Cancer : la France face au coût des nouveaux traitements et de l'innovation

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Les médicaments de spécialité, dont ceux destinés à traiter le cancer, « restent le principal facteur de hausse des dépenses », explique la Caisse nationale d'assurance maladie en octobre 2015
Les médicaments de spécialité, dont ceux destinés à traiter le cancer, « restent le principal facteur de hausse des dépenses », explique la Caisse nationale d'assurance maladie en octobre 2015 (Crédits : Reuters)
La France fait partie des pays européens à la pointe dans la lutte contre le cancer. Mais se pose la question de sa place à l'avenir avec la menace du coût élevé des nouveaux traitements innovants qui plane sur les hôpitaux, et le non-remboursement par la Sécurité sociale d'un test qui pourrait améliorer la prise en charge du cancer du sein.

Mis à jour le 18 mars à 16h47.

« De nouvelles molécules remplacent petit à petit les chimiothérapies conventionnelles, il s'agit de thérapies ciblées, qui améliorent les résultats », rappelle à La Tribune, Henri Pujol, ancien président de la Ligue contre le cancer. « Mais elles ont augmenté les budgets de traitement de façon importante, ce qui pose un gros problème actuellement. » Lundi 14 mars, 110 cancérologues ont signé une tribune dans laquelle ils appellent les autorités à agir pour maîtriser le prix de ces nouveaux traitements :

« Certains offrent aux malades des espoirs de survie plus longue et d'une meilleure qualité de vie. Pourtant, le coût d'abord croissant et maintenant exorbitant de ces innovations risque fort de compromettre ces espoirs. »

Ils craignent en effet que les hôpitaux soient contraints de faire des choix budgétaires. Car ces derniers doivent parfois prendre en charge une partie des coûts de certains traitements. Par exemple, la trabectine (Yondelis), utilisée pour les patients porteurs de sarcomes (tumeurs cancéreuses rares), "bénéficie d'un remboursement partiel de l'Assurance maladie", explique le Centre Léon Bérard (centre de lutte contre le cancer, situé à Lyon).

Des traitements de plus en plus coûteux pour la Sécurité sociale

Pour Henri Pujol, c'est en quelque sorte un retour en arrière. Lors du premier plan cancer (2003-2007), pour lequel il a été conseiller pour Jacques Chirac, il rappelle qu'il était inscrit noir sur blanc que « toute molécule (pour traiter un cancer) prescrite dans le cadre de l'AMM (autorisation de mise sur le marché) est automatiquement remboursée sur présentation de la facture ».

Symbole du prix grimpant de ces anti-cancéreux: les coûts engendrés pour la sécurité sociale. Les médicaments de spécialité, dont ceux destinés à traiter le cancer, « restent le principal facteur de hausse des dépenses », explique la Caisse nationale d'assurance maladie en octobre 2015. Les médicaments pour traiter le cancer ont connu une croissance de 8,7% (+162,3 millions d'euros) en 2014, et représentent la troisième classe thérapeutique à la plus forte croissance en termes de dépenses cette année-là. Notamment le Xtand, un nouveau traitement du cancer métastatique de la prostate (+49,3 millions d'euros). Un effet haussier qui s'est accéléré au premier trimestre 2015, avec une hausse de 101 millions d'euros par rapport à la même période, un an plus tôt. Les anti-cancéreux remontent à la 2e place de la croissance des dépenses pour une classe thérapeutique.

Michèle Rivasi, coauteure du livre, "Le racket des laboratoires pharmaceutiques" et députée européenne EELV a, par ailleurs, rappelé, mardi 15 mars, les chiffres d'une étude mentionnée dans l'ouvrage montrant les différents prix fixés selon les pays et les économies qui pourraient être faites. en alignant les prix fixés en France sur ceux de l'Italie.

« La France pourrait réaliser 18,6 millions d'euros d'économies par an sur le Glivec [un antileucémique très utilisé, fabriqué par Novartis, Ndlr] ».

Poule aux oeufs d'or des laboratoires pharmaceutiques

Mais les laboratoires pharmaceutiques, eux, voient de nombreux brevets tomber dans le domaine public (les années 1990-2000 ont été une période phare en termes de lancements de nouveaux médicaments). Désormais, ils fondent beaucoup d'espoirs sur l'immunothérapie contre le cancer pour maintenir leur croissance. Selon le cabinet EY, l'oncologie est une des poules aux œufs d'or des laboratoires pharmaceutiques, avec le diabète et les thérapies des maladies auto-immunes.

Ainsi, Roche, numéro un mondial dans les traitements anti-cancéreux, voit plusieurs de ses médicaments phares en oncologie (l'Avastin et le Herceptin) sur le point d'affronter des génériques ou des biosimilaires. Ce dernier mise donc sur l'arrivée de nouveaux produits innovants dont l'atezolizumab, un anti-cancer du poumon et anti-cancer de la vessie à un stade avancé, censé être plus efficace qu'une chimiothérapie classique. Il espère obtenir une autorisation d'entrée sur le marché cette année. Par ailleurs, Sanofi a récemment accéléré en oncologie en investissant plus de 1 milliard d'euros dans deux biotechs.

Un test pour échapper aux chimiothérapies inutiles

Henri Pujol mentionne un autre problème, pouvant être dommageable pour les personnes atteintes d'un cancer: le non-remboursement de tests génomiques. Le test Oncotype DX, conçu aux Etats-Unis, est dédié au traitement du cancer du sein (premier cancer chez la femme). Il « établit un panel de gènes déterminants permettant de prédire la sensibilité ou non d'une chimiothérapie ». il permet ainsi à une patiente d'échapper à la chimiothérapie lorsqu'elle n'est pas nécessaire, d'autant plus que celle-ci est difficile à supporter et qu'elle s'accompagne souvent d'effets secondaires. S'il coûte 3.000 euros par personne désirant y recourir, il est potentiellement producteur d'économies en évitant des chimiothérapies coûteuses. Le test est déjà remboursé en Allemagne, en Angleterre, souligne Henri Pujol, et même en Grèce, écrit Le Parisien.

Ces écueils posent la question de l'évolution des performances de la France dans la lutte contre le cancer à l'avenir. Aujourd'hui, selon Henri Pujol,  "La France est le deuxième pays européen après la Suède pour la qualité des soins en cancérologie" et "a donné un modèle d'organisation remarquable en Europe".

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Commentaires
a écrit le 17/03/2016 à 15:48 :
Une action au niveau de l'Europe ne serait-elle pas plus efficace ? (J'ai dit quelque chose d'inconvenant ?)
a écrit le 17/03/2016 à 12:18 :
Il ne faut pas hésiter à dépenser pour la santé. Pour cela, il faut trouver de nouvelles recettes qui ne soient pas ponctionnées sur les entreprises ni les particuliers.
L'idéal serait de taxer les transactions financières même avec un taux faible. Les montants échangés sont gigantesques. Cette taxe suffirait à équilibrer les comptes de la sécu.
Il faut convaincre nos partenaires car, la France ne peut pas l'appliquer seule. De toute façon, il faut imaginer une taxe sur la consommation qui soit indolore (mais efficace) pour les consommateurs car les impôts sont déjà trop lourds.

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