Les géants pharmaceutiques absents du Top 10 des labos les plus innovants

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Pour la quatrième année consécutive, Johnson & Johnson est l'industrie pharmaceutique la plus innovante, selon Idea Pharma.
Pour la quatrième année consécutive, Johnson & Johnson est l'industrie pharmaceutique la plus innovante, selon Idea Pharma. (Crédits : © Rick Wilking / Reuters)
Les cinq plus gros laboratoires pharmaceutiques en termes de chiffre d'affaires se classent entre la 12e et la 22e place des industries du médicament les plus innovantes, selon le cabinet de conseil Idea Pharma. Ayant produit peu de nouveaux médicaments "révolutionnaires" en 2015, ils s'exposent dangereusement à la concurrence des génériques.

2015 fut une année record en nombre de produits pharmaceutiques approuvés par les institutions régulatrices américaines et européennes. La Food and Drug Administration (FDA) a approuvé 45 nouveaux médicaments, soit 4 de plus qu'en 2014, tandis que l'Agence européenne des médicaments (AEM) a recommandé 93 nouveaux produits, dont beaucoup de génériques ou de nouveaux dosages, puisque seuls 39 sont des "nouveaux principes actifs". Les médicaments sortis sur les marchés étaient en majorité des traitements contre le diabète, l'hépatite C, la dyslipidémie (une concentration anormalement élevée ou diminuée de lipides dans le sang), ainsi que des médicaments dédiés à l'oncologie.

De moins en moins d'innovations dans les grands labos ?

Mais les plus gros laboratoires pharmaceutiques en termes de chiffre d'affaires n'ont pas forcément été les principaux pourvoyeurs de ces innovations en 2015, selon la 6e étude annuelle du cabinet de conseil Idea Pharma, publiée à la fin du mois de février, un rapport annuel classant les industries pharmaceutiques selon leur capacité à apporter avec succès des innovations sur le marché.

En 2015, trois des cinq géants pharmaceutiques au plus gros chiffre d'affaires figuraient dans le Top 5 du classement d'Idea Pharma. Aucun n'est présent dans le Top 10 cette année.

Les cinq plus grosses sociétés entre la 12e et la 22e place

Le plus mauvais élève est Pfizer. Le groupe américain ne se classe que 22e, comme en 2014, alors que, selon nos chiffres, il est le troisième géant pharmaceutique à avoir généré le plus de revenus. Symbole d'une stratégie moins centrée sur les innovations que certains de ses concurrents: sa fusion à 160 milliards de dollars avec Allergan pour mettre la main sur deux blockbusters: le traitement antirides Botox ( 655,7 millions de dollars en 2015) et le Restasis (364,6 millions). Une opération dont l'autre principal intérêt est la situation du siège d'Allergan installé en Irlande où l'impôt sur les bénéfices est presque trois fois plus faible qu'aux États-Unis.

Roche place beaucoup d'espoirs sur son Ocrelizumab

Roche, Merck et Novartis sont quant à eux respectivement classés à la 14e, 15e et 16e. Les trois big pharmas ont chuté de 9 à 12 places par rapport au classement 2014. Une dégringolade à nuancer pour Roche, puisque ce dernier est présent, et ce depuis 2011, dans les 100 sociétés mondiales les plus innovantes du classement annuel Thomson Reuters, et est le seul à réaliser une telle performance. Idea Pharma explique d'ailleurs que l'année 2015 n'était pas catastrophique pour Roche en termes d'innovations, mais bien en dessous des précédentes en ce qui concerne le nombre et l'intérêt des nouveaux produits lancés sur le marché. Car le temps presse pour le laboratoire suisse: plusieurs de ses médicaments phares en oncologie (l'Avastin et le Herceptin) vont rapidement faire face à des génériques ou des biosimilaires. La big pharma suisse attend néanmoins une année 2016 plus riche en innovation avec la possible validation par les autorités de régulation du médicament de l'Ocrelizumab, un traitement contre la sclérose en plaques. Interrogée par le quotidien genevois Le Temps, Agathe Bouché Berton, analyste à la banque Bordier, estimait un potentiel de ventes à terme de de 5 à 6 milliards de dollars par an pour ce médicament.

Novartis affecté par la concurrence des génériques

Pour Novartis, la concurrence des génériques a amputé ses revenus de 2,8 millions de dollars en 2015, rapporte Idea Pharma. Et son médicament contre la sclérose en plaques, le Gilenya, pâtit de restrictions et d'une forte concurrence.

Concernant Merck, 2015 est une année de vache maigre. Un seul produit a été approuvé par la FDA, et celui-ci est "mineur" selon le cabinet de conseil. En outre, il dispose d'un faible nombre de molécules "révolutionnaires" en phase III (dernier essai avant un possible lancement du produit sur le marché).

Sanofi remonte au classement grâce à son insuline Toujeo

Sanofi est le mieux classé (12e contre 20e un an plus tôt) des cinq principales big pharmas en termes de chiffre d'affaires annuel. Il a amélioré son classement grâce au lancement de sa nouvelle insuline basale Toujeo, approuvée aux États-Unis et en Europe l'année dernière. Il fonde beaucoup d'espoirs sur ce produit pour pallier la baisse des ventes du Lantus, dont le brevet a expiré. Ce dernier est concurrencé notamment par le générique de l'Eli Lilly, le Abasaglar (Basaglar aux États-Unis). Par ailleurs, Sanofi a également fait valider l'entrée de son vaccin contre la Dengue, le Dengvaxia, au Mexique, au Brésil, au Salvador et aux Philippines.

Des brevets qui tombent en cascade dans le domaine public

Plus généralement, ces géants pharmaceutiques se retrouvent confrontés à la concurrence  des génériques car les brevets des médicaments découverts dans les années phares 1990-2000 sont en train de tomber dans le domaine public, comme l'expliquait Le Monde en janvier. Le cabinet de conseil IMS Health soulignait d'ailleurs le nombre exceptionnel de nouveaux médicaments lancé dans la deuxième moitié des années 1990 (223).

Johnson & Johnson, entreprise de santé la plus innovante du monde?

Johnson & Johnson, qui figure dans le Top 10 des plus hauts revenus, est en quelque sorte l'exception du classement. Il est, pour la quatrième année consécutive, numéro 1 du classement d'Idea Pharma. Depuis 2009, le groupe a lancé 16 nouveaux médicaments sur le marché et compte en lancer 10 autres d'ici à 2019, souligne le cabinet. Le groupe faisait en outre partie des 100 entreprises les plus innovantes, selon Thomson Reuters, trois de ces cinq dernières années.

Tendance à la spécialisation des laboratoires

Par ailleurs, on note que trois des cinq premières entreprises de médicaments en termes d'innovation tirent une grande part sinon une majorité de leurs revenus d'un domaine précis. Pour Novo Nordisk (2e), 85% de ses produits sont dédiés à la lutte contre le diabète et l'obésité. Gilead (4e) se focalise sur les antiviraux ((les deux tiers de ses revenus)  prescrits contre l'hépatite C (dont le fameux Sovaldi) et le VIH. Abbvie (5e) concentre plus de la moitié de ses revenus dans des traitements contre la polyarthrite rhumatoïde (mais développe plusieurs traitements contre l'hépatite, ou encore dans l'oncologie).

Et ces entreprises connaissent une très forte croissance. Le chiffre d'affaires de Novo Nordisk a bondi de 22% sur l'année 2015, celui d'Abbvie a gagné 18% au troisième trimestre, quand Gilead a vu ses revenus enfler de 31%, alors qu'aucun des cinq plus gros géants pharmaceutiques n'atteint une croissance à deux chiffres, subissant même pour certains un recul de leurs revenus avec les effets de change.

225 nouveaux médicaments sur le marché d'ici à 2020?

IMS Health estime que d'ici à 2020, quelque 225 nouveaux médicaments seront lancés sur le marché. Et l'on verra si, en chemin, les géants pharmaceutiques auront retrouvé le leadership en matière d'innovation.

Le classement des laboratoires pharmaceutiques les plus innovants en 2016

classement

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Commentaires
a écrit le 01/03/2016 à 15:50 :
On ne sera pas tout à fait d'accord avec cette analyse et cette présentation. Sortir de nouvelles marques de médicament ne veut pas dire innover mais prendre sa part. Car en effet tout laboratoire peut décider de faire une variante propre d'un médicament existant sans apporter d'avancée thérapeutique sérieuse et validée. L'innovation consiste alors à une meilleure agilité dans l'offre. Cela ne veut pas dire non plus qu'il sera prescrit sauf si son prix est en baisse. L'innovation est alors le prix. Ce qui conditionne la vente et la menace pour les pharma est plutôt l'avancée formidable des "healths" américains. Ceux qui distribuent, utilisent et prescrivent sont les réels stakeholders du marché. Ils prendront tel générique et non tel autre, ils choisiront telle molécule de telle société en lieu et place du choix diffus qui était celui du public ou de multiples prescripteurs. Ils feront les arbitrages de IT santé pour chaque patient/client. Qui les empêchera par la suite de produire les principaux génériques ? Leur puissance ne se limite déjà pas à la pharma mais à toute la technologie médicale et aux matériels durables ou jetables connexes. La montée des healths est le nouveau vecteur de pouvoir qui sera aussi le financier ultime de la recherche.
a écrit le 01/03/2016 à 10:56 :
Le lobby pharmaceutique a cessé de rechercher de nouvelles molécules afin de se concentrer uniquement sur l'exploitation de leurs brevets.

Alors qu'il est déjà limite de considérer ces groupes comme marchands de médicaments, cela ne leur suffit plus leur principale désir étant d'être au final des sociétés financières, faisant uniquement de l'argent avec de l'argent, avec rien de concret donc, comme les autres.

Qu'elles payent le prix de cette motivation seulement financière est un juste retour de bâton espérons que cela continue et que ces dernières se remettent, un minimum du moins, à investir dans la R&D.

Mais il est vrai qu'un commercial coûtera toujours moins cher qu'un ingénieur ou un scientifique, quelle honte au final quand même hein.

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