Les défis d'Erytech, la biotech qui transforme les globules rouges en médicaments

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A terme, Erytech réfléchit à placer ses pions dans d'autres domaines thérapeutiques que l'oncologie. Gil Beyen, PDG d'Ertyech, assure que l'encapsulation d'un traitement dans un globule rouge peut fonctionner pour quasiment tous les médicaments.
A terme, Erytech réfléchit à placer ses pions dans d'autres domaines thérapeutiques que l'oncologie. Gil Beyen, PDG d'Ertyech, assure que "l'encapsulation d'un traitement dans un globule rouge peut fonctionner pour quasiment tous les médicaments". (Crédits : Reuters)
La biotech lyonnaise est proche d'une première commercialisation de traitements en cancérologie insérés dans des globules rouges, un système censé réduire la toxicité des molécules et mieux diffuser ses principes actifs. A terme, Erytech espère utiliser cette méthode thérapeutique pour de nouvelles pathologies, hors oncologie.

Bientôt des traitements délivrés par des globules rouges ? Depuis 2004, la biotech lyonnaise Erytech se focalise sur une technologie protégée par 164 brevets:  l'encapsulation de traitements dans les globules rouges. Avec ce système, les principes actifs médicamenteux sont diffusés plus longtemps dans le corps avec une toxicité diminuée, grâce à la protection de la membrane du globule rouge à une exposition directe au corps.

Pour élaborer ces traitements, Erytech achète des poches de sang compatibles avec celui du patient, auprès de l'Etablissement français du sang notamment. "Cela est plus simple à mettre en œuvre et moins onéreux que de prélever des globules du corps du patient", explique Gil Beyen, PDG de la société, lors d'une présentation organisée par le cabinet biotech-Agora, mardi 23 mai. La biotech encapsule ensuite le traitement dans les globules rouges par les pores de la membrane de la cellule sanguine. L'opération prend quelques heures. Pour que le globule rouge gagne en volume et ouvre des pores, il est placé dans un milieu à faible salinité. Afin d'éviter qu'il explose durant l'opération, Erytech mesure la pression subie par la cellule sanguine. Lorsqu'elles reçoivent une dose suffisante, les cellules sanguines sont mises ensuite dans un milieu au degré de salinité plus important afin qu'elles regagnent leur forme initiale, ferment leurs pores, et finissent d'encapsuler le traitement.

Une première commercialisation retardée

La biotech espère utiliser sa technologie pour de nombreuses indications. Mais pour y parvenir, Erytech doit d'abord valider les trois essais cliniques de ses toutes premières indications auprès des agences des médicaments. La société lyonnaise mise dans un premier temps sur la diffusion de L-asparaginase (Graspa), un enzyme contre deux leucémies aiguës: la leucémie myéloïde et la leucémie lymphoblastique. Cette dernière est l'indication la plus avancée d'Erytech, avec une phase d'enregistrement en cours.

Pourquoi avoir choisi L-asparaginase ? Pour son efficacité déjà prouvée (ce traitement est sur le marché depuis plusieurs décennies). Cet enzyme affame les tumeurs en privant les cellules leucémiques de l'apport d'asparagine, un acide aminé qu'elles sont incapables de synthétiser elles-mêmes. Mais cet enzyme peut s'avérer fortement toxique lorsqu'il est administré de façon classique. "L-asparaginase est parfois toxique notamment chez l'adulte. Le traitement est souvent arrêté en cours de route à cause des effets secondaires (des risques de thromboses existent, c'est-à-dire la formation de caillots dans le sang, NDLR). Le globule rouge permet d'en limiter la toxicité", fait valoir Gil Beyen. Ainsi, le groupe a franchi aisément la phase I des essais cliniques dans les années 2000 pour montrer l'innocuité de ce traitement diffusé via globules rouges.

Cette méthode, qui n'était qu'une preuve de concept il y a quelques années, est désormais proche d'une commercialisation. Erytech a vu sa première demande rejetée, faute de données suffisamment exhaustives, aux yeux du Comité européen pour les produits médicaux à usage humain, faisant plonger brutalement la biotech en Bourse, mi-novembre. Erytech a alors annulé sa demande en cours, en raison des délais impartis, trop courts. Mais elle se prépare à soumettre une nouvelle demande au troisième trimestre 2017 pour cette méthode de traitement contre leucémie aiguë lymphoblastique.

Un espoir pour améliorer la durée de survie dans le cancer du pancréas

Outre les leucémies aiguës, Erytech compte commercialiser sa technologie couplée à L-asparaginase contre des tumeurs solides, le cancer du pancréas dans un premier temps. Il s'agit de l'un des cancers les plus ravageurs, avec un taux de survie à cinq ans d'une personne diagnostiquée qui atteint 7 à 8% en moyenne.

Erytech a dévoilé des données positives pour sa phase II contre ce type de cancer, ce qui lui a permis de prendre plus de 70% en Bourse en une journée, fin mars, une performance peu commune, malgré la volatilité connue des actions des sociétés de ce secteur.  Tout se jouera lors de l'étude clinique de phase III que la société compte démarrer en 2018 pour cette indication. A l'instar des traitements contre les leucémies aiguës, Erytech devra s'associer avec une autre société pharmaceutique pour couvrir les frais de de cet essai clinique. "Le coût pourrait atteindre 60 millions d'euros pour cet essai clinique", précise le PDG.

Cette méthode de diffusion du traitement via globule rouge est innovante, mais la biotech lyonnaise ne promet pas de guérisons miracles. "Aujourd'hui, mesurer les bénéfices d'un traitement contre le cancer, c'est souvent ajouter des semaines ou des mois de vie supplémentaires."

Le globule rouge, capsule de tous types de médicaments ?

A terme, Erytech réfléchit à placer ses pions dans d'autres domaines thérapeutiques que l'oncologie. Gil Beyen assure que "l'encapsulation d'un traitement dans un globule rouge peut fonctionner pour quasiment tous les médicaments". Mais "il faut qu'il ne soit ni trop petit, pour pouvoir rester dans le globule rouge, ni trop grand pour pouvoir être inséré". Encore quelques années de patience avant de voir peut-être de multiples traitements délivrés via globules rouges.

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