Santé numérique : comment la France peut-elle atteindre l'excellence ?

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Renaissance Numérique accorde une large place aux données de santé dans son rapport. Henri Verdier, Directeur interministériel du numérique, propose notamment la création d'une plateforme collaborative de diffusion des données de santé. Celle-ci regrouperait des données émanant des acteurs économiques, de l'Etat, des collectivités locales et des associations.
Renaissance Numérique accorde une large place aux données de santé dans son rapport. Henri Verdier, Directeur interministériel du numérique, propose notamment la création d'une "plateforme collaborative de diffusion des données de santé". Celle-ci regrouperait des données émanant des acteurs économiques, de l'Etat, des collectivités locales et des associations. (Crédits : Décideurs en région)
Réforme de la tarification, multiplication des partenariats publics-privés, centralisation et exploitation des données de santé... Plusieurs acteurs économiques et institutionnels de la santé se sont associés pour émettre plus de trente propositions pour accélérer les usages et le marché de la santé connectée en France. Ce livre blanc, élaboré à l'initiative du think tank Renaissance numérique, sera envoyé aux candidats à la présidentielle.

Dans un livre blanc que La Tribune a pu consulter, le think tank Renaissance numérique a réuni plusieurs acteurs du monde de la santé : experts, membre d'associations de patients, patrons d'entreprises de santé, analystes, avocat, membres de syndicats professionnels, ou encore représentants des autorités de santé. Dix-sept contributeurs ont formulé 36 propositions visant à coordonner et développer le secteur de la santé connectée dans l'Hexagone.

"L'objectif de ce rapport est de remettre la lumière sur le sujet de la santé numérique avant la présidentielle. Cette étude sera d'ailleurs transmise aux candidats ou à leur(s) représentant(s) pour obtenir leurs réactions", explique Olivia Grégoire, coordinatrice du rapport, membre de Renaissance numérique et fondatrice du cabinet Olicare.

Les propositions de ce livre blanc visent notamment à "créer les conditions d'une filière d'innovation et d'excellence" pour la santé numérique.

La France ne part pas de rien, estime Renaissance Numérique.

"Il y a en France un arsenal réglementaire aujourd'hui suffisant pour développer une offre de santé connectée. Par exemple, celle en télémédecine est à peu près stabilisée, notamment au plan financier, avec la parution du décret du 15 décembre dernier qui élargit les expérimentations, fixe les tarifs de téléconsultation, et propose un forfait d'équipement pour les hospitaliers notamment", explique Olivia Grégoire à La Tribune.

Il reste néanmoins beaucoup de chemin à parcourir pour développer une filière d'e-santé, solide et performante. Guy Vallancien, médecin, auteur de "La médecine sans médecin", et contributeur dans le rapport estime que pour le moment la France "a raté le coche du numérique et à pris beaucoup de retard par rapport aux États-Unis et à la Chine". Il y a quelques mois, Aymeric Buthion, expert objets connectés et santé à la Direction Générale des Entreprises, évoquait "l'immaturité" du secteur.

Revue de détail des principales propositions de Renaissance numérique pour développer une filière e-santé d'innovation et d'excellence dans l'Hexagone.

De nouveaux moyens pour développer l'innovation en e-santé

Pour favoriser l'innovation et la viabilité des projets des startups en e-santé, Renaissance Numérique prône un cadre facilitant des déploiements des partenariats public-privé et écrit qu'il "faut cesser de voir la santé comme un coût, mais plutôt comme un gain économique".

Selon, Enguerrand Habran, directeur du Fonds Fédération hospitalière de France (FHF) Recherche & Innovation, et contributeur du rapport, "il manque notamment l'instauration d'un tiers de confiance qui, dans un domaine où les acteurs évoluent en silo, en corporation, saura décloisonner ces milieux et créer les synergies fructueuses".

L'idée serait de favoriser la synergie des connaissances des acteurs et professionnels de santé sur le terrain, avec les solutions des acteurs économiques en santé numérique.

Enguerrand Habran propose également de "flécher les financements en fonction
des besoins santé des territoires". Pour ce faire, il faut, selon lui, mieux utiliser les données recueillies par les hôpitaux et les institutions de santé, afin de cerner "le profil épidémiologique de nos territoires, leur morbidité, les typologies de patients, et ainsi de prévoir et d'anticiper les besoins des groupements hospitaliers de territoire et de les financer selon ces analyses."

In fine, l'objectif est d'accélérer dans la prévention et faire des économies qui pourront être dédiées à l'innovation et donc aux solutions développées par les acteurs de l'e-santé.

Faciliter l'accès au marché des produits de santé connectée

C'est une critique régulièrement soulevée par les syndicats de fabricants de dispositifs médicaux: les délais d'approbation par les autorités de santé pour commercialiser un produit sont jugés trop longs.

"Il faut rapidement régler la question de la mise sur le marché et de l'évaluation des dispositifs médicaux, car les délais de mise sur le marché sont beaucoup trop longs en France et nous font perdre en compétitivité", juge Olivia Grégoire.

Renaissance Numérique, par le biais de Pierre Leurent, Président du Comité Santé, Syntec, prône un "fast track" pour les produits d'e-santé. Ce système appliqué pour certains médicaments aux Etats-Unis, permet d'accélérer une mise sur le marché pour un produit jugé particulièrement innovant. Une fois la solution de santé numérique innovante mise sur le marché, celle-ci devrait bénéficier d'un "remboursement précoce", ajoute-t-il, afin de faciliter son déploiement.

Généraliser la télémédecine, source potentielle d'économie et de prévention

Autre idée forte du rapport pour développer la filière de e santé et prouver son efficience: repenser la prise en charge des maladies chroniques. "On ne s'adresse qu'à quelques Affections de longue durée (ALD), dont le diabète. Il faudrait élargir les usages de la télémédecine à toutes les ALD", fait valoir à La Tribune Eric Sebban, fondateur de Visiomed et contributeur de l'étude. Sébastien Woynar, autre participant à l'étude de Renaissance numérique et Directeur du programme Chronic care management & e-santé, Air liquide healthcare, voit dans la télémédecine la possibilité d'améliorer les connaissances des patients sur leur maladie et l'autonomie. Il recommande un "accompagnement thérapeutique personnalisé à distance". Pour l'oncologie, par exemple, la télémédecine permettrait de "lutter contre la dénutrition des personnes âgées souffrantes", abonde Eric Sebban

Autre intérêt de la télémédecine d'après lui: c'est un outil pour lutter contre les déserts médicaux. La télémédecine donne la possibilité à un patient de consulter un médecin par exemple "dans le centre de la France, où il faut parfois, dans certaines zones, parcourir 70km pour pouvoir avoir accès à un professionnel de santé". Si la télémédecine ne remplacera pas un accès direct à un médecin, elle peut au moins "permettre d'obtenir un premier avis médical", continue-t-il. "Nous savons que les patients vont moins voir le médecin s'il est loin."

Et cela crée "pose de vrais problèmes pour veiller à une bonne observance (suivi scrupuleux d'un traitement médical, NDLR)", avance-t-il. Pour Renaissance Numérique, le développement de la filière e-santé permettrait de réduire le coût induit par les défauts d'observance. Celui-ci est chiffré à 9 milliards d'euros par an en France, par le cabinet de conseil IMS Health. Aujourd'hui, l'Assurance maladie réfléchit à l'utilisation de solutions de santé connectée pour améliorer le suivi des traitements, mais ne s'est pas lancée concrètement sur ce terrain-là.

Réformer la tarification

Pour développer la filière e santé, il faudra également "réformer" la tarification, juge Renaissance Numérique. Le think tank prône "une rémunération vertueuse du parcours de soins, à l'épisode et non à l'acte". En clair, il faudrait "forfaitiser le parcours de soins". Pour Eric Sebban, cela permettrait de se centrer sur le patient et d'améliorer le remboursement des actes ayant recours la e santé. De quoi favoriser les innovations les plus efficientes pour le patient.

Guy Vallancien va plus loin.

"L'Assurance maladie pourrait accepter que 10% des actes des médecins se fassent par télécommunication", et "honorer cela afin d'encourager les professionnels de santé sur cette voie".

La coopération des professionnels de santé, facteur-clé du développement de la santé connectée

Pour Renaissance Numérique, il est également évident que le développement de la filière santé ne se fera pas sans l'implication des médecins et des pharmaciens. Ces derniers doivent pouvoir représenter "un tiers de confiance sur la donnée des patients et usagers d'application ou dispositifs de santé connectée", juge le think tank. En clair, les pharmaciens pourraient "recueillir les données de santé des patients, opérer les premières analyses, détecter des anomalies et former les patients aux outils numériques".

Concernant les médecins, le rapport propose de leur "faciliter l'accès à la formation initiale et continue grâce à l'e-learning, avec des contenus orientés numérique et prévention", et ce grâce à des "moyens incitatifs", qui ne sont pas détaillés dans le rapport.

Les futurs médecins quant à eux, doivent "être accompagnés vers une culture de l'innovation" et être mieux "familiarisés avec les nouvelles technologies", estime Cécile Monteil, médecin et fondatrice de la communauté Eppocrate.

Si précieuses données

Enfin, Renaissance Numérique accorde une large place au big data. Henri Verdier, Directeur interministériel du numérique, propose notamment la création d'une "plateforme collaborative de diffusion des données de santé". Celle-ci regrouperait des données émanant des acteurs économiques, de l'État, des collectivités locales et des associations. Sa diffusion serait "contrôlée", tout en offrant "le maximum d'usages possibles" aux différents acteurs de la santé.

Ce système d'open data permettrait notamment à la filière e santé de développer ses solutions pour l'aider à la création de valeurs, et in fine une amélioration des soins pour les patients.

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Commentaires
a écrit le 22/03/2017 à 13:19 :
Et on continue à essayer de nous faire croire que la connexion tout azimut va améliorer le système, et bien sûr on passe complètent sur l'insécurité des objets connectées et la déperdition des données personnelles (vers les assurances, entre-autres ?).
Oh oui, je suis de mauvaise foi, il y a une vague allusion en une demi phrase à la fin de l'article ("... Sa diffusion serait "contrôlée"...") :-(( !!
a écrit le 22/03/2017 à 12:15 :
L'excellence a la sauce G.O.P.E pour avoir les bons points de la commission? L'UE de Bruxelles, qui n'est qu'une zone administrative vous "invite" a suivre ses recommandations, ses directives sous peine de sanctions et n'a nullement pour rôle d'améliorer le service auprès des usagers, des patients!

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