L'impossible deuil de Veolia pour Proglio

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Henri Proglio quitte le conseil de Veolia quelques mois avant l'échéance de son mandat. Muré dans une relation affective avec ce groupe qu'il a créé, il ne se remettra jamais d'avoir du renoncer à une fusion avec EDF.

Depuis sa tentative de putsch avortée en février dernier contre Antoine Frérot, son successeur à la tête de Veolia, Henri Proglio ne traversait plus la place de l'Etoile pour aller siéger au conseil du groupe qu'il a créé. Il a officialisé ce retrait en envoyant mercredi une lettre de démission, devançant de quelques mois l'échéance de son mandat qui s'achève à l'assemblée générale 2013.

Le bruit court que l'Elysée lui aurait, avant l'été, signifié qu'il pouvait, pour l'instant, rester à EDF mais qu'il devait lâcher Veolia. Difficile à vérifier. Dans l'entourage de Frérot, l'ex fidèle lieutenant de Proglio que ce dernier a tenté de démettre, la prudence est de mise. « On ne sait pas pourquoi il démissionne maintenant. Peut être prépare-t-il quelque chose ? », s'interroge-t-on, visiblement échaudé par la lutte ouverte de ces derniers mois. EDF, qui détient 4% du capital de Veolia, a demandé à conserver un siège au conseil, sans avoir encore proposé de nom.

Dalkia, première étape d'un projet de rapprochement Veolia / EDF

Pour Henri Proglio, le deuil est visiblement impossible à faire. Entré en 1972 à ce qui n'était « que » la Générale des Eaux, il grimpe tous les échelons sous la férule de Guy Dejouany. En 2002, il sauve le pôle environnement de Vivendi de la débâcle Messier et le rebaptise Veolia. Il lutte pendant les années qui suivent pour désendetter le groupe, qui a hérité de Vivendi d'un lourd fardeau. Il parvint à convaincre investisseurs et marchés financiers de la pertinence d'une stratégie de conquête fondée sur une croissance tous azimuts.
Entre-temps, surgit un nouveau rêve : un rapprochement avec EDF dirigé à ce moment là par son ami François Roussely. Les deux hommes lancent une première étape avec la création d'une filiale commune Dalkia, dans les services énergétiques. Ironie du sort, à ce moment là, Proglio, PDG de Veolia, négocie avec EDF un accord très défavorable à l'électricien en terme de gouvernance et d'évolution des participations. Accord dont il tente aujourd'hui de se dépêtrer en tant que patron ... d'EDF.

Proglio refuse d'imaginer un avenir à Veolia sans adossement à EDF
Quand Sarkozy lui propose de prendre la tête d'EDF l'été 2009, il y voit une occasion de réaliser son rêve de rapprochement des deux groupes. Et il parvient à en convaincre l'Elysée ! Il faudra une intense pression politique et médiatique pour qu'il y renonce, ainsi qu'à sa double casquette et son double salaire. Il ne démissionnera de la présidence de Veolia que fin 2010, quelques jours avant l'échéance que lui avait donnée l'Elysée.
Il lui faudra encore des mois avant de se résigner à laisser la bride à Antoine Frérot, nouveau PDG du géant des services à l'environnement. Le blocage entre les deux hommes surgit d'ailleurs en 2011 lorsque Proglio refuse absolument d'imaginer un avenir à Veolia sans adossement à EDF, alors même que la crise met à mal sa précédente stratégie de croissance à tout prix.

"La blessure bascule de la tête aux tripes"
Proglio se braque. Vit les provisions passées par Frérot à l'été 2011 comme une remise en cause de son héritage, de son travail. « Il s'enferme dans cette vision. Il refuse d'abdiquer son rêve. Cela devient une blessure ouverte qu'il ne parvient pas à dépasser. Cela bascule de la tête aux tripes », analyse un proche de l'actuel PDG de Veolia.
La crise atteint son paroxysme début 2012 quand Proglio lance un putsch au sein du conseil de Veolia pour évincer Frérot et mettre à sa place à moyen terme Jean-Louis Borloo. « Un soir de novembre 2011, quelqu'un entre dans mon bureau pour me prévenir : « Antoine Frérot n'en n'a pas plus longtemps, Proglio reprend les rênes. Il va mettre Denis Gasquet [un des dirigeants de l'époque] à la tête de Veolia dans un premier temps, mais il nous garde toi et moi », raconte un membre du comex d'une des quatre branches de Veolia. Cette tentative de retour indirect échoue. Pire, lors de la riposte, Frérot en profite pour se séparer des derniers fidèles de son ancien mentor.
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Commentaires
a écrit le 11/10/2012 à 17:33 :
IL AURAIS DU FAIRE INTERVENIR LE GROUPE BILDERBERG OU GOLDMAN SACHS..?LES ROI DES LOBBIES DE LA FINANCE MONDIALISTE.???OU PLUTOT LES PREDATEURS DE LA FINANCE MONDIALISTE.?QUI POURRISSE LE MONDE DE LA FINANCE AVEC LES THF.?VOILA VOTRE GRANDE DEMOCRATIE FRANCAISE EN 2012..?QUELLE EVOLUTION./.??
a écrit le 11/10/2012 à 17:21 :
C est dans le sang d'un grand patron de ne pas accepter d'etre remplaçable ni qu'on puisse envisager une autre politique que la sienne, mais quand les politiques s'en mêlent cela devient un cauchemar.
Que d'énergie gâchée de part et d'autre pendant ces batailles de seigneurs, c'est le développement des sociétés qui en souffre hélas.
a écrit le 11/10/2012 à 12:22 :
je crois qu'il y a le "club des amis de Sarkozy" ... une option.
a écrit le 11/10/2012 à 11:07 :
Le bruit courre que l?Elysée

c'est la chasse ?

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