BP fait (un peu) plus de place aux énergies renouvelables

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Quoique révisées à la hausse, ces prévisions n'en restent pas moins conservatrices au regard de celles établies par d'autres organisations, telles que Bloomberg New Energy Finance.
Quoique révisées à la hausse, ces prévisions n'en restent pas moins conservatrices au regard de celles établies par d'autres organisations, telles que Bloomberg New Energy Finance. (Crédits : iStock)
Dans son Energy Outlook 2016 qui vient d'être publié, la major pétrolière accorde un plus grand rôle aux énergies renouvelables que dans ses éditions passées, mais conserve la part belle aux énergies fossiles, et se montre pessimiste quant à l'évolution des gaz à effet de serre.

Comme chaque année depuis son premier Energy Outlook en 2011, BP a revu à la hausse ses prédictions concernant l'évolution des énergies renouvelables dans son édition 2016, qui étudie les 20 prochaines années. Mais plus encore que d'habitude, puisque la major a augmenté de 14% ses prévisions à l'horizon 2035. Elle voit désormais le solaire, l'éolien et les biocarburants croître de presque 7% par an d'ici là, pour représenter 9% des énergies primaires (et 15% de la consommation électrique) à cette date, contre 3% aujourd'hui. La baisse des prix, qui selon BP devrait se poursuivre à hauteur de 25 à 40% sur cette période, est l'un des leviers de cette croissance attendue, grâce à laquelle les renouvelables absorberont un quart de la demande en énergie supplémentaire d'ici à 2035.

Quoique révisées à la hausse, ces prévisions n'en restent pas moins conservatrices au regard de celles établies par d'autres organisations, telles que Bloomberg New Energy Finance.

Encore 80% du mix énergétique réservés aux fossiles en 2035

En effet, BP continue de voir les énergies fossiles dominer le mix énergétique, avec 60% des nouvelles capacités installées d'ici 2035 et 79% de la consommation (contre 81% il y a un an) à cet horizon. Et ce, en dépit du déclin du charbon, auquel il prédit une croissance annuelle de la demande qui pourrait passer de 3% depuis 20 ans à 0,5% au mieux dans les 20 prochaines années, pour ne plus représenter qu'à peine un quart du mix en 2035, son niveau le plus bas depuis la révolution industrielle. Tout en y voyant le grand gagnant de la transition énergétique grâce aux schistes et aux réglementations environnementales, BP a même revu à la baisse ses prévisions concernant le gaz, au profit de progrès plus significatifs en matière d'efficacité énergétique.

Des émissions en hausse de 20% d'ici 2035 ou le carbone à 100€ la tonne

Le découplage observé entre le produit intérieur brut, qui devrait selon BP doubler dans les 20 prochaines années, et la consommation d'énergie qui ne devrait croître « que » de 34% d'ici là, repose sur les baisses attendues en matière d'intensité énergétique et d'intensité carbone des activités économiques. Pourtant, le mix énergétique imaginé par BP en 2035 correspond à une hausse des émissions de 20% d'ici là. Seules des décisions politiques fortes telles qu'un prix du carbone de 100 dollars la tonne dans les pays développés et 50 euros par tonne ailleurs, associées à des normes très renforcées sur les véhicules et des progrès plus rapides qu'attendu de l'efficacité énergétique et des renouvelables permettraient de suivre le scénario le plus optimiste imaginé par BP et d'obtenir un pic des émissions en 2020.

Ces prévisions sont donc totalement incompatibles avec l'objectif de 2°C pris par la communauté internationale à Paris en décembre lors de la COP21, qui implique au contraire de réduire les émissions de 40 à 70% d'ici 2050 et d'atteindre le "zéro net" dans la seconde moitié du siècle. Il faut dire que cet objectif suppose également de laisser sous terre 80% des réserves de charbon, la moitié de celles de gaz et un tiers de celles de pétrole...ce qui n'est probablement pas plus compatible avec les perspectives de BP...

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Commentaires
a écrit le 12/02/2016 à 15:50 :
BP peut bien faire des prévisions... il est probable que la compagnie n'existera plus à cet horizon. La vente de plus de 70 milliards d'actifs est engagée tandis que des milliers d'emplois sont dégagés. Il aurait été judicieux de vendre à Shell il y a quelques années, les conditions sont moins favorables désormais mais les dirigeants ont certainement évalué cette équation : les gains du temps de garde devaient être supérieurs à ceux d'une fusion.

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