Géants pharmaceutiques : ce qu'il faut retenir de leur année 2015

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Le top 5 des industries pharmaceutiques a enregistré plus de 200 milliards d'euros de revenus en 2015, et plus de 47 milliards de bénéfices.
Le top 5 des industries pharmaceutiques a enregistré plus de 200 milliards d'euros de revenus en 2015, et plus de 47 milliards de bénéfices. (Crédits : reuters.com)
Marchés émergents moins profitables que prévus, revenus touchés par les effets de change,recentrage des activités, partenariats avec Google et autres IBM... Les géants pharmaceutiques ont vécu une année 2015 mouvementée.

Les principaux laboratoires pharmaceutiques ont publié leurs résultats annuels 2015 avec des chiffres faramineux à première vue. Le top 5 des industries pharmaceutiques a enregistré plus de 200 milliards d'euros de revenus en 2015, et plus de 47 milliards de bénéfices.

Néanmoins, les "big pharmas" pâtissent d'une croissance inférieure à la moyenne du marché du médicament et les investisseurs font de moins en moins confiance à ces dernières. Les cours des actions des plus grands groupes pharmaceutiques ont chuté de plus de 10% sur un an, une tendance baissière plus forte que celle des indices boursiers ou très proche (le titre Sanofi a chuté de 24% sur un an, contre 12,5% pour le Cac 40, l'action de Merck a perdu 16% contre 19% pour le NYSE). L'action des biotechs, à l'image de l'indice Nasdaq Biotechnology (+10%) a continué à grimper en 2015 pour atteindre des valeurs records. Pour les géant pharmaceutiques, l'année 2015 est celle des manœuvres transactionnelles pour recentrer leurs activités et de nouveaux partenariats pour que les géants pharmaceutiques mettent en place une stratégie payante sur le long terme. Revue de détail des éléments marquant de l'année 2015 des cinq principaux laboratoires pharmaceutiques.

1) Des chiffres d'affaires et des profits minés par le dollar fort

Les deux principales big pharmas américaines et les deux plus gros laboratoires pharmaceutiques suisses ont souffert de la montée du dollar et de celle franc suisse. Pour rappel, au 1er janvier 2015 un euro valait 1,20 dollar ; à la fin de l'année, il grimpait à 1,128 dollar. En outre, 1 euros valait 1,20 franc suisse au 1er janvier ;  il en valait 1,089 à la fin de l'année. Ces géants pharmaceutiques se retrouvent avec des chiffres d'affaires en baisse en raison des effets de change. Les bénéfices de Roche et Pfizer ont également été pénalisés par les devises, et s'inscrivent à la baisse.

Au contraire, le français Sanofi a tiré profit de l'euro faible. Son chiffre d'affaires, en hausse de 9,9%, ne progresserait que de 2,2% à taux de change constants. Même son de cloche pour le bénéfice net: grâce à l'effet de change positif, il a augmenté de 7,7%. Sans compter les effets de change, il serait en recul de 0,9%.

A noter un cas particulier: les profits de Novartis ont augmenté de 73%, à 16,1 milliards d'euros, grâce aux gains réalisés sur les cessions des activités abandonnées, notamment celles liées à ses vaccins antigrippaux.

Bénéfices

Chiffres d'affaires laboratoires pharmaceutiques

Les dollars et francs suisses ont été convertis en euros, selon les cours en vigueur lors de la publication des résultats.

2) Les marchés émergents rapportent mais déçoivent

En 2015, "beaucoup d'espoirs ont été fondés sur la Chine et le Brésil. Les BRICS ont été un relais de croissance moins important que ce que les laboratoires pharmaceutiques avaient prévu", juge Vincent Genet, directeur associé du cabinet de conseil Alcimed. Au Brésil, certaines big pharmas enregistrent une croissance à deux chiffres en dépit des importantes difficultés économiques du pays, dont Roche (+10%). Mais en Chine, pays qui souffre d'un ralentissement de sa croissance, on est loin de la croissance à deux chiffres attendue. Le marché subit une pression sur les prix résultant d'un accès plus large de la population aux soins médicaux. Au deuxième trimestre aucun des gros laboratoires n'a enregistré  une progression à deux chiffres de ses ventes en Chine, mentionnait déjà en août une analyse réalisée par Deutsche Bank.

A la fin de l'année, le résultat est tout autant mitigé. Le chiffre d'affaires de Novartis a baissé de 5% à change constant (les résultats avec effets de change ne sont pas donnés) en Asie et en Russie, à cause "d'un ralentissement significatif du marché et de faibles performances en Chine en Inde et en Asie du Sud-Est". Roche enregistre quant à lui seulement 4% de croissance annuelle en Chine. Merck fait mieux avec 8% de croissance sur ce marché qui représente 1/10 de son chiffre affaires, mais au quatrième trimestre la croissance est tombée à 2%.

Une satisfaction à retenir cependant, selon Vincent Genet. "L'accélération dans de nouvelles économies émergentes a permis de compenser le ralentissement" de certains BRICS. Parmi, celles-ci, il désigne "la Pologne, le Venezuela, le Mexique et les Philippines".

3) Les plus gros laboratoires pharmaceutiques performants dans l'oncologie, moins dans le diabète

"Les domaines thérapeutiques en croissance dynamique restent le diabète, l'oncologie, l'ensemble des traitement ayant trait à la médecine de spécialités, les maladies auto-immune", estime Vincent Genet.

Mais ces domaines-là n'ont pas toujours été des moteurs de croissance pour les membres du top 5 mondial en 2015.

L'oncologie a été l'activité la plus profitable des géants pharmaceutiques. Malgré un bénéfice en baisse, Pfizer a dépassé les attentes en 2015, grâce à de bonnes ventes de ses vaccins (+ 44% de revenus) et d'anti-cancéreux (+33%). Roche, numéro 1 dans l'oncologie a profité des ventes de l'Herceptin, de l'Avastin et du Perjeta, des anti-cancéreux dont le chiffre d'affaires a grimpé de 8%, contre un chiffre d'affaires général en hausse de 5% hors effets de change.

Concernant le marché du diabète, les laboratoires du Top 5 n'ont pas réussi à capter le potentiel du marché. L'activité diabète de Sanofi a reculé (-6,8% à 7 58 milliard de dollars) en raison de la chute des ventes du Lantus, son produit phare (10,8% à 6,39 milliards de dollars). Merck a fait état d'une baisse inattendue des ventes de l'antidiabétique vedette Januvia, dont les ventes ont stagné à 6,01 milliards de dollars. D'après les derniers résultats publiés, c'est le laboratoire pharmaceutique Novo Nordisk (85% de ses activités dédiées à la lutte contre le diabète et l'obésité) qui s'en est le mieux sorti avec un chiffre d'affaires en hausse de 22% et des profits records.

4) Partenariats avec les géants de la tech au plus haut

Il y a eu en 2014 "une accélération de la mise en place de partenariats, entre acteurs du secteur médicaments et société technologiques. C'est le plus grand nombre de partenariats de ce type" enregistrée en une année, note Vincent Genet. Et ce "dans la perspective de développer des approches encore plus globales de prises en charge de pathologies". L'autre objectif étant d'accélérer dans le big data.

Ces partenariats concernent principalement des dispositifs de lutte contre le diabète. Ainsi, en septembre, Sanofi notamment s'est associé à la division Sciences de la vie de Google pour améliorer la prise en charge des patients diabètiques. Ou encore, en décembre, Novo Nordisk a annoncé sa collaboration avec IBM pour "rassembler de nombreuses informations sur la façon dont ses patients gèrent leur diabète pour trouver des méthodes plus efficaces de lutte contre la maladie".

5) Les laboratoires pharmaceutiques se recentrent

Par ailleurs, les acteurs du top 5-10 se sont orientés vers "le recentrage stratégique sur des domaines avec des médicaments d'innovation à haute valeur ajoutée. Cela s'est traduit par des désinvestissements dans certains portefeuilles", souligne Vincent Genet.  Les laboratoires pharmaceutiques se séparent de certaines activités pour se concentrer sur les plus porteuses, notamment l'oncologie, le diabète et les thérapies des maladies auto-immunes. L'année 2015 a donné lieu à plusieurs désinvestissements importants ou échanges de portefeuilles. Le britannique GSK a choisi de consolider son activité vaccin et a cédé son activité oncologie pour 16 milliards de dollars en mars dernier à Novartis qui conforte ainsi sa position de numéro 2 sur ce marché.

Sanofi a quant à lui passé un accord avec l'allemand Boehringer Ingelheim pour lui céder sa division de santé animale du groupe pharmaceutique, Merial. En échange, la société française acquiert l'activité santé grand public (médicaments sans ordonnance). Sanofi envisage d'autres échanges à l'avenir; Le groupe compte se renforcer dans l'immunologie et la sclérose en plaques, ainsi que l'oncologie pour pallier la croissance en baisse de son activité diabète.

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Commentaires
a écrit le 15/02/2016 à 18:59 :
Merci pour cet article qui montrent de façon éloquente ce que sont devenus ces fabricants de médicaments: de simples entreprises financières.

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