitements innovants à une phase clinique avancée aujourd'hui et donc ayant de fortes chances d'être lancés avant 2021.

Jacky Vonderscher ne croit pas à une révolution rapide, mais reste optimiste.

 "Il y a 6-7 ans, personne ne croyait que l'hépatite C pouvait être éradiquée en une dizaine de semaines comme c'est le cas actuellement. Je suis convaincu qu'un traitement pour guérir l'hépatite B sera sur le marché avant les dix prochaines années."

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Commentaires
a écrit le 25/04/2016 à 15:32 :
Big, Big et re Big pharma ! Et aucun article conjoint sur l'efficacité des remèdes naturels, alors qu'en Suisse et en Allemagne des remèdes naturels joints avec des molécules de synthèse ont eu des réussites dans ce domaine..
a écrit le 24/04/2016 à 19:55 :
Le titre est sans ambiguïté : les laboratoires pharmaceutiques sont là pour faire du fric avant de sauver les gens. Y compris avec les aphrodisiaques : Viagra, Cialis etc...
Bref : appelons un chat un chat, et les vaches seront mieux gardées.
Me fais-je bien comprendre ?
Réponse de le 25/04/2016 à 9:08 :
Et vous, vous travaillez gratuitement?

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