CO2 : une startup divise par deux le coût du captage

 |   |  673  mots
CCSL propose une solution qui permettrait d'absorber 5 à 10% des émissions mondiales de CO2
CCSL propose une solution qui permettrait d'absorber 5 à 10% des émissions mondiales de CO2 (Crédits : © China Stringer Network / Reut)
Veolia s’allie à CCSL, startup fondée par deux chimistes indiens, pour proposer à ses grands comptes une solution rentable de captage et d'utilisation du carbone en dehors de toute subvention ou tarification.

Ramachadran Gopalan, le patron de l'usine chimique Tuticorin Alkali Chemicals implantée dans l'état indien du Tamil Nadu est clair. S'il a fait appel aux services de Carbon Clean Solutions (CCSL) pour capturer le CO2 en sortie de la centrale à charbon qui jouxte son usine, ce n'est pas par souci de l'environnement. Non, c'est pour s'assurer un approvisionnement fiable et peu coûteux en dioxyde de carbone, matière première indispensable à ses activités de chimiste. En effet, le solvant mis au point par les deux jeunes chimistes fondateurs de la startup permet de séparer les molécules dans un flux de gaz pour un coût environ deux fois inférieur à celui des technologies aujourd'hui en vigueur. Il fait l'objet d'un brevet et le modèle économique de CCSL repose sur la vente de licence.

Un solvant qui met la tonne capturée à 30 euros

Cette première application mondiale de leur procédé à échelle industrielle n'a pas séduit que le patron de Tuticorin Alkali Chemicals, qui, grâce aux 60 000 tonnes capturées, opère désormais sans aucune subvention une usine quasiment neutre en CO2. CCSL, née en Inde il y a 8 ans mais aujourd'hui basée en Angleterre où elle bénéficie d'une bourse de l'Imperial College et du statut « entrepreneur », a également été repérée par Veolia.

« Il y a deux parties dans le captage et l'utilisation de CO2 (CCU) », rappelle Yohann Clere, responsable Open Innovation du groupe. Et, si de nombreuses startups travaillent sur la valorisation du CO2, qui pourra bientôt « se transformer en plastique, matériaux de construction ou encore carburants », c'est sur l'amont, à savoir le captage, qu'est positionnée CCSL. « Alors que tout le monde attend un prix élevé du carbone ou un durcissement de la réglementation, cette technologie, qui revient à un coût de 30 à 40 euros la tonne de CO2 capturée contre au moins 70 euros pour les autres méthodes (lavage aux amines, purification par membrane ou cryogénie), permet d'agir dès maintenant. »

Ré-injecter le CO2 sur le site où il a été capturé

De nombreux industriels (parmi lesquels de grands comptes de Veolia) utilisent le CO2 comme matière première. La plupart du temps, ils se le font livrer sous forme liquéfiée par camions citernes, alors même que certains équipements de leur site émettent du dioxyde de carbone, à commencer par les centrales thermiques. D'où l'idée de leur proposer le principe récemment validé en Inde : capturer le CO2 sur site et le ré-injecter directement dans leurs process industriels. C'est dans cette perspective qu'a été signé entre Veolia et CCSL un partenariat stipulant un droit d'exclusivité sur les principales cibles commerciales. Avec l'objectif de développer en quatre ans au moins deux projets similaires à celui du Tamil Nadu, qui représente un chiffre d'affaires de 3 millions de dollars. A terme, CCSL estime que sa technologie pourrait permettre d'absorber et valoriser de 5 à 10% des émissions mondiales.

La valorisation du CO2, un marché à 800 milliards de dollars

C'est donc ensemble que Johann Clere et les fondateurs de CCSL sont actuellement en tournée en Chine afin de proposer leur solution aux clients industriels asiatiques du groupe. Les collectivités, autres grands clients de Veolia, pourraient également se montrer intéressées.

Dans un deuxième temps, ils ne s'interdisent pas de démarcher d'autres utilisateurs de CO2. D'ailleurs, Veolia s'intéresse aussi à la partie aval, l'utilisation du CO2, qui pourrait représenter en 2030 un marché de 800 milliards de dollars.

Même si le marché du CCS (captage et stockage du CO2), qui avait vu éclore de nombreux projets il y a quelques années, se mue peu à peu en un marché du CCU (Captage et utilisation du CO2), dans lequel le stockage géologique est remplacé par la valorisation du dioxyde de carbone ce qui en accroît la rentabilité, il n'en nécessite pas moins une baisse des coûts du captage telle que celle permise par CCSL, pour enfin décoller.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 30/03/2017 à 4:35 :
Le captage de CO2 comme son utilisation dans des matériaux par exemple de construction et infrastructures, est nécessaire pour abaisser rapidement les émissions mondiales, en plus de l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables qui sont les plus rapides à déployer et qui émettent moins de CO2 sur tout leur cycle que le nucléaire et sans émissions de radioactivité. Reste à réduire et abandonner rapidement les 5300 milliards de dollars par an de subventions aux énergies fossiles et faire monter plus vite le prix du CO2 sur les marchés pour financer la transition et les impacts de la pollution des énergies fossiles.
a écrit le 29/03/2017 à 18:00 :
Intéressant . Cela donne un coût sur le MWh d'équivalent charbon d'environ 13,5 € ce qui n'est certes pas négligeable mais en progrès pour une telle captation.La question reste: que fait-on du CO2 ? Pour donner un ordre de comparaison le coût de la transition énergétique sur le prix du MWh d'électricité est de 22,5 €/MWh plus 20% de TVA , donc si vous avez un projet de valorisation de CO2 il peut être facilement financé par les taxes avec ce procédé.
a écrit le 29/03/2017 à 17:05 :
Comment veut on dépolluer la planète avec des calculs financiers de ce genre, on voit bien que c'est un business comme un autre, du coup difficile de critiquer trump dans son opinion, de loin et de près cette politique économique du CO2 n'est qu'une affaire d'argent et n'a rien à voir avec la protection de la planète.

Au secours.
Réponse de le 30/03/2017 à 10:26 :
Vous ne voyez donc pas l'intérêt de récupèrer le CO2 au lieu de le balancer dans l'atmosphère (donc dans nos poumons) et de transformer la planète en four?
Si en plus ce Co2 est valorisé (si il rapporte des sous), ça gâche tout? Vous ne pensez pas que ça va aiguiser l'appétit (motiver, éveiller l'intérêt) des industriels?
Allez donc vivre en Chine...
Réponse de le 30/03/2017 à 11:56 :
"Vous ne voyez donc pas l'intérêt de récupèrer le CO2 au lieu de le balancer dans l'atmosphère (donc dans nos poumons) et de transformer la planète en four?"

Déjà quand on commence à poser deux question en une seule fois c'est qu'on veut en orienter la réponse.

Je vois parfaitement l'intérêt des zones humides et des forêts qui captent le CO2.

"balancer dans l'atmosphère (donc dans nos poumons)"

Le CO2 est naturel nous en avons toujours eu dans nos poumons et personne ne le balance c'est le résultat d'un processus chimique indirect lié à l'utilisation de nos outils de production.

Vous voyez quand on comprend bien les phénomènes on est forcément clair.

"Si en plus ce Co2 est valorisé (si il rapporte des sous), ça gâche tout? "

Ben oui parce que s'il rapporte des sous cela veut dire qu'une économie se fonde sur l'intérêt d'avoir du CO2.

"Vous ne pensez pas que ça va aiguiser l'appétit (motiver, éveiller l'intérêt) des industriels?"

Ben si forcément puisque c'est de l'incitation à espérer de la production de CO2.

"Allez donc vivre en Chine... "

Ah un ressentiment ! Ça faisait longtemps...
a écrit le 29/03/2017 à 16:59 :
Too good to be true ????

ça serait génial ... le retour du charbon et la fin du nucléaire ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :