Cancer : Incyte parie sur la disparition de la monothérapie

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La stratégie de la combinaison d'anticancéreux a été adoptée par plusiuers génats pharmaceutique, dont MSD et Astrazeneca.
La stratégie de la combinaison d'anticancéreux a été adoptée par plusiuers génats pharmaceutique, dont MSD et Astrazeneca. (Crédits : iStock)
La biotech américaine a fait des combinaisons de médicaments son cœur de stratégie. Une nécessité pour traiter plus efficacement les cancers et faire face aux mutations des cellules tumorales, d'après son PDG Hervé Hoppenot. Adoptée par de plus en plus de laboratoires pharmaceutiques, ces associations de médicaments posent la question de l'augmentation des coûts pour les systèmes de santé.

En plus de 30 ans de carrière consacrée à la recherche et au développement de produits en oncologie, Hervé Hoppenot a connu les creux et vagues d'innovations dans ce domaine thérapeutique. Le PDG français de la biotech américaine Incyte voit dans l'arrivée de l'immunothérapie il y a quelques années "une deuxième révolution en oncologie". Cette méthode thérapeutique basée sur la stimulation des défenses immunitaires est "capable de donner des rémissions chez 10 à 15% des patients métastatiques atteints d'un mélanome", estime-t-il.

Mais désormais, il fait le pari que les traitements futurs ne passeront plus par l'immunothérapie uniquement, mais par des combinaisons de médicaments.

"On pense que la monothérapie (traitement qui repose sur l'administration d'un médicament, NDLR) va disparaître. Le cancer est facilement capable d'évoluer et de résister aux défenses immunitaires. Il doit être attaqué par plusieurs points d'entrée", lance-t-il à La Tribune.

Inhibiteurs et immunothérapies

Incyte mise sur un inhibiteur de FGFR 1/2/3, une famille de protéines impliquées dans le développement de mutations de cellules cancéreuses et repérables grâce à des analyses génétiques. Ce produit thérapeutique pourrait empêcher les cellules cancéreuses de se "réparer". La biotech le développe contre le cancer de la vessie et le cholangiocarcinome  (un cancer des voies biliaires), entre autres. Cette mutation concerne "15% des patients. On vise des rémissions de longue durée, mais on pense qu'il y aura des 'échappements'. On travaille en combinaison avec des immunothérapies", explique le PDG. Pour un autre produit, l'Epacadostat, inhibiteur de l'IDO1, un enzyme, Incyte travaille sur 9 indications, dont huit en combinaison avec des immunothérapies. La biotech valorisée plus de 22 milliards de dollars en Bourse prévoit encore de multiplier les essais cliniques avec des combinaisons dans le futur. "Les possibilités de combinaisons de nos médicaments candidats sont très nombreuses", assure-t-il.

Cette stratégie intéresse de plus en plus de labos pharmaceutiques. Dernièrement, MSD et Astrazeneca se sont alliés pour multiplier les combinaisons. Ou encore, Sanofi, qui espère percer un jour en oncologie, lance ses premiers essais cliniques dédiés à des associations d'anticancéreux.

L'augmentation des prix des médicaments sera compensée,
selon Hervé Hoppenot

Cette méthode thérapeutique pose toutefois une question: le coût pour les systèmes de santé. Une immunothérapie coûte plusieurs dizaines de milliers d'euros par patient, comme le rapporte l'institut Curie. Associé à d'autres traitements, le coût pourrait encore grimper.

Pour Hervé Hoppenot, si les traitements deviennent plus efficaces, le coût hors médicaments pourrait baisser pour les systèmes de santé.

"Le coût a explosé avec l'hospitalisation massive de patients atteints du VIH. On a craint que cela devienne intenable. Les médicaments sont arrivés, pas forcément très efficaces au début. Mais les combinaisons ont ensuite permis de bloquer la maladie, même si ce n'est pas encore une guérison.Les médicaments ont remplacé l'hospitalisation et réduit les coûts", avance-t-il.

En attendant, les coûts de la prise en charge en oncologie ont coûté 14,1 milliards d'euros à l'Assurance maladie en 2015 en France, soit une hausse de 1,568 milliard d'euros en trois ans, dopée par les immunothérapies. Ces coûts en hausse ont suscité l'émoi de nombreux acteurs de santé, dont Thierry Philip, cancérologue et président de l'Institut Curie.

Par ailleurs, un autre type de traitement, attendu l'année prochaine en Europe, inquiète également plusieurs acteurs. Les CAR-T, de Gilead et Novartis, des anticancéreux basés sur l'édition du génome promettent des rémissions complètes dans plusieurs types de cancer du sang, mais sont vendus à plusieurs centaines de milliers d'euros par patient aux États-Unis.

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