Le "Viagra féminin" : une question de santé ou de marché ?

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Si l'on ne connaît pas encore le prix de commercialisation de la pilule de Sprout, on peut s'imaginer que son prix sera élevé, si l'on compare aux prix du Viagra masculin. Pfizer, le laboratoire historique du médicament, vend par exemple une boîte de 4 comprimés à 72 euros.
Si l'on ne connaît pas encore le prix de commercialisation de la pilule de Sprout, on peut s'imaginer que son prix sera élevé, si l'on compare aux prix du Viagra masculin. Pfizer, le laboratoire historique du médicament, vend par exemple une boîte de 4 comprimés à 72 euros. (Crédits : Sprout Pharmaceuticals)
Le "Viagra féminin", qui a été légalisé aux Etats-Unis le 19 août, vient déjà de changer de propriétaire. Le puissant laboratoire canadien Valeant (Bausch & Lomb) a racheté Sprout Pharmaceuticals, le créateur de la pilule bleue pour femme, en déboursant 1 milliard de dollars.

A peine créé aux Etats-Unis, le marché du "Viagra féminin" pourrait déjà s'exporter au Canada. Autorisé hier par la Food and Drug Administration (FDA), le produit appartient désormais au laboratoire Valeant, qui semble miser sur la rentabilité de la pilule rose, alors même que son efficacité est contestée.

Voté à 18 voix contre 6 par un comité consultatif d'experts de la FDA, le "Viagra féminin" n'en est pas à sa première tentative d'entrée sur le marché américain. S'il a été légalisé le 19 août 2015, il a d'abord été fermement rejeté par l'organisation à deux reprises.

La bataille des laboratoires

Dans la course au "Viagra féminin", le premier à faire une proposition à la FDA est le laboratoire allemand Boehringer-Ingelheim en 2010. Mais l'agence de santé américaine n'est pas convaincue, et rejette le projet. Face à l'échec, l'allemand finit par revendre sa molécule, le Flibanserine, à l'américain Sprout Pharmaceuticals.

Né en 2011, Sprout a pour seul but de développer un "Viagra féminin". Et quant à l'équipe dirigeante du laboratoire, il s'agit d'un couple déjà connu de la FDA : Cindy et Bob Whitehead. Anciennement patrons de Slate Pharmaceuticals, une entreprise spécialisé dans les pilules de testostérones, ils avaient déjà été épinglés pour "marketing inapproprié" pointant du doigt des publicités trompeuses.

Une légalisation sur fond de conflit d'intérêt

Deux ans plus tard, le laboratoire Sprout Pharamaceuticals présente donc une nouvelle version de la pilule rose, qui sera rejetée une fois de plus par la FDA en 2013. Mais loin d'abandonner, Sprout lance alors une campagne de communication en finançant un groupe féministe appelé "Even the score".

Avec pour leitmotiv la dénonciation du traitement inéquitable des dysfonctionnements sexuels chez la femme ou l'homme, l'association fait du médicament de Sprout un enjeu de société. Le conflit d'intérêt est acté.

En 2015, la FDA donne son accord au même médicament présenté par le laboratoire Sprout. L'importante campagne de communication du laboratoire semble avoir porté ses fruits.

"Si la FDA autorise ce médicament après l'avoir refusé deux fois, alors qu'aucune preuve supplémentaire de son efficacité n'a été apportée, c'est que la décision de la FDA résulte d'une forte pression exercée par une campagne de communication", explique le professeur Adriane Fugh-Berman, de l'université de Georgetown, qui a étudié la campagne marketing autour de ce produit.

Une consommation risquée pour 10% d'efficacité

Si le "Viagra féminin" s'apprête à arriver aux Etats-Unis, il n'est efficace qu'à 10%, au prix d'importants risques, augmentés en cas de prise d'alcool. Syncope, endormissement, nausées, fatigue, problèmes cardiaques : la liste d'effets secondaires fournies avec la boîte de pilules roses est longue, et ne laisse pas présager de meilleurs rapports sexuels.

Par ailleurs, d'après les essais cliniques menés auprès de 2.400 femmes pendant 6 mois, 38% des patientes qui ont consommé des placebos ont vu leur libido s'améliorer, contre 51% des femmes qui ont pris le réel médicament.

Contrairement au Viagra pour homme dont l'action est exclusivement mécanique, le médicament de Sprout Pharmaceuticals ne peut donc pas garantir aux femmes un produit miracle. Cité par Medscape International, Walid Gellad, membre du panel de la FDA mobilisé sur le sujet, remet lui-même en question l'efficacité de ce médicament :

"Les bénéfices sont modestes, et peut-être moins que ça, ce qui le place en bonne compagnie avec d'autres médicaments autorisés" ajoute-t-il ironiquement.

Une perspective de rendement alléchante

Si l'on ne connaît pas encore le prix de commercialisation de la pilule de Sprout, on peut s'imaginer que son prix sera élevé, si l'on compare aux prix du Viagra masculin. Pfizer, le laboratoire historique du médicament, vend par exemple une boîte de 4 comprimés à 72 euros.

Avec des tarifs aussi élevés, les perspectives de rendement sont attractives. Lors de son lancement, en 1998, le Viagra de Pfizer avait doublé le prix des actions du laboratoire. Depuis, l'entreprise tire un milliard de dollar par an de sa pilule bleue, et ce malgré l'arrivée de génériques. Une success story qui a peut-être inspirée le laboratoire canadien Valeant, nouveau leader du "Viagra féminin".

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Commentaires
a écrit le 01/12/2016 à 9:20 :
Merci pour cet article! a mon avis le désir est né dans la tête et il est inutile de le forcer. D'autre part, quand on a le désir mais ne peut pas avoir orgasme, il y a de tels médicaments que le Lovegra qui favoris le flus sanguin dans les organes génitaux.
Il est prescrit dans des cas suivants:
- la réduction ou la perte complète du désir sexuel;
- la manifestation de la frigidité;
- l'insatisfaction après un contact sexuel;
- le manque de la lubrification du vagin ou son absence totale;
- la prévention des conséquences de l'ablation chirurgicale de l'utérus ou des ovaires.
Les informations sont tirées d'ici: http://rapide-pharm.net/viagra-pour-femme
a écrit le 24/08/2015 à 10:25 :
SPROUT, c'est le nom du labo qui fabrique ce médoc... ça doit être une purge....!
Ecxellent pour notre gouvernement........
a écrit le 24/08/2015 à 6:54 :
Y'a des choses plus importantes à soigner .... je trouve ça consternant !
a écrit le 23/08/2015 à 23:35 :
Pour ce qui est de la pilule rose c'est complètement stupide de risquer sa santé quand finalement tout se passe dans la tête, lorsque le désir est présent ont à pas besoin de ces pilules malsaine autant pour les gars que les femmes. Si il n'y a pas de désire moi je me passent de relations.
Réponse de le 24/08/2015 à 21:38 :
Julie, tu peux sans doute te passer de relations, mais pas de ton correcteur d'orthographe
a écrit le 23/08/2015 à 18:39 :
Le nom de la pharmacie qui vend ce produit me laisse dubitatif, voir méfiant....!
a écrit le 23/08/2015 à 11:00 :
Un truc à s'abimer la santé ....
Si c'est vendu pas cher, c'est que c'est peu efficace (a priori). Du placebo cher ça fonctionnerait sans doute aussi bien, dans un bel emballage, un coffret.
Des thérapeutes peuvent peut-être aider les gens, les conseiller, analyser ce qui ne va pas, dialoguer avec une personne extérieure formée pour ça n'est pas à négliger... ? Pas chimique donc moins efficace ? La pharmacie 'doit' proposer une réponse à tous les maux. Les molécules ne sont pas anodines, il y a souvent des effets secondaires, ça ne sont pas des bonbons. 10% d'effet positif, bof bof...

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